Sandro Veronesi est l’un des auteurs italiens les plus éminents en littérature, lauréat des prix les plus prestigieux. Mais le prix du livre étranger France Inter / Le Point n'a pas fait l'unanimité au Masque & la Plume. Patricia Martin est la seule à avoir sauvé l'ouvrage.

Portrait de l'écrivain italien Sandro Veronesi, novembre 2019
Portrait de l'écrivain italien Sandro Veronesi, novembre 2019 © Maxppp / IPA Agency

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Traduit de l'italien par Dominique Vittoz. Il vient de recevoir le prix du livre étranger France Inter / Le Point. L'auteur de Chaos calme, prix Femina étranger 2008, porté à l'écran par Antonello Grimaldi, avec Nanni Moretti. 

Le colibri du titre, c'est Marco Carrera, surnommé ainsi par sa mère parce que des problèmes de croissance l'ont empêché de grandir à l'adolescence, et qu'il a, toute sa vie, déployé une énergie folle "pour rester immobile". Marco Carrera, 40 ans, ophtalmologue, réchappé d'un accident d'avion, marié à une hôtesse de l'air slovène, père d'une fille, heureux. Jusqu'au jour où il reçoit une étrange visite, celle du psychanalyste de son épouse. Alors, va resurgir un drame qui s'est déroulé en 1981, en Toscane, en même temps qu'une histoire d'amour qui s'est prolongée. 

Le livre a "agacé" Arnaud Viviant qui regrette "un côté trop fabriqué"

"J'ai détesté. Certains livres vous laissent indifférent, mais celui-là, je l'ai vraiment détesté de bout en bout. Dès la première page, ça m'a agacé et ce tout au long du livre… Plus j'avançais, plus je me disais que ce n'était pas possible… Un pareil faiseur… On dirait du Grégoire Delacourt. 

Ce n'est pas brillant, c'est clinquant. Ça ne raconte absolument rien, et dans un désordre effrayant, éparpillé façon puzzle pour rien… 

Ça ne veut rien dire.

Ça se termine par une espèce d'ode au messianisme nouveau, avec un chapitre qui s'appelle "L'homme nouveau". Quand on est Italien, généralement, on hésite à faire ce genre de choses. 

C'est terrible. Il y a vraiment un mauvais esprit dans ce livre. Il y a quelque chose de fabriqué, c'est le pire de ce que peut livrer la littérature quand elle est fabriquée… C'est un objet, comme je n'en avais pas vu depuis longtemps. Comme avec cette phrase qui illustre bien ce que je veux dire : "Tous les hommes essayent de faire coïncider leurs femmes avec un symptôme". 

Pour écrire des âneries pareilles, il faut y aller.

Pour Jean-Louis Ezine, c'est "un premier faux chef d'œuvre de la littérature mondiale"

"Moi aussi ce côté fabriqué m'a déplu… C'est à mes yeux un des premiers faux chef d'œuvre, parce que ça nous est vendu comme ça.

C'est n'importe quoi.

Je me suis rendu compte, une fois arrivé à la page 94, que le personnage principal, Marco Carrera, j'en avais rien à cirer. Je ne m'étais pas attaché à lui en 94 pages. C'est quand même très étonnant de la part d'un lecteur. 

ll y a une virtuosité d'apparences dans l'écriture, il y a un éclatement, avec ces lettres interminables qu'il écrit à un frère, qu'on ne voit jamais. 

C'est la métaphore du lecteur qui reste silencieux et sans commentaire.

La métaphore du colibri ne fonctionne pas du tout, parce que ce n'est pas la métaphore de l'immobilité, mais la métaphore du vol stationnaire". 

Patricia Martin salue un récit et "une métaphore du colibri" qui fonctionne très bien

"Quand il fait l'inventaire de ce qui a appartenu à leur père, quand il lui demande s'il est d'accord de vendre telle ou telle chose, ce qu'il en a fait, c'est tout à fait intéressant. 

La métaphore du colibri est assez intéressante.

C'est quand même un oiseau très particulier, qui a beaucoup d'énergie, qui est très intelligent. Son cerveau pèse lourd par rapport au poids de son corps. Il peut presque aller jusqu'à 100 km/h et, cette force, il la traduit dans le fait de rester immobile pour résister aux coups. 

Ça peut être aussi la métaphore de la résistance bourgeoise.

Quant à cette histoire dramatique, il nous permet de la recevoir, car on se la prend quand même en pleine face à chaque fois. Ce n'est pas très drôle ce qu'il raconte, mais il nous permet d'y être préparé par cette écriture, par ce récit fractionné qui fonctionne très bien. 

Je trouve que son portrait des femmes sont ceux de femmes modernes, libres et indépendantes. Je les trouve très belles".

Il est quand même considéré comme l'héritier d'Alberto Moravia en Italie.

Pour Frédéric Beigbeder c'est malheureusement "un roman de série TV"

"Je crois que le livre est même angoissant parce que, vers la fin, il exprime un message terrible contre la liberté. C'est tout un monologue contre les libertés. Comme s'il fallait choisir entre vérité et liberté, ce qui est assez effrayant. 

Par ailleurs, je reprendrai l'argument de Nelly Kapriélan, quand elle disait "qu'il y avait des romans de séries TV" (par rapport à ce qu'elle reprochait à L'anomalie de Hervé Le Tellier, le prix Goncourt 2021). Je pense qu'elle se trompait sur Hervé Le Tellier, mais qu'elle avait raison sur Le colibri, avec sa galerie de personnages (le père fan de modèles réduits ; la mère architecte ; la sœur traumatisée…). 

On dirait une arche de personnages pour une série TV.

Les personnages n'ont pas d'épaisseur, ils ne nous touchent pas. Leur point commun avec la télé, c'est qu'il y a une catastrophe aérienne qui n'a pas lieu. On dirait presque que, dans deux pays différents, il y a eu des romans un peu similaires". 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

6 min

"Le Colibri" de Sandro Veronesi

Par Jérôme Garcin

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