L'auteur de "Kafka sur le rivage" et de "La Ballade de l'impossible"fait paraitre un nouveau roman : "Profession romancier". Il y explique les raisons qui ont fait de lui un romancier de profession... et qu'être écrivain, ce n'est pas très difficile (!) Qu'en ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" ?

L'écrivain japonais Haruki Murakami, 70 ans, vient de faire paraître un nouveau livre : "Profession romancier" (édité chez Belfond en France)
L'écrivain japonais Haruki Murakami, 70 ans, vient de faire paraître un nouveau livre : "Profession romancier" (édité chez Belfond en France) © Maxppp / José Jácome/EFE

Le livre présenté par Jérôme Garcin

"Profession romancier", traduit du japonais par Hélène Morita chez Belfond, est signé Haruki Murakami, 70 ans. 

L'auteur (toujours nobelisable d'ailleurs, tous les ans il revient dans la shortlist) de Kafka sur le rivage, de La Ballade de l'impossible, du Meurtre du Commandeur. Il explique en douze chapitres les raisons qui ont fait de lui un romancier de profession. Alors, à l'en croire, écrire un roman, ce n'est pas très difficile. Écrire un roman magnifique n'est pas non plus si difficile. "Je ne prétends pas que c'est simple, mais ce n'est pas non plus impossible. Ce qui est particulièrement ardu, en revanche, c'est d'écrire des romans encore et encore. Tout le monde n'en est pas capable". 

Dans ce livre, donc, l'ex-barman et traducteur de Raymond Carver revient sur son parcours et ses 35 ans d'écriture ininterrompue. Il donne le chiffre : 10 pages par jour, 300 pages par mois. C'est pas mal... plus fort qu'Amélie Nothomb ! Il parle de l'inspiration, de son rythme de vie très spartiate, de l'intérêt de l'aérobic et de son désintérêt total pour les prix littéraires...

Jean-Claude Raspiengeas a trouvé le livre "rasoir"  

J-C R : C'est un livre laborieux, qui n'est pas vraiment passionnant, un peu rasoir. L'éditeur nous le présente comme un essai à la fois drôle, intelligent et passionnant. Ca nest rien de tout ça. C'est intelligent un petit peu. En tout cas, ce n'est absolument pas drôle et absolument pas passionnant. On a l'impression que ce sont des interviews qui ont été rassemblées, scotchées.  

Il y a deux chapitres relativement intéressants : le 6 et le 7. Le chapitre 6, c'est celui où il dit qu'il fait ses dix pages par jour et tout ça, c'est intéressant sur la technique, la méthode... Il y a quelque chose qui est assez marrant dans ce chapitre, ce sont ses réactions très ombrageuses : il fait lire ses livres tout le temps à sa femme, et quand elle lui fait la moindre critique ou observation, il le prend très, très mal à chaque fois. Et ce qui est assez joli, c'est qu'il dit "Je rentre dans une fureur terrible, je ne supporte pas et puis je laisse passer quelque temps et je me dis qu'en effet, peut-être, elle a un peu raison".  

Frédéric Beigbeder a eu l'impression de lire "un bloggueur nobelisable" 

FB : Il dit que les critiques littéraires sont trop intelligents pour comprendre les romans. Je crois que c'est vrai des siens.

Murakami a un talent fou pour énoncer des banalités avec beaucoup de candeur. 

Tu as l'impression que tu lis un blogueur qui serait nobelisable. C'est des truismes très démagogiques. Il passe son temps à répéter que tout le monde pourrait être romancier, mais juste après, il se vante en disant qu'il vend beaucoup d'exemplaires depuis 30 ans... Il fait parti de ces gens qui ont la modestie très prétentieuse, quoi. 

Il y a juste un moment où je me suis dit "Tiens, c'est pas mal ça". Il dit : "Écrire un roman, c'est comme fabriquer un bateau dans une bouteille. C'est un travail de maniaque, ennuyeux, difficile et long et inutile". Et ça, j'ai trouvé ça juste mais je préfère ce qu'a dit Modiano (qui lui a eu le Nobel) : "C'est comme conduire une voiture la nuit, en hiver, et rouler sur du verglas sans aucune visibilité". Voilà, on voit la différence entre ceux qui ont le prix et ceux qui ne l'ont pas ! 

Patricia Martin a trouvé le livre léger, drôle et épuré

PM : Je ne suis pas du tout d'accord : moi, j'ai trouvé ça léger. J'ai trouvé ça drôle. J'ai trouvé ça très épuré. Et cette candeur dont vous parlez, c'est pas du tout le fait de prendre le lecteur pour un imbécile, c'est une candeur enfantine. Il y a quelque chose de très épuré chez lui. C'est presque de l'ordre du sacré.

Il enfonce le clou à chaque fois, ce n'est pas la première fois qu'il le dit : c'est un homme ordinaire qui a une vie ordinaire, une réflexion ordinaire. Je trouve qu'il a une puissance évocatrice dans ses mots, dans ses phrases... Il a un charme quand il dit lui-même. Moi, je trouve ça très drôle quand il dit qu'il roule à vitesse réduite, qu'il a une activité de pataud, qu'il n'est pas très émotif et que ça n'a pas été un très bon élève. Et puis tout à coup, il y a des étincelles, il y a une révélation, ce qu'il appelle une épiphanie dans un stade, je raconterai pas comment. 

Parler de la créativité, de l'originalité, du fait de monter sur le ring, mais surtout de pouvoir y rester parce que c'est ça de savoir écrire, moi, je trouve ça formidable. 

Quand il parle de Joyce, des rapports entre la mémoire et l'imagination, quand il parle du pouvoir de dire "je" parce qu'il n'est pas occidental, c'est un Japonais et pour un Japonais, dire "je", ce n'est peut être pas la même chose. Je trouve qu'il fait une démonstration de ce que c'est que le génie qui est formidable. 

Et puis, il raconte deux histoires (je suis désolée, je vous raconte vite parce que je les trouve trop drôles) : c'est Proust et Joyce, en 1922, qu'on a invités à un même dîner. On les a mis côte-à-côte en disant "Ils vont se raconter des histoires de romanciers absolument extraordinaires"... et aucun d'eux ne parle. Ils sont muets du début à la fin du dîner. Et une autre : c'est une rencontre entre Paul Valéry à Einstein. Et Valéry demande à Einstein : "Vous avez toujours un petit carnet sur vous pour prendre des notes ?" et Einstein dit "Non, je n'en ai pas besoin : je n'ai jamais d'idée". 

Vous n'avez rien compris si ça vous a cassé les pieds.  

Michel Crépu n'a pas grand chose  à en dire

MC : 

C'est le Houellebecq nippon

Ben oui : c'est l'écrivain qui, comme le fait Houellebecq ici, est capable de donner une sensation de l'ordinaire tout en donnant à la vie ordinaire dans sa réalité un peu morne, un peu de vie

Effectivement, il n'y a pas tellement d'humour dans tout ça.  

Aller plus loin

📖 LIRE - Profession romancier de Haruki Murakami, chez Belfond

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.  "

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