Après "La vérité sur l’affaire Harry Québert" (trois millions d’exemplaires vendus, et bientôt porté à l’écran par Jean-Jacques Annaud) et du "Livre des Baltimore", voici le nouveau roman / nouveau best-seller de Joël Dicker. Extraits des critiques (cinglantes) du "Masque et la Plume"...

Le livre de Joël Dicker est publié aux éditions de Fallois
Le livre de Joël Dicker est publié aux éditions de Fallois © AFP / LEONARDO CENDAMO / Leemage

Le nouveau roman, nouveau best-seller, de Joël Dicker, 33 ans, l’auteur genevois de La vérité sur l’affaire Harry Québert (trois millions d’exemplaires vendus, et bientôt porté à l’écran par Jean-Jacques Annaud) et du Livre de Baltimore

Un roman de 640  pages, qui se déroule, comme les précédents, aux Etats-Unis... Plus précisément à Orphea, une petite station balnéaire chic et imaginaire proche de New-York, où un quadruple meurtre, dont celui du maire de la ville, a été commis en 1994. Vingt ans plus tard, la Stephanie Mailer du titre, une journaliste locale qui était sur la piste du coupable, disparaît dès le début du roman. Et les crimes reprennent de plus belle. Un policier, Jesse Rosenberg, enquête alors sur la disparition de Stephanie Mailer. 

Pour le reste, le style n’a pas changé : il n’y en a toujours pas. Sauf si l’on considère les expressions toutes faites : « l’étau se resserrait », « la tension était palpable » et « le sang ne fait qu’un tour » (vu au moins un dizaine de fois) comme des figures de style… Il y en a une, plus bizarre, que j'ai notée : « elle avait la soixantaine avec qui j'avais en commun que nous étions divorcé toutes les deux ».

On trouvera aussi dans ce polar des piques contre la critique littéraire pour qui « tout ce qui n’a pas de succès est forcément très bon…»

Arnaud Viviant : "C'est de la merde"

Tout est faux dans ce livre. L'écriture est fausse parce que c'est écrit dans un faux américain qui fait qu'effectivement parfois ça passe mal en français. Ça se passe dans une fausse Amérique, qui n'existe pas, qui n'est jamais décrite d'ailleurs... Il y a des scènes à New York mais il n'y a jamais une seule description ; il n'y a que des gens qui parlent, une intrigue qui cherche à avancer... Et donc, des blagues sur un critique littéraire fameux qui, évidemment, ne lit pas les livres avant de les critiquer - à quoi ça sert ? et qui a un ordre de grandeur :  

  1. les livres incompréhensibles
  2. les romans intellectuels 
  3. les romans historiques
  4. les romans tout court - j'adore le concept du "roman tout coup"
  5. les romans policiers (puisque, donc, il cherche à en écrire un). Je dis bien "il cherche" : on ne peut pas "divulgâcher" ou spoiler puisque de toutes façons on n'y comprend rien. À la fin, vous avez lu six cents pages : ne cherchez même pas à savoir qui a tué, vous ne le saurez pas. On ne comprend rien !

Comme il faut bien faire ces 600 pages, il introduit des micro-histoires qui sont, pour certaines, peu ragoûtantes : par exemple, il y en a une où le héros, Jesse Rosenberg, raconte comment il a été élevé par ses grands-parents. Ceux-ci sont des Juifs qui ont échappé au ghetto d'Odessa et ils sont horribles, ils maltraitent tout le monde. Un jour, il revient de l'école en pleurant. 

Le grand-père demande : "Qu'est-ce qui t'est arrivé ? 

- On m'a traité de fillette. 

- Oui, c'est vrai, tu es une fillette. 

Et il lui met une perruque sur la tête. Ça dure une dizaine de pages... Ils le traitent comme un esclave . Ça va tellement loin que les flics arrivent et là, écrit Joël Dicker, la grand-mère parce qu'elle a peur des uniformes depuis Odessa, soudainement, se met à respecter son petit-fils. Elle lui demande donc d'emmener des gâteaux chez ce flic en disant "C'est notre Raoul Wallenberg" (ce célèbre diplomate suédois qui a sauvé vingt mille juifs). Quand vous lisez ces dix pages, on ne sait pas trop quoi en penser mais il en ressort quelque chose de très très sale. 

Jean-Claude Raspiengeas : "les pages se tournent toutes seules"

Je suis face à un mystère : je n'arrive pas à comprendre - non pas ce que vous ne comprenez pas - mais les pages se tournent toutes seules ! Je n'éprouvais pas un plaisir littéraire particulier... La seule chose qui me surprenait moi-même, c'est que je trouvais que la mécanique marchait. 

Nelly Kapriélian : "clicheton à mort"

Je ne suis pas allée jusqu'au moment où il y a un critique littéraire parce que je n'en pouvais plus - et pourtant j'adore les polars, mêmes les moins bien écrits... mais alors là ! Comme le disait cet auditeur qui a eu un mot génial, c'est "un roman en plastoc"

Je n'ai pas pu continuer parce qu'assez vite, je me suis dit : "c'est un enfant arrogant qui pose à l'écrivain de romans policiers" et au fond, comme disait Arnaud, on ne reconnaît pas les Etats-Unis - par contre, on reconnaît les séries américaines. On a l'impression qu'il est enfermé dans sa chambre depuis 30 ans : il n'en est pas sorti mais il regarde énormément de choses... et il copie. Il fait une espèce de melting-pot de plusieurs séries, plusieurs romans. 

C'est clicheton à mort. 

Olivia de Lamberterie : "À ce point-là, je me disais : il est payé à la ligne !"

J'ai adoré !… Non, ce n'est pas vrai. J'ai trouvé ça d'abord très comique tellement c'était idiot. C'est-à-dire que Joël Dicker invente un flic idiot. Les cinquante premières pages, c'est : "devant lui, le corps était criblé de balles". La phrase d'après, c'est : "bon sang, j'en déduis qu'il était mort" .

Un paragraphe plus loin, il y a un appartement cambriolé : "La porte n'avait pas été forcée, j'en déduis que le cambrioleur avait un double des clés". Non, mais... ?! Tout est comme ça ! 

Arnaud Viviant ajoute : "Il y a plusieurs personnages qui portent le même nom de famille. L'enquêtrice dit : "Je n'avais pas fait le rapport". Ils sont frère et sœur. Avec des enquêteurs comme ça, le livre peut durer 600 pages !"

Olivia de Lamberterie : À ce point-là, je me disais : il est payé à la ligne !

Tout ça écrit à grand renfort de "s'exclama" et "s'écrièrent". Et je me disais que dans la vie, c'est un verbe qui n'existe pas. Personne ne s'écrie dans la vie !  C'est juste un verbe pour les mauvais romans. 

C'est assez rare, un polar dont dès la deuxième page, tu n'en as rien à faire de la résolution de l'énigme ! C'est presque un cas d'école !

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"La disparition de Stephanie Mailer" de Joël Dicker : les critiques du Masque et la Plume

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Le livre d'Edouard Louis est publié aux Editions de Fallois

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