Un roman délicat, une narration efficace... mais attention, c'est long. 450 pages. On vous aura prévenus.

450 pages pour tenir la chronique d’un mariage raté.
450 pages pour tenir la chronique d’un mariage raté. © Getty / Yuichiro Chino

Le livre de Claire Fuller résumé par Jérôme Garcin

450 pages pour tenir la chronique d’un mariage raté. Entre une jeune femme de 20 ans, Ingrid, et Gil Coleman, son prof de lettres à la fac. Quinze ans plus tard, ils ont deux filles, Flora et Nan, et Gil est devenu un écrivain à succès de plus en plus absent, de plus en plus volage. Ce qu’Ingrid n’arrive plus à dire à son mari, à commencer par l’échec de leur mariage, elle l’explique dans des lettres qu’elle cache aussitôt dans des livres de leur bibliothèque avant, un beau jour de 1992, de disparaître sans laisser d’adresse. On prétend qu’elle se serait noyée dans la mer. Douze années passent, et Gil, qui n’écrit plus, croit reconnaître Ingrid par la fenêtre. Il se lance en vain à sa poursuite avant de faire une méchante chute. Ses deux filles se rendent alors à son chevet, sur la côte sud de l’Angleterre. Où est Ingrid, évidemment on ne vous le dira pas. C’est délicat, mais fallait-il 450 pages ?

Frédéric Beigbeder fait un coup de gueule

Il y a un problème avec La cosmopolite chez Stock, qui est la plus grande collection de littérature étrangère en France (avec celle de Robert Laffont, Pavillon) : nous y avons lu Stephan Zweig, Carson McCullers, Katherine Mansfield... Immense collection. Le problème de cette collection, c'est qu'elle a changé, probablement, de responsable, et qu'elle est rose (la couverture est rose) et il pense qu'il faut faire de l'eau de rose.

Il y a eu Christina Comencini, on en a parlé ici... maintenant il y a ce livre : ce sont des livres qui ne sont pas dignes d'être sous la couverture de cette collection !

Olivia de Lamberterie a été émue

Je voudrais défendre La cosmopolite parce que je trouve que c'est toujours une grande collection : il  va y avoir à la rentrée un texte de Rachel Kushner qui avait publié Le Lance-flammes. Je trouve que c'est encore une collection de qualité.

Là, je trouve qu'avec tous les ingrédients du genre, c'est des grands sentiments (de la trahison, de la jalousie, de la passion, de la maternité, de la paternité... tout !), elle fait une narration très efficace et qui m'a beaucoup émue.

Je suis toujours fascinée par les romans dont le nœud dramatique est constitué par une mère qui disparaît parce que ça me semble le tabou ultime et le mystère le plus profond. J'ai beaucoup pleuré à la fin.

Jean-Claude Raspiengas a beaucoup aimé (mais n'a pas pleuré)

Je suis du côté d'Olivia. Mais à la différence d'Olivia, j'ai conservé ma dignité : je n'ai pas pleuré. 

J'ai beaucoup aimé ça, j'ai beaucoup aimé la subtilité de la construction, j'aime beaucoup ce contre-point permanent d'un chapitre sur l'autre : un chapitre où on retrouve ces lettres qui posent véritablement ce qui s'est passé... et quand on retourne au réel le chapitre suivant, on est dans une sorte de chaos familial, de désastre conjugal... Cette construction est très jolie et plus qu'efficace. Ça marche vraiment bien et ça soutient le projet littéraire. Cette traversée de ce couple-là m'a beaucoup plu.

Patricia Martin y a vu "un beau portrait de femme"

Les lettres sont puissantes. Quand elle écrit "J'aimais ce que nous étions à l'époque, ce que nous aurions pu devenir" c'est une chute intérieure à bas bruit. Je pense qu'il y a de réelles qualités. Mais cette alternance, justement, au bout d'un moment, c'est casse-pieds !

Il y a une certaine préciosité qui est pompante : il y a des références littéraires sans arrêt ! Tu te casses la figure toutes les deux lignes sur des piles de livres. 

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"Un mariage anglais" de Claire Fuller : les critiques du Masque & la Plume

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