Augustin Trapenard propose à chacun de ses invités quelques minutes de liberté en direct à l'antenne pour rendre hommage à une oeuvre ou une personne qui les a touché. L'écrivain Bernard Werber a choisi de remercier ses profs de français, Mr Gillabert et Me Pubcou…Voici son texte.

L'écrivain Bernard Werber
L'écrivain Bernard Werber © AFP / Joël Saget
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Bernard Werber : "Pour bien marcher, la littérature avait besoin de ses deux jambes : la jambe réaliste et la jambe imaginaire"

Déjà, sur les parois des grottes de l'homme préhistorique il y a 17 000 ans, on a retrouvé deux sortes de récits : 

  1. Les histoires réalistes racontant en général les chasses ou les guerres
  2. Les histoires magiques décrivant par exemple le voyage de l'âme après la mort

Les deux étaient nécessaires. La première pour la mémoire et la deuxième pour l'imagination. 

Il y a 2650 ans, le premier roman traçait en cunéiforme l'histoire de Gilgamesh, racontait les aventures d'un roi à la poursuite d'un ami défunt dans des mondes fantastiques.

Par la suite, la Bible, best-seller international, ne lésinait pas sur les effets spéciaux époustouflants : serpent qui parle, buisson ardent, anges qui combattent les démons, déluge mondiale, morts qui ressuscitent pour le plus grand plaisir de millions de lecteurs.

Plus tard encore au Moyen-Âge, il y a eu Rabelais avec son géant Pantagruel, puis encore plus tard Mary Shelley avec Frankestein, Bram Stoker avec Dracula, Jules Verne, Barjavel

Du coup, il m'avait toujours semblé que pour bien marcher, la littérature avait besoin de ses deux jambes : la jambe réaliste et la jambe imaginaire. 

Pourtant, je me souviens que lorsque j'étais jeune journaliste à un célèbre hebdomadaire parisien, j'avais proposé de faire la nécrologie de Pierre Boule. J'étais allé voir le chef de rubrique littéraire, il m'avait dit :

- Pierre Boule, jamais entendu parler, c'est qui ? 

- Eh bien l'auteur, entre autres, du Pont de la rivière Kwaï et de la Planète des singes, lui ai-je répondu. 

Le chef de rubrique littéraire s'est gratté le menton et a dit :

- Ah, la Planète des Singes ? J'étais persuadé que ça avait été écrit par un Américain

- Donc pour ma nécro, est-ce que c'est possible ? ai-je insisté

- Non, désolé Bernard, nous sommes un magazine sérieux, on ne peut quand même pas parler de science-fiction.

Ce mépris pour la littérature dite d'imaginaire me semble une gigantesque erreur. On se coupe de la possibilité de faire rêver les jeunes d'un monde nouveau donc forcément différent du monde connu. 

Heureusement, même si ce genre d’œillères est encore très répandu dans le milieu dit germanopratin, il existe une échappatoire : ce sont les professeurs de français de lycée. Ils sont de plus en plus nombreux à proposer spontanément des récits de fantastique à leurs élèves. 

Moi-même j'ai découvert le science-fiction grâce à deux de mes professeurs de français de lycée qui avaient envie de me faire découvrir "une autre littérature". De fait, c'est eux qui m'ont donné le goût de la lecture et le goût de l'écriture. 

Je voulais les en remercier, ici. 

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🎧 (ré)écoutez l'entretien de Bernard Werber au micro d'Augustin Trapenard

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