Quelques jours après un voyage officiel plutôt rugueux à Mayotte et à la Réunion pour le président de la République, le Premier ministre Édouard Philippe effectue une sortie en Guadeloupe où, en dépit de nombreux dossiers épineux, il a été bien accueilli.

Edouard Philippe en visite dans un restaurant touché par les algues sargasses
Edouard Philippe en visite dans un restaurant touché par les algues sargasses © AFP / Laurence Peuron

L'objet de cette visite officielle du Premier ministre en Guadeloupe, c'est la signature de la France au bas d'une résolution de la Conférence internationale sur les sargasses, qui s'est tenue cette fin de semaine à Jarry, dans les environs de Pointe-à-Pitre. L'idée est de mettre en commun avec les autres pays de la zone Caraïbes des projets de recherche pour éradiquer les algues brunes toxiques qui prolifèrent depuis 10 ans sur le littoral. 

En juin 2018, Nicolas Hulot, alors ministre de l'Écologie avait mis sur la table 10 millions d'euros, répartis sur deux ans. Ils ne seront à priori pas renouvelés, l'État français préférant miser sur des solutions innovantes pour débarrasser les plages des sargasses - voire les transformer en engrais ou ressources utiles.

Asthme, irritations, conjonctivites

Édouard Philippe, avant de se rendre à la conférence internationale sur les Sargasses, a fait une halte chez Coco, un restaurant de fruits de mer et de poissons, à Anse Bertrand dans le nord de la Grande Terre. La plage est jonchée d'algues brunes séchées qui renferment des poches de gaz toxiques. 

Roméo Rambinaissingh, le patron, a perdu trois ans de recettes depuis l'arrivée des sargasses il y a 10 ans. En plus de l'odeur et des dégâts causés sur les instruments de l'exploitation il y a aussi les dangers pour la santé : "Lorsque les Sargasses se décomposent, elles dégagent des gaz. De l'ammoniaque, de l'hydrogène sulfuré. Ma mère est asthmatique : quand les algues sont échouées, elle fait des crises d'asthme. Ça provoque aussi des irritations, des conjonctivites", explique-t-il. 

Les commerçants demandent des aides financières

Pas de langoustes vivantes, contrairement à ce qu'affiche fièrement le menu de chez Coco : le Premier ministre a déjeuné simple, avec un sandwich. En effet, les cuisines sont hors d'usage, les gaz émis par les sargasses ont oxydé toute l'exploitation. Chez Coco, on ne demande pas la lune comme le dit Roméo, le patron : "On n'attend pas de miracles. On veut juste que l'État nous aide à faire face et ne prenne pas seulement des mesures conservatoires". Dit autrement, les commerçants ne veulent pas seulement un moratoire sur leurs dettes dues au manque à gagner, mais des aides sonnantes et trébuchantes. Le Premier Ministre s'est gardé de s'engager sur le sujet.

Les plus touchés ici réclament le déclenchement d'un état de catastrophe naturelle. Ce n'est pas l'option du gouvernement qui répond qu'on n'est pas là face à un cyclone, mais à un phénomène qui prendra des dizaines d’années, peut être, à éradiquer. Plutôt mettre de l'argent dans les idées, que dans un sauvetage à coup de millions dans un puits sans fond. 

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