Information France Inter : la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui n'a plus de président depuis un an, va disparaître. Ses fonctionnaires vont être rattachés au ministère de l'Intérieur.

Fronton du ministère de l'Intérieur place Beauvau
Fronton du ministère de l'Intérieur place Beauvau © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Quand on appelle la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), le téléphone sonne dans le vide. Au bout de quelques minutes, vous finissez par tomber sur le standard téléphonique du Premier ministre auquel l'organisme interministériel est aujourd'hui encore rattaché. 

Selon nos informations, la Miviludes, qui a été crée en 2002, va disparaître au 1er janvier 2020. La direction de la Miviludes a convoqué plusieurs des membres de la mission lundi après-midi pour leur annoncer qu'ils allaient être rattachés au ministère de l'Intérieur. "La Miviludes va être purement et simplement dissoute au sein du ministère de l'Intérieur", nous confirme un associatif qui collabore avec la mission interministérielle depuis de nombreuses années.

Dans un ministère régalien, un porte-parole fait état de "rumeurs de fusion ou de réorganisation qui circulent entre la Miviludes et l'Intérieur". Contacté par France Inter, Georges Fenech, qui a présidé la mission de 2008 à 2012, confirme la fin de la Miviludes dans sa forme actuelle. "C'est une catastrophe. Cette décision est d'une conséquence terrible. Cette institution nous était enviée par le monde entier", déclare-t-il. 

"Effectivement le gouvernement a décidé de rattacher la Miviludes au ministère de l'Intérieur", nous a finalement déclaré mardi une porte-parole du ministère de l'Intérieur sans plus de précision. 

Une mission qui tourne au ralenti

La Miviludes est une mission interministérielle instituée auprès du Premier ministre par décret présidentiel du 28 novembre 2002. Elle "mène une action d’observation et d’analyse du phénomène sectaire, coordonne l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des dérives sectaires, contribue à la formation et l’information de ses agents et informe le public sur les risques voire les dangers auxquels il est exposé", selon son site internet.

Pendant ses 17 années d'existence, elle a surtout publié des rapports annuels détaillés sur les risques sectaires (notamment leur rapport à Internet, les mouvements apocalyptiques en 2012, les dérives dans la formation professionnelle, comment les sectes ciblent les mineurs, etc.) et a lutté longuement contre la scientologie, "notre adversaire le plus coriace" comme le disait son ancien président Serge Blisko, avec à la clé notamment une condamnation en justice pour "escroquerie en bande organisée".

Depuis plusieurs mois, les rumeurs bruissent sur l'avenir de la mission interministérielle et notamment depuis le départ de son dernier président en activité. Serge Blisko est parti en retraite en octobre 2018 et il n'a depuis pas été remplacé. Selon un acteur associatif qui parle sous couvert d'anonymat, l'activité est au ralenti à la Miviludes. "Depuis quelques semaines presque plus personne ne répond".

En mai 2017, un rapport de la Cour des comptes s'interrogeait déjà sur les "fragilités" de la Miviludes et estimait que son "caractère opérationnel pourrait être renforcé par un rattachement au ministre de l’Intérieur." La décision de ce rattachement aurait été prise par souci d'économie et d'efficacité. Sur la grosse dizaine de personnes qui travaillent actuellement pour la mission, trois seulement seraient rattachées au ministère. Pour le moment, les autres salariés ignorent ce qu'ils vont devenir. 

Fusion au sein du ministère de l'Intérieur

Le gouvernement aurait hésité entre deux services du ministère de l'Intérieur, selon l'une de nos sources : le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) ou le bureau chargé des cultes. Ce sera finalement avec le CIPDR que sera fusionnée la Miviludes, après 25 ans d'existence, héritage d'un tout premier observatoire des mouvements sectaires, créé en 1996 par le Premier ministre de l'époque, Alain Juppé. C'est pour mémoire cette mission interministérielle qui a récemment, par exemple, révélé la commercialisation des patchs censés "soigner" la maladie d’Alzheimer, vendus 1 500 euros pièces.

Les craintes des acteurs associatifs

L'ancien président de la mission Georges Fenech, président de la mission de 2008 à 2012 regrette cette décision car il estime que la lutte contre les sectes et contre la radicalisation sont deux combats différents. "Certes les sectes se retrouvent dans le monde religieux, mais aussi dans la santé, l’éducation, la culture ou le monde sportif", explique-t-il. À ses yeux, pour faire des économies, on se prive d’un outil fondamental et l'on fait disparaître la lutte contre les sectes. 

De leur coté, des acteurs du monde associatif que nous avons contacté craignent de ne plus pouvoir accompagner les victimes correctement.

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