C’est comme une série. Mardi, le procureur de la République a confirmé le caractère criminel de l’incendie d’une église de Grenoble, revendiqué par la mouvance anarcho-libertaire, l’ajoutant ainsi à une longue liste de faits similaires dans la ville.

Les sapeurs-pompiers sur les lieux de l’incendie de la salle du conseil municipal de Grenoble, le 30 septembre au matin.
Les sapeurs-pompiers sur les lieux de l’incendie de la salle du conseil municipal de Grenoble, le 30 septembre au matin. © Maxppp / Denis Masliah

Le procureur de la République de Grenoble le concède : les auteurs de ces incendies sont, pour l’instant insaisissables. “Sinon, voilà longtemps qu’on les aurait saisis”, rebondit Éric Vaillant qui a confirmé mardi le caractère criminel d’un incendie survenu dans une église de la capitale alpine. Au total, nous avons dénombré au moins sept incendies criminels importants ayant touché des bâtiments publics depuis deux ans. 

Éric Vaillant appelle toutefois à la prudence sur les liens qui pourraient être faits entre ces différents incendies, revendiqués le plus souvent “de manière très curieuse” par une mouvante anarcho-libertaire très présente à Grenoble. Le magistrat reconnaît également les difficultés auxquelles se heurtent les enquêteurs avec des incendiaires qui font tout pour ne pas se faire repérer. Voici le point sur ce que l’on sait. 

30 septembre 2019, la mairie de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Dans la nuit du 29 au 30 septembre, la salle du conseil municipal de Grenoble est entièrement détruite. Malgré l’alerte, donnée vers 3h15 du matin par les agents incendie de l’hôtel de ville, les pompiers n’ont pas pu sauver cette partie du bâtiment des années 1960 qui s’est retrouvée très endommagée. L’incendie était maîtrisé quatre heures plus tard. “La salle du conseil devra être entièrement reconstruite”, confiait un élu à France Bleu

Où en est l’enquête - Selon les experts de la police scientifique, l’incendie est d’origine criminelle. Un prélèvement effectué révèle “la présence de supercarburant”, explique le procureur Éric Vaillant. Comme de l’essence, par exemple. 

A-t-il été revendiqué - Des blogs de la mouvance anarchiste et libertaire se sont réjouis de cet incendie, sans pour autant le revendiquer, laissant largement entendre que l’incendie était “beau comme une mairie qui brûle”. 

28 janvier 2019, la radio locale France Bleu Isère

Ce qu’il s’est passé - Le 28 janvier au matin, les auditeurs de France Bleu en Isère se réveillent sans leur radio. En cause, l’incendie des locaux survenu dans la nuit, autour de 2 heures du matin. Une partie des bureaux et le studio situé au rez-de-chaussée du bâtiment sont complètement détruits, les images très impressionnantes. Le jour même, l’origine criminelle ne fait aucun doute. 

Où en est l’enquête - Depuis fin janvier, l’enquête n’a pas beaucoup avancé. Les prélèvements réalisés par la police scientifique ont confirmé le caractère criminel de l’incendie. Deux départs de feu avaient été constatés à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée avait été fracturée. 

A-t-il été revendiqué - Deux jours après l’incendie, un blog anarcho-libertaire et anticapitaliste écrit, en ciblant la radio locale : “Beaucoup font couler l’encre à propos des médias pour les critiquer, peu font couler l’essence dans leur locaux pour les incendier. À cela on remédie”. “De tous les dompteurs de for intérieur qui existent, celui que je déteste le plus, le journaliste”, pouvait-on encore lire sur ce blog qui adressait enfin un “bravo aux individu·e·s  enfin, qui, par monts et par vaux, perpétuent l'attaque et veulent tout mettre à sac”.

17 janvier 2019, l’église Saint-Jacques

Ce qu’il s’est passé - Le 17 janvier, vers 2 heures du matin, les pompiers trouvent une église complètement embrasée, dans ce quartier résidentiel de Grenoble. Ils mettent plusieurs heures à éteindre le feu qui a complètement détruit ce bâtiment de bois, construit dans les années 1950. 

