Le livre rassemble les deux célèbres récits de voyage de Robert Louis Stevenson, "Voyage avec un âne dans les Cévennes" (1879) puis l'autre, moins connu, "Voyage en canoë sur les rivières du Nord". Les critiques du Masque & la Plume ont été conquis par "un récit rempli de style" et "un idéal de littérature" !

"Voyages en France" de Robert Louis Stevenson : "le livre idéal pour la mi-août"
"Voyages en France" de Robert Louis Stevenson : "le livre idéal pour la mi-août" © Getty / Nattapong

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Le futur auteur de L'Île au Trésor et Docteur Jekyll et Mister Hyde, qui découvre les vertus du canot à voile. Ils partent des docks d'Anvers avec son copain Walter Simpson, l'un sur le canoë, la Cigarette qui est en chêne, et l'autre, c'est L'Aréthuse qui est en cèdre. Ils empruntent le Canal De Willebroek et remontent l'Escaut. Ils comptent 55 écluses entre Bruxelles et Charleroi, ils sont pris pour des colporteurs à Pont sur Sambre (et pas simplement là). Ils glissent de Noyon à Compiègne. Ils épousent la large courbe lumineuse de l'Oise et ils terminent leur course à Pontoise. 

Après, on enchaîne avec Un âne dans les Cévennes qui relate sa traversée des Cévennes à pied depuis Le Monastier-sur-Gazeille, dans la Haute-Loire, jusqu'à Saint-Jean du Gard, avec la célébrissime anesse Modestine. 

Il y a chez Stevenson une très grande tristesse, une mélancolie amoureuse, puisque la femme qu'il aimait, qui était mariée, est repartie pour les Etats-Unis. C'est aussi une des raisons pour laquelle il a traversé les Cévennes, ce qui n'était pas le cas des des canaux et des rivières. 

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Jean-Claude Raspiengeas applaudit "une formidable découverte et un récit rempli de style" 

"J'ai été extrêmement sensible à la description qu'il fait de la vie des bateliers à cette époque-là.  C'est un document historique, presque anthropologique, sur la vie des bateliers, sur ces gens qui ne sortent jamais de leur bateau. Il a des phrases merveilleuses sur leur monde. Ils sont totalement dans leur bateau, ils n'en sortent pas et ils vivent dedans, naissent sur les bateaux, s'épousent sur les bateaux. Ça se passe dans les cales. Le document qu'il fait sur la vie des bateliers de ce moment-là est absolument magnifique. C'est très beau ce qu'il montre sur la petite vie au bord des canaux, la vie des estaminets remplis et les bateliers quand ils s'arrêtent, le bruit des cloches. 

Alors, au milieu de ça, il y a par exemple, le récit terrifiant d'un début de noyade. Il manque de se noyer et les trois pages où il raconte le détail et comment la rivière pousse l'homme au fond, parce qu'il est habillé, équipé, c'est un moment absolument extraordinaire. Il y a son goût pour les églises qui se détachent à l'horizon, la paix intérieure qu'il va y chercher. 

Mais très régulièrement, il tombe en extase devant le profil d'une église, d'un clocher et il sort de son canoë pour aller voir et, à chaque fois, il éprouve une sorte de paix intérieure absolument extraordinaire. Il y a tous les épisodes très intéressants où il raconte comment ils sont mal reçus, bien accueillis et puis, il y a des considérations très contemporaines. Il explique à quel point les rivalités politiques et religieuses sont extrêmement tendues en France, ça a un écho tout à fait contemporain sur la façon dont ils sont reçus. 

Avec Modestine, son âne, c'est absolument formidable". 

C'est une vraie découverte notamment en termes de style

Arnaud Viviant salue "un écrivain remarquable et un idéal de littérature"

"C'est vraiment un écrivain absolument remarquable. C'est un beatnik avant l'heure. Il invente non pas simplement la littérature de voyage, mais un esprit. Il a écrit un essai pour l'oisiveté d'ailleurs. On est quand même dans cette atmosphère industrielle, c'est le début d'un monde industriel et lui, il va chercher au contraire l'évasion, à la fois avec les canaux, mais aussi avec l'âne et on sent que personne ne veut qu'il écrive, surtout pas son père, mais lui doit écrire. Ce qui est formidable, c'est comment il trouve l'opportunité d'écrire à travers ses voyages. 

Cette idée de traverser les Cévennes avec un âne et d'en faire un livre, c'est une révolte formidable. Et après la suite, L'Île au trésor, Docteur Jekyll et Mister Hyde, qu'il écrit pour ses beaux enfants. Il y a un idéal de littérature chez Stevenson, qui est très rarement atteint avec la littérature". 

Patricia Martin : "un livre absolument génial et extraordinaire" 

"C'est quand même un homme qui est malade, souffreteux depuis qu'il est petit. Effectivement, son père aurait probablement aimé qu'il soit avocat. Il venait d'obtenir son diplôme. 

Ce que j'aime, c'est sa façon d'être au monde. Il est sans arrêts entre l'extase et l'autodérision, c'est absolument extraordinaire. 

Il se moque de lui-même quand, par exemple, on prétend que c'est lui qui a inventé le sac de couchage, alors que c'est un truc qu'il a simplement bricolé, c'est absolument génial. Il a une casquette en poil de lapin, on l'imagine, c'est extrêmement drôle. Quand il parle des autres, il en parle avec énormément de bienveillance, y compris ceux qui le regardent de travers en raison de l'idée qu'on se fait des colporteurs, on lui refuse même l'entrée de certaines auberges et à d'autres moments, au contraire, il devient une espèce d'homme public, les paysans viennent lui apporter de bonnes choses à manger, etc. 

C'est à la fois très descriptif, car il fait de tout une péripétie, mais, en même temps, on sent ce qu'il a dans la tête sans qu'il fasse d'introspection ouverte, on sent la pulsation des gens, la pulsation des villages. Il y a, à un moment donné la crise de l'Oise. Moi, je dois dire que ça m'a terrifiée cette eau qui se met à bouillonner, qui veut aller le plus vite possible vers la mer et cette lutte entre la vie et la mort, la vie qui sera toujours supérieure, un art en elle-même, c'est ça qui ressort aussi de ces écrits". 

Pour Michel Crépu, c'est "un écrivain défini par le bonheur d'être au monde"

"Stevenson, c'est avant tout l'idée que c'est le bonheur d'être au monde qui définit l'écrivain. Il est heureux comme écrivain parce que le monde est une matière disponible qui le propulse dans l'expérience quotidienne, le récit de la vie. il y a quelque chose d'absolument heureux là-dedans qui est sidérant. 

Et ce qui est aussi extraordinaire, c'est qu'il y a une générosité du bonheur chez Stevenson. On est sur une petite rivière de l'Oise comme dans Moby Dick. C'est la même chose, la même densité, la même beauté, la même grandeur, la même splendeur". 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

9 min

"Voyages en France" de Robert Louis Stevenson

Par Jérôme Garcin