TÉMOIGNAGE - Une semaine après être intervenu pour sécuriser le périmètre de l'usine de Rouen classée Seveso, Philippe affirme encore ressentir les effets des émanations chimiques. Surtout, il s'interroge: pourquoi ni sa hiérarchie ni la préfecture n'ont fourni aux policiers des tenues de protection adaptées ?

Une semaine après l'incendie, Philippe, CRS, dit encore avoir des maux de tête ainsi que des picotements au niveau des yeux et des voies respiratoires.
Une semaine après l'incendie, Philippe, CRS, dit encore avoir des maux de tête ainsi que des picotements au niveau des yeux et des voies respiratoires. © AFP / Lou Benoist

Le ciel est bas et il pleut quand Philippe arrive à Rouen, ce jeudi 26 septembre après-midi. Les hommes de la compagnie de CRS à laquelle il appartient ont été appelés en urgence pour intervenir sur l’incendie de l’usine Lubrizol classée Seveso, au-dessus de laquelle s’élève un impressionnant panache de fumée noire.

"Avant même de descendre des véhicules, on a été incommodés par une odeur très forte de produits pétroliers et chimiques", raconte le policier. Il est environ 17h. Lui et ses collègues mettent en place un périmètre de sécurité autour du site. Ils le tiendront jusqu'à minuit. Très vite, la plupart des fonctionnaires ressentent, à des degrés divers, les effets des gaz qui émanent de l’usine :

Il y en a qui ont eu des maux de tête, des vertiges, des problèmes intestinaux. Certains ont un peu vomi, ont eu des irritations sur la peau, ou ont mal dormi la nuit suivante.

Examens médicaux

Huit jours après l’incendie, Philippe dit toujours avoir des maux de tête, ainsi que des picotements au niveau des yeux et des voies respiratoires. Il évite de faire de gros efforts physiques. En plus des analyses sanguines que sa direction lui a proposé d'effectuer, le policier a fait de son côté des examens complémentaires dont il attend les résultats, histoire "d’être sûr".

Mais il ne cache pas ses interrogations. Pourquoi lui et ses collègues sont-ils intervenus sans aucun moyen de protection ? "On savait que c’était une usine avec des produits toxiques. On pensait que la hiérarchie, la préfecture, allaient nous fournir des tenues appropriées... Il existe dans la police des tenues NRBC, qui protègent des risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques. Les stocks sont là, ils n'ont pas été déployés. C'est dramatique". Avant de lâcher :

C’est de la négligence et de l’incompétence de la part de notre hiérarchie.

Les masques distribués étaient inadaptés

À leur arrivée, les policiers se sont vu distribuer des masques FFP2, complètement inadaptés, selon Philippe. "Ce sont des masques qui protègent des poussières en milieu industriel. Mais absolument pas des gaz toxiques et chimiques", enrage-t-il. 

D'ailleurs des pompiers nous ont dit : ‘votre masque, c’est comme si vous n'aviez rien!'

Aux yeux du fonctionnaire de police, cet épisode n'est rien d'autre "qu'une pierre de plus à l’édifice de la défiance généralisée" vis-à-vis de sa hiérarchie et du ministère de l'Intérieur. "Certains collègues me disent qu’au fond ça ne les étonne pas. On nous a laissés au milieu d’un nuage de gaz et de fumée, sans protection. Franchement, nous, on n’est resté que quelques heures…. Je suis de tout cœur avec la population de Rouen".

De son côté, le préfet de Seine-Maritime se veut rassurant, affirmant que les forces de l'ordre feront l'objet d'un accompagnement particulier, avec des visites de contrôle. "Nous les généraliserons si nécessaire, pour que les fonctionnaires ne se sentent pas en difficulté ou abandonnés", insiste Pierre-André Durand. Le sujet sera abordé prochainement lors d'un comité d'hygiène et de sécurité police, précise-t-il. "Les suivis médicaux souhaités seront évidemment mis en place". 

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