Dans son tout dernier livre, l'auteur de "Une partie de badminton" et de "Les lisières" transporte son lecteur aux côtés d'un homme qui part à la recherche de son ex-épouse qui a emmené leur enfant dans son pays d’origine. Le portrait d’un père blessé qui ne parvient pas, de nouveau, à convaincre les critiques.

L'écrivain Olivier Adam, 2007
L'écrivain Olivier Adam, 2007 © AFP / ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

L'auteur de Je vais bien, ne t'en fais pas de Falaises, dans ce nouveau roman, raconte le drame d'un Breton, Nathan, qui débarque chez son ex-femme Jun, une céramiste japonaise. Il découvre que leur fils de 4 ans, Léo, a disparu. Elle est repartie avec lui dans son pays natal, un pays qui ne reconnaît aucun droit parental à un étranger qui a été marié à une de ses ressortissantes. S'il tente de récupérer son fils, il passe pour un kidnappeur. Ça ne l'empêche pas, ce personnage de roman, de partir pour le Japon, quitte à risquer la prison. 

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Olivia De Lamberterie l'a décrypté avec un œil qu'elle a voulu le plus bienveillant possible

"ça me donne l'impression que l'on est à l'un de ces dîners avec ses amis, où tu passes le dîner entier à lyncher ton entourage. La dernière fois, on en avait dit beaucoup de mal et je n'avais pas aimé le livre… 

Je trouve qu'il interroge quelque chose d'intéressant dans la littérature : cette obligation de produire des livres, sans doute pour des raisons économiques. Je pense qu'il est impossible, tous les ans et demi, de produire un chef d'œuvre, sauf quand tu es peut-être Joyce Carol Oates. Celui-là, je l'ai regardé avec un œil que j'ai voulu le plus bienveillant possible. 

Il est écrit très très vite mais il y a quelque chose d'intéressant dans le propos

Je trouve que cette femme, qui disparaît avec son enfant, c'est vraiment un truc très sidérant. Ce qui est encore plus intéressant, c'est le portrait du mari. Cet homme n'arrête pas de se faire larguer par tout le monde. Peut-être que, lui, disparaît en lui-même. C'est vraiment le portrait d'un homme qui disparaît dans ses pensées, dans sa passion pour le cinéma, dans son monde à lui. 

Dans ce livre, Olivier Adam laisse la liberté aux lecteurs de juger ses personnages. Mais, finalement, cette femme qui disparaît en prenant son enfant, alors qu'on pourrait la voir avec des yeux terribles, je trouve qu'il y a une subtilité qui fait que ça parait beaucoup plus complexe que ça en a l'air.

Quant à la sidération de cet homme privé de son enfant, Olivier Adam raconte ce qu'il sait faire le mieux, quand il raconte les pères. Le père qui, tout d'un coup, découvre la caisse de Lego, il le fait extrêmement bien". 

Le grand avantage, selon Arnaud Viviant, c'est qu'il est plus court que le précédent

"Le plus drôle, c'est la dédicace qu'il m'a faite car le livre est titré "Tout peut s'oublier" et il m'a rajouté "quoi que" car je crois qu'il se souvenait que j'avais dis qu'il fallait qu'il prenne un peu de champ lors de son dernier ouvrage. 

Le problème, c'est la langue… 

J'ai compté qu'il y avait environ 150 "C'est" où "C'était" dans le livre. Cela c'est vraiment la chose que je ne supporte plus maintenant… Des livres qui commencent par des "C'est" ou des "C'était", il y en a partout, partout, partout… ! C'est un tic. 

En effet, s'il y a bien cette histoire d'un couple franco-japonais et cette histoire d'enfant, vous oubliez de raconter l'autre partie, celle où il tombe amoureux d'une voisine dont l'enfant est devenu un "black bloc". Ce qui est beau dans les histoires, en règle générale, c'est la fragilité mais, là, soudainement, ça devient romantico-débile

Soudainement, le sujet devient envahissant

Il passe à côté de son véritable livre, qui est un livre sur le cinéma. Il veut défendre une certaine idée du cinéma. Aussi, il y a toujours une espèce de petite lourdeur chez lui qui passe par une certaine haine du parisianisme, une espèce de manichéisme entre la Province et Paris. 

Le grand avantage de ce nouveau roman, c'est qu'il est beaucoup plus court que le précédent donc, forcément, on est moins cruel  !

Mais quand, par exemple, il dit du mal du film La belle époque de Nicolas Bedos, on a envie de lui dire : "mais essaie déjà d'être, dans l'ordre du roman, au niveau de ce film et puis on en reparlera !".

Pour Jean-Claude Raspiengeas, "si tout peut s'oublier, alors ce livre peut s'oublier"

"Je suis très embêté parce que le sujet est très intéressant mais il tient sur un ticket de métro… Le style est en option… 

C'est très ennuyeux, ça roule tout seul, c'est lourdingue, cliché sur cliché, autant que les couples franco nippons, que sur le divorce et sur la Bretagne".

Si tout peut s'oublier, ce livre peut s'oublier

Frédéric Beigbeder regrette que, dans ce livre, "Olivier Adam meuble plus qu'il n'écrit"

"Je crois que Olivier Adam a inventé un genre qui est le mélodrame pas émouvant. 

Il a un sujet qui pourrait vraiment, vraiment nous faire pleurer, une histoire en somme épouvantable, mais il veut tellement en faire que, au final, il ne provoque aucune émotion. L'émotion, c'est le lecteur qui la ressent, mais à condition de ne pas trop en faire… 

Dans ce livre, Olivia Adam n'écrit pas, il meuble… Il est obligé de remplir un livre et il essaie donc d'écrire le plus vite possible sauf qu'il en dit trop et, nous, on ne ressent rien".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

9 min

"Tout peut s’oublier" de Olivier Adam

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - "Tout peut s’oublier" de Olivier Adam (Éditions Flammarion)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

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