Où en est l’enquête -  Dans un premier temps, l’enquête a conclu à un incendie accidentel qui aurait été provoqué par un défaut électrique dans la charpente de l’édifice, construit dans les années 1950. Mardi, soit dix mois après les faits, le procureur de la République a ouvert une enquête pour incendie volontaire après la découverte de traces de carburant dans les prélèvements effectués sur place. Des faits désormais considérés comme “un attentat” par l’évêque de Grenoble - le diocèse était aussi propriétaire du bâtiment - qui dénonce dans un communiqué “une atteinte à la liberté de conscience, de culte et à la qualité du vivre ensemble”. 

A-t-il été revendiqué -  Le 22 janvier, un groupe relevant de la mouvance anarchiste avait pourtant revendiqué l’acte. “Nous avons débridé nos rages en incendiant l’église Saint-Jacques”, écrivait ce groupe qui se faisait appeler “les courts-circuits”, d’après France Bleu

8 octobre 2018, un entrepôt Eiffage

Ce qu’il s’est passé - Un violent incendie ravage un entrepôt de 2000 m² de l’entreprise de travaux publics Eiffage à Saint-Martin-d’Hères, près de Grenoble. 

Où en est l’enquête - Aucune arrestation n’a été menée à ce jour mais l’origine volontaire ne fait aucun doute. Cinq mises à feu ont été recensées par les enquêteurs. 

A-t-il été revendiqué - Le lendemain, des activistes libertaires revendiquent l’incendie justifiant leur acte par le fait que l’entreprise fournit “la structure matérielle nécessaire à l’industrie de la punition” comme des centres de rétention et de détention. 

21 novembre 2017, la Casemate de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Dans la nuit du 21 au 22 novembre 2017, le Centre de culture scientifique et technique (CCSTI) de Grenoble, la Casemate, qui abritait un Fab Lab, est incendié. Tout le premier étage du bâtiment ainsi que de nombreux machines, outils et matériaux sont retrouvés complètement inutilisables.  

Où en est l’enquête - Aujourd’hui, personne n’a été arrêté dans cette affaire. Le caractère criminel de l’incendie ne fait pourtant aucun doute car, sur place, trois départs de feu avaient été relevés ainsi qu’une forte odeur d’essence. 

A-t-il été revendiqué - Quelques jours après l’incendie, un long texte est publié sur le site Indymedia. Les faits y sont justifiés comme un moyen de détruire “une institution notoirement néfaste par sa diffusion de la culture numérique”.  

26 octobre 2017, la gendarmerie de Meylan

Ce qu’il s’est passé - Vers 3h35 du matin, le 26 octobre 2017, plusieurs véhicules personnels de la gendarmerie de Meylan, commune limitrophe de Grenoble, sont incendiés. Les voitures étaient situées sous les bâtiments où sont logés les militaires et leurs familles. La façade est touchée, mais aucune victime n’est à déplorer. 

Où en est l’enquête - Les constatations sur place permettent de confirmer qu’il s’agit d’un acte préparé : du grillage a été découpé et le portail donnant accès au parking était cadenassé pour ralentir les secours. Le 9 novembre, d’après France Bleu, huit gardes à vue sont menées puis levées, après perquisitions aux domiciles des suspects, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. 

A-t-il été revendiqué - Le 1er novembre 2017, un communiqué d’un groupe féministe explique que les voitures ont été incendiées “pour prendre une revanche contre la société”. 

21 septembre 2017, la gendarmerie de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Vers 3h30 du matin, dans la nuit du 20 au 21 septembre 2017, un parking-entrepôt couvert de la gendarmerie part en fumée, comme une trentaine de véhicules. Les pompiers mettent trois heures pour maîtriser les flammes. Des indices de second rang, stockés dans le cadre de l’enquête sur la mort de Maëlys, sont détruits dans l’incendie. Leur destruction n’aura toutefois aucune incidence sur le déroulement de la procédure. 

Où en est l’enquête - Aujourd’hui, personne n’a été arrêté dans cette affaire même si le caractère criminel était clairement établi. Un grillage a notamment été découpé pour pénétrer dans l’enceinte du site militaire. 

A-t-il été revendiqué - Dès le 21 septembre, l’acte est revendiqué explicitement dans un communiqué par un groupe qui se dit “solidaire”  avec les prévenus du procès de la voiture de police incendiée Quai de Valmy à Paris.

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