Après "Soumission" et "Sérotonine" l'écrivain publie un recueil d'articles qui ne sont ni plus ni moins ses multiples "interventions" dans la presse française et étrangère, lors desquelles il partageait ses différents points de vue en matière de politique, de société et de littérature. L'auteur a divisé les critiques.

L'écrivain Michel Houellebecq
L'écrivain Michel Houellebecq © Maxppp / IP3 PRESS / Vincent Isore

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Je n'ose pas dire que c'est le nouveau livre de Michel Houellebecq. Disons que c'est plutôt une resucée augmentée. Il s'agit en effet de la troisième édition d'un recueil qui d'ailleurs, de l'avis même de l'auteur, contient 45 nouveaux textes, eux-mêmes déjà parus dans la presse française et étrangère.
On trouve ici le fameux "Donald Trump est un bon président", publié en 2019 dans le Harper's Magazine, où Trump est présenté comme l'un des meilleurs présidents qu'ait connu l'Amérique ; une défense dont on a beaucoup parlé ici et là d'Éric Zemmour dans Valeurs actuelles : "Son intelligence surpasse celle de ses actuels contradicteurs" ; des positions qu'on lui connaît contre l'Union européenne ou pour le Brexit, des charges contre Victor Hugo, Jean Genet, les féministes, Jacques Prévert, des éloges de Philippe Muray et d'Emmanuel Carrère. Et puis, ce grand entretien accordé, c'est même peut-être le plus long du recueil, à un certain Frédéric Beigbeder en 2014, entretien dans Lui qui a valu à Houellebecq d'être qualifié de "bobo maurassien". 

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Arnaud Viviant : "Il ne faut pas tout prendre au sérieux"

"Je me suis surtout concentré sur les textes inédits. 

Il ne faut pas tout prendre au sérieux

Il y a une longue conversation avec le rédacteur en chef de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, qui fait une citation où il confond Hegel avec Engels. C'est pour dire combien il faut relativiser la valeur intellectuelle de ce travail, d'autant que, visiblement, c'est un échange par mail et que Houellebecq ne rectifie pas cette erreur qui est quand même, à mon sens, gravissime… 

J'estime que Michel Houellebecq est l'un des plus grands romanciers contemporains qui soit, comme Bret Easton Ellis

Ça n'en fait pas pour autant un grand penseur. Ce n'est pas simplement que je ne sois pas d'accord avec lui. D'ailleurs, l'article sur Trump commence tout de suite en disant que c'est "un navrant guignol". C'est un des plus drôles de ces articles. 

Même quand je ne suis pas d'accord avec lui, le Houellebecq que je préfère, c'est le critique littéraire. Y compris lorsqu'il dit que "Jacques Prévert est un con" et qu'Alain Robbe-Grillet, "c'est nul". Même si je ne suis pas d'accord, notamment quant à l'article sur Emmanuel Carrère qui prend une dimension nouvelle avec son livre "Yoga" où il parle du rapport très spécial de l'auteur avec la vérité, il y a cette faculté vraiment d'intelligence sur la littérature que je le lui reconnais

Ses opinions politiques, c'est un peu de la blague. Il est toujours en mouvement, vers le catholicisme, c'est tout à fait nouveau. Il s'oriente tout en même temps vers une forme d'humanisme. Le texte sur Vincent Lambert dont il a fait une préface, est assez intéressant par l'humanisme qu'il dégage avec cette notion à propos de l'affaire Vincent Lambert "qu'elle jettera une ombre sur le premier quinquennat d'Emmanuel Macron". 

Olivia de Lamberterie : "C'est une escroquerie commerciale"

"C'est un livre où il y a quand même beaucoup de "conneries" (mot qu'il utilise d'ailleurs pour critiquer les féministes). 

