Dans ses vœux, mardi soir, Emmanuel Macron a cité Nicolas Mathieu, le prix Goncourt 2018 pour "Nos enfants après eux". Depuis le début du quinquennat, les relations entre le chef de l'État et les écrivains contemporains ont parfois été à double tranchant.

En février dernier, Emmanuel Macron lisait "Les abandonnés, Histoire des "cités de banlieue". Or certains des auteurs cités par le président ne partagent pas ses idées
En février dernier, Emmanuel Macron lisait "Les abandonnés, Histoire des "cités de banlieue". Or certains des auteurs cités par le président ne partagent pas ses idées © AFP / Pool / Ludovic MARIN

Elle a été glissée, subtilement. Au milieu de son discours. "Ce n’était pas intentionnel", jure un membre du premier cercle. Et pourtant, elle n’est pas passée inaperçue. 

En rendant hommage à sa façon à Nicolas Mathieu, en citant le nom de l’ouvrage du prix Goncourt 2018, Emmanuel Macron, dans la lignée de nombreux ministres et parlementaires de sa majorité (depuis plusieurs jours, ils ont annoncé que c’était leur livre de chevet), tente de s’approprier une part de ce roman social. "Cela ne veut pas dire qu’il est avec nous, cela signifie qu’il pose une bonne analyse", tempère un proche du président. 

Néanmoins risqué. Si l’auteur n’a pas (encore) réagi publiquement. Une de ses amies n'en a pas cru ses oreilles mardi et s'indigne. 

Il va être furieux, déjà qu’il était dégoûté par leur récupération...

Pourtant, Emmanuel Macron n’est pas si friand que cela de références dans ses discours. "Il est très rétif", confirme un de ses amis, même s'il lui est arrivé de citer de grands auteurs comme Apollinaire. Le chef de l’État considère qu’il doit "produire ses propres textes", décrypte un macroniste de la première heure et ne pas s’appuyer trop aisément sur les œuvres littéraires.

Au début de son quinquennat, il avait noué une relation forte avec un autre prix Goncourt. Leila Slimani, l’auteur de Chanson douce (Goncourt 2016), qu’il avait même nommée représentante "personnelle" pour la francophonie. Depuis, elle a disparu des radars, non sans avoir repris la plume pour reprocher au chef de l'État sa frilosité à défendre les immigrés sans papiers.

Emmanuel Macron reste très secret sur ses lectures

En octobre dernier, il avait invité quelques écrivains français à venir déjeuner à l’Élysée. Leurs identités n’ont jamais été révélées. En revanche, lorsqu’il a remis personnellement la légion d’honneur à Michel Houellebecq, cette décoration avait été médiatisée. 

Parfois, l’Élysée joue la carte de la provocation, comme au moment de la sortie du dernier ouvrage d’Édouard Louis, Qui a tué mon père, violente charge contre les pouvoirs successifs, mais qui avait fait dire à l'entourage du président que l'auteur posait "un diagnostic très macronien".

Réaction ulcérée d’Édouard Louis à l’époque sur les réseaux sociaux : "Mon livre s'insurge contre ce que vous êtes et ce que vous faites. Abstenez-vous d'essayer de m'utiliser". Qui s’y frotte, s’y pique.

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