Après "La vie secrète des écrivains", Guillaume Musso vient de sortir son tout dernier roman, qui connaît déjà un franc succès cet été, mais qui est très loin d'avoir séduit les critiques du "Masque & la Plume"… Pourquoi l'auteur aux 35 millions d’exemplaires vendus à travers le monde n'a pas séduit nos critiques ?

Pourquoi le dernier livre de Guillaume Musso n'a pas conquis "Le Masque & la Plume" ?
Pourquoi le dernier livre de Guillaume Musso n'a pas conquis "Le Masque & la Plume" ? © AFP / FREDERIC DIDES / HANS LUCAS

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

La narratrice est une romancière américaine, Flora Conway, dont la fille de trois ans, Carrie, a disparu alors, dit-elle, "que nous jouions toutes les deux à cache-cache dans mon appartement de Brooklyn". Or, la porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, et l’enquête de police qui s'oriente du côté de son éditrice française ne donne rien. Flora  est tellement désespérée qu'elle s'en prend au Français qui l’a créée, Guillaume Musso, alias Romain Ozorski… Lequel Musso met dans les mains de Flora le stylo plume de Virginia Woolf, rien que ça, dont l'encre serait magique. Et à la fin du roman sont glissées deux pages de références où l'on trouve tout le monde (Simenon, Burgess, Anaïs, Lenine, Oscar Wilde, Flaubert, Sartre, Camus…), c'est à croire que c'est devenu le best seller intello.

Il n'y a pas un seul best-seller qui cite autant d'auteurs classiques et de grands écrivains

Olivia de Lamberterie n'a aimé que la couverture du livre

OL : "Je trouve que l'objet-livre est magnifique, il est très réussi. La couverture de Mathieu Persan est vraiment bonne. 

C'est un livre qui me met très mal à l'aise, pour plein de raisons

D'abord parce que je pense qu'un livre, c'est une voix. Or je trouve qu'on entend pas de voix ici. Il y a un truc vraiment très bizarre, c'est très brouillé par le nombre de références. Si j'étais très méchante, je citerai juste celle d'Oscar Wilde : "Les livres sont bien écrits ou mal écrits, c'est tout". Puis je m'arrêterai…

C'est déplaisant aussi parce que, dès la première page, c'est indiqué que la dame romancière déteste les journalistes. Un peu plus loin, il y a marqué qu'en réalité, elle déteste les lecteurs aussi parce qu'ils ne lisent jamais les bons livres. Un peu plus loin, il est écrit qu'elle déteste les éditeurs (et il faut dire que son éditrice est particulièrement ignoble). Et puis… il est dit aussi qu'elle déteste le milieu de l'édition parce que tout le monde est jaloux de tout le monde…

Il y a quelque chose qui me déplaît là-dedans…

Patricia Martin trouve que "l'histoire se tient à peu près"

PM : "Si ça me déplaît pour les raisons qu'Olivia a données, mais moi, je me suis quand même laissée prendre, ça ne m'a pas totalement déplu. Je trouve que l'intrigue se tient, il n'en fait pas trop, c'est plutôt bien fichu.

Il pourrait plus verser dans le thriller avec des gros sabots. Là, je trouve que non. Ce n'est pas si mal, ça se tient. J'y ai cru à cette histoire. 

Je pense que, simplement, la vraie vie pour Musso, c'est la vie. Quand pour de nombreux autres écrivains, la vie c'est tout simplement l'écriture. C'est ça aussi qui fait la différence  : lui, c'est un homme normal.  

Pour Arnaud Viviant, "c'est du n'importe quoi"

AV : "Et voilà que je te fais passer ça au troisième degré : le créateur de la créature, du créateur… 

C'est du n'importe quoi…

Le paradoxe, c'est que si vous allez voir aujourd'hui un éditeur et vous lui proposez une idée de livre avec une histoire d'écrivain, il vous arrête tout de suite et vous dit que les histoires d'écrivains, ça n'intéresse personne ! Sauf que les deux grands best-sellers, que sont Joël Dicker et Guillaume Musso, prennent comme héros des écrivains ! 

C'est le syndrome du yaourt avec des "vrais morceaux de fruits" dedans… 

Ces "vrais morceaux de littérature" sont simplement les phrases qu'il est allé prendre, d'écrivains qu'il met en exergue… Le problème, c'est que ces écrivains vendent énormément, racontent des histoires d'écrivains, loin de l'entre soi putride de Saint-Germain-des-Prés et des relations incestueuses de l'oligarchie des lettres, alors que le gars [Musso] a été transféré de l'éditeur XO à Calmann-Lévy pour un salaire de joueur de foot ! 

Mais de qui se moque-t-il ?! 

Michel Crépu n'a tenu que 100 pages

MC : "Écoutez, on ne va pas s'énerver… Ça se tient, au moins sur les 100 pages que j'ai lues. Mais ce qu'il y a d'embêtant, arrivé au bout de 100 pages, c'est qu'on aurait terriblement besoin de savoir qu'il y a bien quelqu'un derrière qui écrit. 

Il y a un moment où ça se tenait et puis, finalement, il finit par ne pas y avoir d'écriture

Qu'est ce que vous voulez que je vous dise, moi…"

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"La vie est un roman" de Guillaume Musso

Par Jérôme Garcin

📖 LIRE - "La vie est un roman" de Guillaume Musso (Chez Calmann-Lévy)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.