En 1985, l'un des auteurs majeurs de la bande dessinée américaine se lance dans la théorie de l'art des bandes dessinées : "L’Art sequentiel"

Image extraite de "The Dreamer" de Will Eisner
Image extraite de "The Dreamer" de Will Eisner © Will Eisner Studios Inc

Pour son centenaire, une superbe exposition à Angoulême rend hommage à Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine. Son éditeur français, Jean-Pierre Dionnet, raconte le grand auteur au micro d'Anne Douhaire…

La formation de Will Eisner

Jean-Pierre Dionnet : "Will racontait qu’il avait fait de la BD pour manger. En plus de son éducation juive il avait reçu une éducation artistique de la part de son père, un homme un peu fantasque, un artiste qui n’avait pas abouti. Je crois que son père peignait des chapelles quand il était en Hongrie. Il n’avait pas bien appris l’anglais. Arrivé aux Etats-Unis, il a peint des objets pour les forains. Il voulait que son fils dessine".

Et en dessinant, ce fils devient même l'un des auteurs majeurs de la bande dessinée américaine.

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L'installation d'un classique de la mise en page BD : le "gaufrier"

Le Spirit, c'est une histoire en sept pages avec une attaque incroyable : toutes les lettres de Spirit sont comme des morceaux de journaux arrachés qui tombent d’un pont dans l’eau… C’est ce qu’il appelle un « splash page » comme on dit pour les comics books : un début très spectaculaire.

Juste derrière, il passe à une mise en scène que tout le monde a reprise : le gaufrier, c'est-à-dire l’utilisation de cases de tailles identiques… C’est une façon de ne pas avoir une image plus forte pour que la narration soit continue. Un procédé que l’on retrouvera plus tard dans les Watchmen d’Alan Moore ou dans Spider Man de Steve Ditko.

Tous les auteurs, ou presque, qui ont utilisé le gaufrier, ont une mise en page cinématographique.

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Eisner avait un avis différent. Il disait :

Regardez mon héros : il s’accoude au coin de la case ou sur la case. La BD, c’est ce que l’on veut : à la fois du théâtre et du cinéma mais en fait ni l’un ni l’autre. Puisque dans une BD, on regarde la page dans la totalité en même temps qu’on lit chaque case.

D'auteur de BD à théoricien de la BD

Dans l'exposition Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine
Dans l'exposition Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine © Aucun(e)

Jean-Pierre Dionnet : En 1985, il publie L’Art sequentiel où il explique ce que la BD a de particulier, comment travailler la case, la page l’une par rapport à l’autre, etc. Il devient théoricien de la BD : c’est une sorte de cadeau qu’il fait aux dessinateurs et aux jeunes étudiants en BD.

Eisner, dans sa jeunesse, avait suivi les cours de Bridgeman, un prof d’illustration, académique mais brillant. Les livres de Bridgman sont encore lus par les Américains parce qu’il explique la composition, les ombres, la lumière et comment dessiner pour l’impression, ou pour la gravure. Bridgeman enseignait l’art du dessin qui s’adapte au support dans lequel il doit paraître.

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