Jérôme Garcin a hésité à soumettre le nouveau livre de Guillaume Musso aux critiques du "Masque & la Plume". Mais il s'agit d'un auteur qui a tout de même vendu 32 millions de livres (rien qu'en France !) et son titre, "La vie secrète des écrivains", est intriguant...

Guillaume Musso sort "La vie secrète des écrivains" chez Calmann-Lévy
Guillaume Musso sort "La vie secrète des écrivains" chez Calmann-Lévy © AFP / Joël Saget

Le livre résumé par Jérôme Garcin

On y suit un jeune auteur, Raphaël Bataille, qui a trouvé une place dans la librairie d’une île méditerranéenne, où s’est retiré un écrivain légendaire, Nathan Fawles, qui a renoncé à l’écriture après avoir publié trois romans-cultes. Autour de cette villa rôdent Raphaël Bataille et une jeune journaliste, Mathilde Monney, venue enquêter sur Nathan Fawles le jour même où le cadavre d’une femme est retrouvée sur une plage de l’île. 

Un polar dans lequel Guillaume Musso cite Irving, Ferrante, Kafka ou Virginia Woolf. On y apprendra que :

vouloir rencontrer un écrivain parce qu'on aime son livre, c'est comme vouloir rencontrer un canard parce qu'on aime le foie gras. Margaret Atwood

Et que "la première qualité d’un écrivain est de savoir captiver son lecteur par une bonne histoire".  

Patricia Martin a marché

L'histoire est moyenne. En plus, on peut regretter que, sur la société, il n'y a vraiment pas grand chose de prégnant psychologiquement, ce n'est pas très fouillé. 

Et néanmoins, j'ai plutôt marché.

Je trouve que sa réflexion sur la littérature, sur la vie de l'écrivain est plutôt joyeuse, facétieuse. On sent qu'il y a eu une jubilation de sa part à l'écrire. C'est certainement un très bon lecteur, ce sont ses fondations. Il montre qu'en littérature, on ne peut apprendre que de ses pairs. C'est un drôle de métier : c'est un métier mais il n'y a pas de formation, ça ne peut pas s'apprendre, il n'y a pas de technique, il y a des règles et un cadre, et même des ateliers d'écritures, mais tous les écrivains dignes de ce nom sont hors cadre… 

Quand je dis que j'ai marché : il y a une scène de crime qui se passe dans un appartement, que j'ai lue à minuit dans le métro… Je ne suis jamais rentrée aussi vite chez moi à pieds de la station à mon appartement tellement j'étais dans un état de trouille insensée ! 

Jean-Claude Raspiengeas a souffert

J'ai lu la scène de crime chez moi mais je n'ai pas du tout eu peur, je ne suis pas allé fermer la porte, rien de tout ça. 

On va juste lui accorder une chose : il a une vraie sincérité sur la magie et le pouvoir du roman. Le problème, c'est qu'il écrit. Ce qui est un peu embêtant, c'est que chaque phrase est décourageante, vraiment. Il y a une pauvreté, une banalité du style... C'est écrit comme une rédaction

C'est un thriller mais tarabiscoté, on n'y comprend rien, c'est invraisemblable… c'est mal écrit. Des fois, on souffre aussi comme lecteur. 

L'auditeur ne se rend pas compte mais, des fois, on passe par des moments difficiles.

Je n'ai pas envie d'accabler Musso, visiblement il a beaucoup de lecteurs, les gens l'aiment bien, le problème c'est que moi je n'y trouve pas mon compte et que je suis même un tout petit peu furax.

Arnaud Viviant s'est agacé

C'est la première fois que je lisais un roman de Mr Musso. Donc j'ai fait un vœu : j'ai espéré que ça ne soit pas trop mauvais. Et en fait ça ne l'est pas trop… M'enfin. 

Le problème principal, pour moi, c'est que je trouve que ça lorgne très sérieusement sur Joël Dicker et qu'ils ont tous les deux repris des éléments à Philip Roth. Joël Dicker, c’était un vrai démarquage de La Tache de Phillip Roth, son premier roman, en reprenant des éléments, ce qui m'avais outré d'ailleurs. Et là, on a un personnage qui s'appelle Nathan (évidemment, on pense à Nathan Zuckerberg), il y a la solitude qui est celle dont parlait Phillip Roth, et aussi le fait qu'il n'y aurait plus de lecteurs pour la littérature. 

Il y a quelque chose d'assez confus dans ce livre : il fait un étalier d'écriture qui le déçoit parce qu'un écrivain lui dit "il faut être dans la langue" alors que lui veut raconter des histoires. On connaît : toujours, ces écrivains disent "mais moi, je suis un grand raconteur d'histoires". Ça n'a aucun sens ! Et d'ailleurs ce Nathan, là, il a écrit un chef-d'oeuvre de la littérature populaire ! Pourquoi il n'a pas écrit un chef-d'oeuvre de la littérature-tout-court ? Ça n'a aucun sens cette histoire de lisibilité ou d'illisible. C'est autre chose qu'on cherche ! Est-ce qu'on se dit "Est-ce que Proust est lisible ?" Personne ne pense comme ça ! Eux disent "Mais moi je suis lisible"… Mais on s'en fout ! En réalité, tu n'offres pas assez !

À un moment, il tacle la critique (comme l'avait fait Joël Dicker aussi), les gens qui se permettent de dire qui est un vrai écrivain. Mais on ne dit jamais ça, on ne parle pas comme ça ! "C'est un écrivain ou pas ?", "il propose quelque chose ou pas ?", sur le langage, la forme… Comme le fait Chloé Delaume quand elle invente le "papatron" ! Voilà, elle invente quelque chose ! Lui n'invente rien.

Olivia de Lamberterie démonte le livre

L'intrigue est pas mal. C'est une intrigue à tiroirs : le premier marche, le deuxième aussi, le troisième est un peu improbable. 

C'est un livre qui a un sous-texte permanent : "Je vais régler leurs comptes aux journalistes, aux critiques littéraires et aux éditeurs". Les critiques littéraires qui décident ce qui est de la littérature ou pas. Les pires : les journalistes qui faisaient une bonne critique de votre livre sans avoir rien compris - j'ai envie de dire qu'il peut y avoir pire : ceux qui font une mauvaise critique en l'ayant compris !… Beaucoup de règlements de comptes.

En même temps, c'est tellement facilement démontable : le livre est construit entièrement de la même façon : 

  • Chaque paragraphe commence par un point météo, toujours. Il fait beau, il ne fait pas beau. 
  • Beaucoup de "à la fois". On peut dire que Macron a inventé la politique ; Musso a inventé la littérature-à-la-fois. Les personnages sont tous à la fois un peu méchants, un peu gentils. Il fait beau et pas beau. Frais et soleil… À la fois.
  • Après le point météo, le point vestimentaire : à chaque fois, vous avez l'intégralité de la manière dont les gens sont habillés, de la couleur de leur chemise à celle de leurs chaussettes. Pour rien. Ils ont des chemises en lin bleu ciel. Pourquoi ? Pourquoi pas.
  • Après : un point paysage. Deux lignes, toujours
  • Après : la description de l'action, qui est uniquement écrit avec un sujet qui est "il" ou "elle". Jamais autre chose. 
  • Parfois, il y a un point cuisine. 
  • Parfois, vous avez vraiment des choses très drôles : un skipper qui arrive sur l'île et qui dit "Terre ! Droit devant !" Mais on est où ? Dans L'Île au trésor ? Vous avez déjà vu un skipper ?

Aller plus loin 

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"La vie secrète des écrivains" de Guillaume Musso : les critiques du "Masque & la Plume"

📖  Le roman de Guillaume Musso est à retrouver chez Calmann-Lévy.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature

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