Jean-Marie Gustave Le Clézio a publié le 28 mars dernier "Bitna sous le ciel de Séoul". À cette occasion, Emmanuel Khérad est allé à la rencontre de l’auteur en Corée du Sud. Ensemble, ils ont silloné la capitale coréenne. Un moment de radio rare que nous vous proposons d'écouter dans son intégralité.

Jean Marie Gustave Le Clézio et Emmanuel Khérad devant les marches du Palais Impérial de Séoul
Jean Marie Gustave Le Clézio et Emmanuel Khérad devant les marches du Palais Impérial de Séoul © Radio France / Emmanuel Khérad

Bitna sous le ciel de Séoul met en scène une jeune étudiance pauvre, Bitna, qui pour distraire Salomé, une jeune femme atteinte d'une maladie incurable, lui raconte des histoires teintées des traditions et de l'histoire coréennes. 

Dans le roman de Le Clézio, Bitna sillonne la ville de Séoul ; Emmanuel Khérad a rejoint l'auteur là-bas pour la parcourir avec lui. Du métro de Séoul aux temples bouddhistes, d’une rive à l’autre du fleuve Han… Ecoutez, en quelque sorte, le film radiophonique de Bitna (45 minutes):

45 min

Déambulation à Séoul avec Jean Marie Gustave Le Clézio

Jean Marie Gustave Le Clézio à Séoul 

Invité pour une rencontre d'écrivains, il a été proposé à Jean Marie Gustave Le Clézio de donner des cours à l’université féminine de Séoul, Yeoja. L'idée lui a paru intéressante ; il est resté. C'est ici qu'il a écrit Bitna, en observant les habitants de la ville, en glanant des histoires locales et de faits divers... 

Onze millions d'habitants vivent à Séoul intra-muros, 22 millions dans l'agglomération… la ville est plus peuplée que New York ! Il y beaucoup de monde dans les rues... Jean Marie Gustave Le Clézio fait dire à Bitna dans le roman : "La ville est si grande qu'on pourrait marcher un million de jours sans rencontrer deux fois la même personne, même si le proverbe dit « On se reverra un jour ou l'autre sous le ciel de Séoul » ". 

L'héroïne du roman de Jean Marie Gustave Le Clézio aime à regarder les passants, les passagers du métro. L'auteur aussi, évidemment. Il s'en inspire pour ses personnages : "Chaque personne transporte un secret" dit-il. En tant qu'écrivain, il se décrit comme un "prédateur" en quête de ces histoires… comme celle de Mr Chô, tirée d'une histoire vraie lue dans le journal : un monsieur qui élève des pigeons pour les envoyer en Corée du Nord avec des messages d'amour. Un geste qui a touché Jean-Marie Le Clézio :

J'aime beaucoup le monde ailé, ce sont des privilégiés dans le monde animal. Les oiseaux, par essence, n'ont pas de frontières…

Séoul : une ville doublement marquée par la frontière

La zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées depuis 1953 n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres du centre-ville de la capitale. Les deux pays sont en guerre depuis 1945 ; celle-ci dure encore aujourd'hui. Beaucoup de gens à Séoul ont de la famille de l'autre côté. Un chant national très populaire en Corée (du Nord comme du Sud) s'appelle Arirang : "Un jour, j'irais de l'autre côté"… À propos d'Arirang, Jean Marie Gustave Le Clézio note :

En fin de compte, c'est l'histoire de l'humanité : on va voir de l'autre côté pour trouver ce qu'on a perdu ou pour espérer une vie meilleure. La frontière est là pour vous en empêcher - c'est scandaleux.

Le pays est coupé en deux et la capitale de la Corée du Sud est elle-même séparée en deux, traversée par le fleuve Han. 

  • Au nord : la vieille ville, Jongno, est parsemée de ruelles parfois un peu louches. 
  • Au sud : la ville nouvelle, Gangnam, est très dynamique. Un courant musical y est né, la K-pop (sans doute connaissez-vous Psy et son Gangnam Style ?)

Pour Jean Marie Gustave Le Clézio, "la rivière Han est un endroit magique. On a l'impression que c'est la séparation de deux mondes, la frontière de l'Asie du Nord et celle du Sud. Le fleuve fait la jonction entre l'esprit plus austère du Nord et la fantaisie quelquefois assez joyeuse du Sud"

Jean Marie Gustave Le Clézio devant le fleuve Han qui traverse Séoul
Jean Marie Gustave Le Clézio devant le fleuve Han qui traverse Séoul © Radio France / Emmanuel Khérad

Invité sur notre antenne en octobre 2017, l'écrivain défendait les migrants, d'Europe ou d'ailleurs. Au micro d'Emmanuel Khérad, il explique :

Je ne supporte pas l'idée qu'une ligne arbitraire, artificielle, créée par l'imagination, puisse empêcher quelqu'un qui en a besoin de passer à travers un champ ou de franchir la montagne.

Séoul vue depuis les hauteurs d'une des collines qui dominent la ville : celle où se trouve la Namsan Seoul Tower qui fait office d'antenne radio
Séoul vue depuis les hauteurs d'une des collines qui dominent la ville : celle où se trouve la Namsan Seoul Tower qui fait office d'antenne radio © Radio France / Emmanuel Khérad

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