Il y a beaucoup de provocations, de saillies, de propos à l'emporte pièce qui ne passent pas du tout le temps ni la rampe

La première phrase sur les féministes : "J'ai toujours considéré les féministes comme d'aimables connes, inoffensives dans leur principe, malheureusement rendues dangereuses par leur désarmante absence de lucidité" résume son livre.
Moi aussi je trouve que Houellebecq est un très grand romancier mais là, honnêtement, c'est une escroquerie commerciale… Vous êtes tous indulgents parce que c'est Houllelbecq qui écrit des conneries. Le seul article intéressant, c'est celui avec Valérie Toranian dans La Revue des deux mondes où, effectivement, il parle de catholicisme. Il ne peut s'empêcher, aussi, de distribuer des notes aux critiques… Imaginez Patrick Modiano qui dirait de telles choses…"

Jean-Claude Raspiengeas, exaspéré :  "Il se moque du monde avec ce livre"

Je ne sais même pas où il a sorti son fameux 45 % de textes inédits. Ça, c'est vraiment pour appâter le gogo. La plupart des textes, allez 80 %, ont déjà été publiés trois fois et il réussit à nous fourguer à plusieurs reprises des textes qui ont été publiés six fois ! Il met juste la référence. 

C'est un livre de fond de tiroir et de tiroir-caisse.

Il nous ressort des trucs qui datent d'il y a 30 ans. Ça va durer combien de temps ce cirque ? Le problème que pose Houellebecq à la société contemporaine, c'est qu'on a là, affaire à une vache sacrée, à quelqu'un d'indéboulonnable. Il faudrait à chaque fois avoir un air de profondeur par rapport à ce qu'il dit parce que c'est Houellebecq… Or, qu'est-ce qu'il dit sur beaucoup de textes ? Je ne reviens même pas sur les querelles idéologiques, ni sur Jacques Prévert où c'est la quatrième fois qu'il nous sort que c'est un con. Il dit que sa poésie est médiocre, nulle, que c'est un cliché permanent ; que, sur le plan philosophique, politique, Prévert est fondamentalement un imbécile. Alors pourquoi pas ? Tout se discute. 

Je me demande si la postérité aura la même indulgence à l'égard de Houellebecq. Je n'en suis pas certain.

Par ailleurs, sur ces idées convenues qu'il a, c'est vraiment un fourre-tout avec beaucoup de choses communes. Qu'est-ce qu'on apprend ? Que le compromis aujourd'hui n'existe plus ; que le livre est un outil de résistance, que mai 68 a été un moment d'arrêt et d'incertitudes ; que la vraie position esthétique, aujourd'hui, c'est de faire un pas de côté…"

Frédéric Beigbeder : "On peut lui reconnaitre une vraie pensée"

"Vous avez tort de ne pas le prendre au sérieux. C'est une vraie pensée. Il y a une théorie politique dans le livre. On peut ne pas être d'accord, mais enfin, il est anti-européen, antimondialisation, conservateur par pessimisme. C'est un nihiliste qui évolue et qui tourne au catholicisme et qui se tourne vers la chrétienté. C'est un pacifiste. C'est pour ça qu'il aime Trump parce que ce dernier n'a pas déclaré de guerre. Il est pour la démocratie directe et je pense qu'il est sincère quand il demande un référendum d'initiative citoyenne comme en Suisse.

Je pense qu'on peut ne pas être d'accord, mais qu'il y a une vraie pensée à prendre au sérieux.

Une pensée qui est celle de millions de gens, des gilets jaunes, des gens qui ont voté pour Trump, pour Boris Johnson. 

Je suis d'accord avec assez peu de ce qu'il pense, mais ça ne nous empêche pas d'en parler. C'est la raison pour laquelle ce livre est intéressant. Par ailleurs, page 299, il est extrêmement clairvoyant quand il dit que je suis le meilleur critique littéraire depuis déjà pas mal de temps (rires).

Ce qui est bien dans le livre, c'est qu'on le voit évoluer de 1992 à 2020, passant du nihilisme à 'Dieu, c'est extra'".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

10 min

"Interventions 2020" de Michel Houellebecq

Par Jérôme Garcin

📖 LIRE - "Interventions 2020" de Michel Houellebecq (Éditions Flammarion)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre