C'est l’événement de l'année : la sortie du quatrième et dernier volume de "L'Amie prodigieuse" d'Elena Ferrante, "L'enfant perdue". Extraits des critiques échangées au "Masque et la Plume".

Les quatre tomes de la série "L'Amie prodigieuse" d'Elena Ferrante, en version originale, dont le dernier volume, "L'Enfant perdue" vient de paraître en France chez Gallimard
Les quatre tomes de la série "L'Amie prodigieuse" d'Elena Ferrante, en version originale, dont le dernier volume, "L'Enfant perdue" vient de paraître en France chez Gallimard © Getty / Simona Granati - Corbis

En France, il y a déjà eu 2 millions d'exemplaires vendus pour les trois premiers volumes de L'Amie prodigieuse d'Elena Ferrante qui ont été vendus.

Résumé des épisodes précédents : les romans racontent la longue et tempétueuse amitié entre Elena Greco (la narratrice) et Lila Cerullo. Elena (ou Lena) est née en 1944 dans un quartier populaire de Naples, elle se marie avec Pietro, a deux filles, voyage, devient écrivain et a un coup de foudre avec un ami de jeunesse, Nino. Lila (ou Lina), n'a jamais quitté Naples, où la terre va bientôt trembler...

Cet ultime tome est très attendu par les lecteurs... Qu'en ont pensé les critiques du "Masque et la Plume" ? Pour évoquer cette oeuvre, Jérôme Garcin a convié au micro de France Inter les critiques Olivia de Lamberterie (du magazine Elle), Nelly Kapriélian (Inrockuptibles), Patricia Martin (France Inter) et Arnaud Viviant (Transfuge).

Arnaud Viviant : "C'est un phénomène absolument captivant !"

Maintenant qu'on a la solution de l'énigme avec le dernier volume, ça prend soudainement une envergure ! 

Ce qui est le plus formidable dans cette histoire, c'est que c'est devenu un best-seller mondial dans le monde occidental au moment où beaucoup de gens, à juste titre, parlent de la mort de la littérature ! Ne serait-ce que Philippe Roth qui dit : "J'arrête d'écrire des romans parce que finalement, le genre est mort !" Et, en ce début de XXIe siècle, on a quand même ce phénomène incroyable de littérature - et c'est vraiment de la littérature. Ce n'est pas du tout un auteur à négliger.

Nelly Kapriélian : "Elena Ferrante est complètement folle"

Je trouve la narratrice folle : c'est quoi cette fixation avec cette pauvre Lila ? 

Je trouvais que le personnage de Lila ne méritait pas autant de suspicion, notamment dans une scène où elle la voit pour la première fois avec Nino. C'est-à-dire que : Lena a son amant Nino qui a été l'ex-amant de Lila ; ils se retrouvent tous les trois au café et là, la plus froide est Lena, parce qu'elle a peur que l'autre lui pique son amant. Tout à coup j'ai réalisé que toute cette série était une forme de paranoïa aigüe de la part de la narratrice. 

Pour moi, ce n'est pas un livre d'amitié, c'est un livre de haine, d'une femme à une autre. 

À la fin, comme on a la clef : est-ce que c'est vrai que Lena est vraiment Elena Ferrante, ou est-ce qu'elle en joue, que c'est encore un jeu d'auteur pour nous faire croire que c'est basé sur une histoire vraie ? Là je me suis dit : Elena Ferrante est complètement paranoïaque, complètement folle, et c'est un livre engendré par une forme de névrose qu'elle a à l'égard d'une autre femme, une forme d'obsession.  Et ça ne m'a plus intéressée du tout.

Patricia Martin : "C'est comme de la guimauve !"

Ça m'a enquiquinée, mais à un point ! C'est comme de la guimauve, au sens propre comme au sens figuré ! Ça s'étire dans tous les sens, c'est mou ! 

Elle te fait une sorte de saupoudrage d'analyse politique qui est insupportable. Je prends un exemple : Aldo Moro. Pour aller souvent en Italie, les semaines où Aldo Moro avait disparu, quand on ne savait pas où il était, avant d'apprendre sa mort, je peux vous dire que les Italiens étaient tendus comme des arcs ! Et là ça donne un paragraphe complètement stupide, ridicule, elle passe à côté de tout.... Et on la compare à Elsa Morante ? 

Olivia de Lamberterie : "il y a des pages extraordinaires"

Ce livre a une faiblesse : les cent premières pages, parce que ça raconte uniquement le déchirement de la narratrice Elena entre son amant et ses enfants, et c'est un peu plus convenu que le reste de l'oeuvre

Page 100, Lila revient : ça se réveille... parce qu'Elena Ferrante n'est pas une romancière de l'amour, c'est une romancière de l'amitié paradoxale. 

Lila revient - et ce n'est pas une méchante ; Elena Ferrante écrit : 

Elle a l'art de planter une aiguille dans le cœur, non pas pour qu'il s'arrête, mais pour qu'il batte plus fort.

Tout est là. 

Les deux cents première pages, elle retrouve son rythme. Et à partir de la page 198 (le tremblement de terre), il y a des pages extraordinaires. Lila, qui est une femme complètement cadenassée, qui ne se livre jamais, il y a trois pages où elle se livre à son amie (et ce sont les seules trois pages des quatre volumes où elle se livre !) en disant :

Même quand je déborde d'amour, même quand ma vie est belle, même quand je suis heureuse, je ne peux pas m'empêcher de voir l'effroi du monde. 

Elle décrit le monde comme une sorte de monde qui dégouline. Ces pages sont prodigieuses. C'est un grand écrivain. 

Et on retourne dans le chaudron de Naples, il y a tout : Naples, la vie politique, la vie sociale et il y a le thème du roman qui est la lutte des classes. Comment est-ce qu'on peut sortir de son milieu ? Est-ce qu'il faut partir ou est-ce qu'il faut rester ?... Ce n'est pas sûr qu'il faille partir. 

Ecoutez 

[ALERTE SPOILER] Ecoutez toutes les critiques échangées sur L'enfant perdue autour de Jérôme Garcin par les critiques Olivia de Lamberterie (Elle), Nelly Kapriélian (Inrockuptibles), Patricia Martin (France Inter) et Arnaud Viviant (Transfuge) :

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