Juste avant l’élection présidentielle iranienne du 18 juin, Mahmoud Ahmadinejad a accordé une interview à la Rédaction internationale de Radio France. L’ancien président souhaitait y participer mais il n’a pas été sélectionné par les autorités. Déçu, il veut donner l’image d’un homme ouvert et proche du peuple.

Mahmoud Ahmadinejab, ancien président iranien, a accordé une interview à Radio France où il critique notamment le gouvernement iranien actuel
Mahmoud Ahmadinejab, ancien président iranien, a accordé une interview à Radio France où il critique notamment le gouvernement iranien actuel © AFP / Franck Mathevon

Mahmoud Ahmadinejad reçoit les visiteurs chez lui, dans un quartier populaire de l’est de Téhéran. Il donne régulièrement des interviews à des journalistes du monde entier dans un sous-sol exigu aux lumières blafardes transformé en salle de presse. Ses assistants assurent qu’il est très sollicité par les médias, en particulier ces deux derniers mois.

Âgé de 64 ans, l’ancien président de la République islamique d’Iran, de 2005 à 2013, présente l’image d’un homme apaisé, ouvert, loin des diatribes de ses années au sommet de l’Etat quand il niait la réalité de l’Holocauste ou accusait les Etats-Unis d’avoir fomenté les attentats du 11 septembre 2001. Vêtu d’une chemise bleu clair et d’un costume sombre, il se montre affable, souriant, et même attentif à la traductrice qui trahit des signes de fatigue. Sans lâcher les yeux de son interlocuteur, il passe plus de trente minutes à répondre aux questions de Radio France alors que son entourage n’en avait accordé que quinze.

Des règles "mal définies"

Mahmoud Ahmadinejad n’est pas avare de banalités. Il assure que "la guerre ne va pas régler les problèmes" ou encore que "le monde doit être plus uni pour affronter les difficultés". L’ancien dirigeant radical cherche aujourd’hui le consensus.

Mais il décoche aussi quelques flèches contre le système iranien qui a rejeté pour la deuxième fois après 2017 sa candidature à la présidentielle. "Les règles sont mal définies et on peut en faire ce qu’on veut", dit-il. Mahmoud Ahmadinejad a perdu de nombreux alliés. Ses frasques ont lassé le Guide suprême Ali Khamenei dont il était proche. Bien qu’il soit toujours soutenu par une partie des classes populaires qui avaient bénéficié de sa politique de redistribution, il n’est pas apparu suffisamment loyal à la République islamique pour prétendre une nouvelle fois aux plus hautes responsabilités.

En 2009, sa réélection contestée avait provoqué des manifestations massives. Le système l’avait alors protégé. Aujourd’hui ce même système le rejette. 

Critiques contre Rohani 

Le Conseil des Gardiens, le comité de douze sages chargé de sélectionner les candidats à la présidentielle, n’a conservé que sept noms (trois candidats se sont désistés cette semaine). L’élection semble jouée d’avance. L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, chef de l’Autorité judiciaire, fait figure de grand favori. Ahmadinejad ne fera aucun commentaire sur le probable prochain président iranien. En revanche, il ne se prive pas de critiquer le sortant, Hassan Rohani, dont la politique d’ouverture a fortement déplu à la frange dure de la République islamique.

Les Iraniens sont "très insatisfaits", dit-il en référence à l’accord sur le nucléaire dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis en 2018 :  

Ce que le peuple iranien a retenu c’est que le gouvernement actuel ne lui a pas dit la vérité. Quand un accord ne profite qu’à une seule des parties, ça ne peut pas résoudre les problèmes et ça va même en ajouter

Pour que les négociations qui ont lieu en ce moment à Vienne soient un succès, il faudra "un compromis plus équilibré".

Selon Ahmadinejad, la priorité du prochain gouvernement sera de "restaurer la confiance". L’ancien président a aussi un message pour les Européens qui "doivent prendre leur indépendance vis-à-vis des États-Unis". Ces dernières années, l’Iran a régulièrement reproché à la France, à l’Allemagne et au Royaume-Uni, les trois pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire, d’appliquer strictement les sanctions américaines et d’être ainsi restés passifs après le retrait de Washington du pacte de 2015.

"Pas de différence" entre Biden et Trump

Mahmoud Ahmadinejad semble tendre la main à l’Europe et à la France : "Emmanuel Macron est jeune et on attend plus des jeunes dirigeants. Je crois qu’il peut jouer un rôle important et efficace". En revanche, l’entrée de Joe Biden à la Maison Blanche ne change rien à la nature des relations avec les États-Unis. L’ancien président iranien ne voit "pas de différence" entre le démocrate et Donald Trump :

En Iran le gouvernement rejette tous les présidents américains qui ne représentent qu’une infime partie de la politique étrangère américaine. Ce sont des exécutants. J’espère que la politique américaine va changer. Voilà 70 ans que cette politique est un échec

En prenant congé, Mahmoud Ahmadinejad nous invite à transmettre ses "meilleures salutations aux Français", "je les aime beaucoup". 

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