Zadie Smith, prodige de la littérature britannique, fait paraître "Swing Time". Deux camps s'opposent au "Masque & la Plume" : Frédéric Beigbeder et Patricia Martin ont adoré, Arnaud Viviant et Nelly Kaprièlian trouvent l'auteure survendue... et en plus, elle a copié Elena Ferrante et son "amie prodigieuse" !

Zadie Smith, écrivaine britannique, sur la scène du prix  Innovator Awards du Wall Street Journal (Musée d'Art Moderne de New-York, novembre 2015).
Zadie Smith, écrivaine britannique, sur la scène du prix Innovator Awards du Wall Street Journal (Musée d'Art Moderne de New-York, novembre 2015). © Getty / Dimitrios Kambouris

Le résumé du livre de Zadie Smith, par Jérôme Garcin

Une histoire d’amitié, mais aussi de rivalité, entre deux filles métisses, rythmée par les comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly. 

Elles sont issues  du même quartier populaire de Londres et folles de danse, se sont rencontrées dans un cours. La première, Tracey, une «  Shirley Temple basanée », a une mère qui vit d’expédients et un père plus souvent en prison qu’à la maison. Elle est très douée pour la danse. La seconde est la narratrice, son père est postier et sa mère, d’origine jamaïcaine, pratique le marxisme dans le texte. Elle est beaucoup moins douée, et même gauche. La première va décrocher des petits rôles à Broadway, la seconde va devenir l’assistante d’une star de la chanson qui se découvre, en Afrique, une fibre humanitaire. 

Ce roman d’apprentissage de deux âmes-sœurs se déroule sur près de 20 ans. Impossible de ne pas penser à la fresque d’Elena Ferrante, où Manhattan remplacerait Naples.

Frédéric Beigbeder est tombé amoureux de Zadie Smith !

FB : Ce qu'il y a d'extraordinaire avec Zadie Smith, c'est cette finesse, cette espèce de danse permanente avec ce qu'on attend... et c'est autre chose qui arrive.

Chaque personnage a plusieurs ombres : deux filles copines d'enfance, l'une père noire, mère blanche, l'autre l'inverse. Et je trouve que c'est assez horrible de voir à la fin la déchéance de l'une, la déception de l'autre, c'est un livre vraiment bouleversant et surtout très fin.

Je crois que je suis tombé amoureux de Zadie Smith !

Nelly Kaprièlian trouve que Zadie Smith est surcotée !

NK : Je pense que si Zadie Smith était moins belle, elle n'aurait pas du tout le même succès

Très franchement je pense que ce roman patine au bout de 100 pages. Elle n'a rien à dire. Toute sa peinture de ce quartier de Londres, où les deux petites qui grandissent ensemble, les mères compliquée, les pères absents etc. Tout ça est génial. Mais à partir d'un moment, elle ne sait plus quoi faire de ses personnages (et c'est souvent ce qui arrive avec Zadie Smith).

Et puis Zadie Smith n'est plus si jeune, elle doit avoir 40/45 ans, alors si elle ne sait pas mener ses personnages un peu plus loin... Elle a commencé à 25 ans, c'était soit-disant un génie... Non ça ne tient pas !

Et puis par ailleurs il y a un grand problème, elle a copié Elena Ferrante.

Arnaud Viviant a trouvé ce livre "nul" et "d'aucun intérêt"

AV : C'est nul, c'est d'aucun intérêt. C'est du blockbuster littéraire. L'histoire est nulle et non avenue. Effectivement elle est volée à Elena Ferrante, mais tout d'abord Elena Ferrante c'était en quatre volumes et il y avait une manière d'écrire. L'une va rater sa vie, l'autre est plus douée et va réussir... Franchement...

Pour moi ce sont des bockbusters littéraires avec à la fin un générique de fin où elle remercie les 150 personnes qui l'ont aidé à écrire son livre, en commençant par son agent... Je n'en peux plus de ces écrivains qui disent "merci patron". La littérature pour moi c'est l'idée d'échapper au social, alors les gens qui disent merci à leur agent littéraire...

Ce n'est plus de la littérature, c'est de la manufacture.

Patricia Martin trouve l'écriture de Zadie Smith très courageuse !

PM : Il y a une énergie, une vitalité... Les jours de cafard, vous lisez ça, même si ce n'est pas toujours joyeux parce qu'il y a des choses très dures qui s'y passent, il y a une énergie folle là-dedans.

Elle n'hésite pas à dire que c'est la pauvreté qui fait réfléchir parce que quand on a l'esprit repu, il sommeille. À propos des enfants : ce sont des tyrans et ce que veut un enfant, c'est que sa mère soit à son service... Enfin il y a des petites choses comme ça, je trouve que c'est courageux de dire ça.

Ce qu'elle dit de l'apparence des deux filles au début du livre, si elle-même n'était pas métisse elle ne pourrait pas le dire, car ce n'est pas très politiquement correct, sur la couleur de la peau, la couleur du tissu et sur la forme du nez... n'importe qui ne pourrait pas écrire ça, elle écrit des choses très frontales.

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« Swing Time », Zadie Smith - les critiques du Masque et la Plume

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📖 Swing Time est paru en français chez Gallimard

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