Le chanteur Alain Souchon qui vient de publier un nouvel album ("Ames fifties") était l’invité d’Eva Bester dans l’émission "Remède à la mélancolie". L’occasion pour lui de citer le célèbre poème de Guillaume Apollinaire, mort il y a pile 101 ans.

Alain Souchon (ici, sur un plateau de télévision en 2015) est subjugé par le poème d'Apollinaire, La Lorelei
Alain Souchon (ici, sur un plateau de télévision en 2015) est subjugé par le poème d'Apollinaire, La Lorelei © AFP / Loic Venance

Au début de l’émission Alain Souchon a réfuté la nécessité de trouver remède à la mélancolie : cet état fait partie de la vie, il n’y a pas à y remédier. Mais il reconnait quelques extases. Il est, entre autres, ébloui par les tableaux de Gustave Moreau. Un peintre qui se pensait trop littéraire. Alain Souchon aime ces gens influencés par la littérature qu’il regrette de ne pas avoir plus creusés. 

Le chanteur a ensuite évoqué son amour pour le célèbre poème de Guillaume Apollinaire "La Lorelei"

La Lorelei est inspirée d’une légende rhénane du XIXe siècle sur une nymphe dont les pouvoir entraînaient les navigateurs vers la mort. Le poète français l’écrit après un séjour en Allemagne en 1902. Alain Souchon raconte comment il l’a découvert : 

« J’avais un professeur qui m’avait embarqué pendant toute l’année sur La Légende des siècles de Victor Hugo, j’aimais déjà la rime, et l’aisance de l’écrivain à raconter des bobards ahurissants, moyenâgeux, fous… Ça me plaisait beaucoup. 

Comme mes parents sortaient tout le temps, j’ai été souvent seul le soir avec une personne qui me gardait. On vivait dans un petit appartement avec un immense mur plein de livres. Comme il n’y avait pas la télévision et que j’avais accès à cette grande bibliothèque… Je suis tombé sur le livre d’Apollinaire et ce poème-là, La Lorelei. Il est extraordinaire et tragique. A la fin, elle tombe dans le fleuve et elle se noie. Tout cela parce qu’elle a des yeux particuliers. Quiconque les croise, meurt. Et elle, en se regardant dans le fleuve (Le Rhin) vers son amant qui doit la rejoindre en bateau, elle voit son reflet, voit ses yeux, et tombe dans l’eau. 

C’est merveilleux, ce texte, cela fait partie des beautés que l’on voit sur la Terre avec des paysages merveilleux, des filles… 

Je l’ai découvert très tôt. Cela démarre par : 

« À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde »

Moi, j’aurais mis 'faisait'. Mais lui a mis 'laissait', et avec ce verbe il apporte quelque chose de tellement fort.
Cela veut dire qu’elle dédaigne, qu’elle est en hauteur, qu’elle est loin. J’ai adoré cette nuance, que j’ai découverte alors que j’avais onze ans. »

Ecouter Alain Souchon dire, et commenter, La Lorelei de Guillaume Apollinaire 

5 min

Alain Souchon dit "La Lorelei"

Par France Inter

"À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Lorelei aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardé évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Lorelei
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé

Évêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s’en alla

L’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu’au couvent cette femme en démence

Va-t’en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
La Lorelei les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Lorelei Lorelei

Tout là-bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon cœur devient si doux c’est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Lorelei
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil"

Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

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