L’agence de contrôles internationale (ACI), qui mène les programmes antidopage d’une quarantaine de fédérations sportives dans le monde, a lancé lundi 1er février une plateforme pour les lanceurs d’alerte. Son nom : Reveal. Elle permet de révéler un soupçon de dopage tout en protégeant le lanceur d'alerte.

L’agence de contrôles internationale a lancé une plateforme pour révéler un soupçon de dopage tout en protégeant le lanceur d'alerte.
L’agence de contrôles internationale a lancé une plateforme pour révéler un soupçon de dopage tout en protégeant le lanceur d'alerte. © Getty / Karl Tapales

Eté 2017 : le documentaire Icare sort sur Netflix. Grigori Rodchenkov, ex-patron du laboratoire antidopage russe, lâche une bombe. Il l’avoue, face caméra : c’est bien lui qui a organisé la tricherie russe lors des Jeux Olympiques de Sotchi, en 2014. C’est une déflagration dans le monde du sport. Dans la foulée, la Russie est exclue des J.O d'hiver 2018, organisés à Pyeongchang, en Corée du Sud. 

Les lanceurs d’alerte deviennent indispensables dans la lutte contre le dopage mais, pour eux, prendre la parole reste difficile. Il faut donc les accompagner, selon Benjamin Cohen, directeur de l’agence de contrôles internationale (ACI) : "Aujourd’hui dans le sport, le dopage fonctionne en vase-clos. L’affaire russe a secoué le monde olympique. Il faut continuer à libérer la parole. Pour cela, il faut offrir aux lanceurs d’alerte une structure et une protection.

Reveal, une plateforme ouverte à tout le monde

Voilà pourquoi l'ACI ouvre la plateforme internet Reveal, "révéler" en français. Sur Reveal, n’importe qui peut déposer son témoignage : un athlète, un de ses proches, un entraîneur… Le lanceur d’alerte peut rester anonyme s’il le souhaite. La plateforme prend l’apparence d’une boîte mail où il faut répondre à quelques questions très simples, comme par exemple "Qu’est-ce que vous avez vu ? Est-ce qu’il s’agit d’un usage de substance ? Dans quel sport ?". 

Une fois le témoignage déposé, l’ACI reçoit une notification. "Notre cellule d’investigation entre en jeu à ce moment-là, explique Benjamin Cohen. Ils vont vérifier l’info, tester la véracité du témoignage pour recoller les pièces du puzzle". 

"L’objectif est d’avoir suffisamment d’éléments sous la main pour poursuivre en justice les personnes responsables de dopage". 

Bien souvent, les témoignages vont servir à révéler des cas de dopage individuels. Mais cela reste très important pour remonter la chaîne du trafic et mieux cibler les personnes ou les sports soumis aux tests anti-dopage.

La France manque de moyens pour enquêter

Avant Reveal, d’autres plateformes ont vu le jour. L’Agence mondiale antidopage (AMA) a lancé la sienne, Speak up!, en 2017. L’AFLD, l’agence française de lutte contre le dopage, possède également une rubrique de signalement sur son site internet. Mais vérifier les témoignages demande des moyens. "C’est ce qui nous manque pour être meilleur dans ce domaine, explique Matthieu Teoran, secrétaire général de l’AFLD. En complément de ces informations, il faut des capacités d’enquête. Ces renseignements ne sont utiles que si l’organisme qui les reçoit a les moyens d’investiguer."

Depuis plusieurs mois, l’AFLD travaille de concert avec le Ministère des Sports, pour renforcer leurs capacités d’enquête et leurs pouvoirs sur le plan juridique. L’objectif : être plus performant en vue des Jeux Olympiques de Paris, organisés en 2024.