Depuis trois ans, la liste des incendies criminels qui frappent l’agglomération de Grenoble ne cesse de s'allonger. Derniers en date : trois sites de télécommunications dans la nuit de dimanche 17 à lundi 18 mai 2020.

Les sapeurs-pompiers sur les lieux de l’incendie de la salle du conseil municipal de Grenoble, le 30 septembre au matin.
Les sapeurs-pompiers sur les lieux de l’incendie de la salle du conseil municipal de Grenoble, le 30 septembre au matin. © Maxppp / Denis Masliah

C’est une longue une série. Une série d'incendies criminels qui frappe la métropole de Grenoble (Isère) depuis plusieurs années maintenant. Des points stratégiques ou des bâtiments publics qui s'embrasent, des antennes relais ou des véhicules détruits : les cibles sont multiples et nombreuses mais les pistes restent maigres. Début octobre 2019, le procureur de la République de Grenoble le concédait : les auteurs de ces incendies sont, pour l’instant insaisissables. “Sinon, voilà longtemps qu’on les aurait saisis”, rebondissait Éric Vaillant. 

Depuis, plusieurs perquisitions ont été menées, dans des squats ou sur la zone à défendre (ZAD) de Roybon. Depuis, le procureur grenoblois a aussi sollicité le Parquet national antiterroriste, notamment après l'incendie mi-janvier d'un entrepôt Enedis ayant causé 2 millions d’euros de dégâts, d'après Le Monde. Mais le PNAT n'a jamais souhaité se saisir des dossiers, et ce malgré la réitération des faits ces dernières années.

Le magistrat reconnaissait d'ailleurs à l'automne 2019 les difficultés auxquelles se heurtent les enquêteurs, face à des incendiaires qui font tout pour ne pas se faire repérer. Au total, nous avons dénombré une dizaine d'incendies criminels importants ayant touché des bâtiments publics depuis trois ans. Voici le point sur ce que l’on sait.

18 mai 2020, trois antennes relais 

Ce qu'il s'est passé - Trois sites de télécommunications sont incendiés dans la nuit du 17 au 18 mai à Herbeys, la Tour-Sans-Venin et Seyssinet-Pariset, interrompant la diffusion FM, une partie de la TNT et perturbant les réseaux mobiles. 

Où en est l'enquête - Ces trois incendies viennent s'ajouter à la série de sabotages d'antennes relais entamée depuis la mi-mars et opérés selon un mode similaire.  

A-t-il été revendiqué - Non, aucune revendication n'a été formulée. Soit pour éviter la saisine du parquet national anti-terroriste, soit parce qu’il s’agirait d’autre activistes, avance le parquet de Grenoble : une mouvance complotiste, anti-5G, anti traçage numérique, partie de Grande-Bretagne et qui a déjà frappé aux Pays-Bas, en Belgique et dans plusieurs régions françaises. 

13 janvier 2020, onze véhicules Enedis détruits

Ce qu'il s'est passé - Dans la nuit du 12 au 13 janvier, un incendie criminel détruit onze véhicules et en abîme deux autres dans un entrepôt d'Enedis à Seyssinet, près de Grenoble. 

Où en est l'enquête - Sur place, le grillage du site est retrouvé découpé, des bidons d'essence ont aussi été laissés sur place et il est question de plusieurs départs de feu.  

A-t-il été revendiqué - Le lundi 13 janvier, l'incendie est revendiqué sur le site Indymedia, plate-forme de publication libre à tendance libertaire. "Ce que l'on peut dire, c'est qu'on aime jouer. Jouer avec le feu. Jouer avec la vie, aussi, un peu (...) Ce texte est bien la revendication de l'attaque des 'véicules' d'Enedis", dit le texte. 

En mai 2017, une douzaine de véhicules de la société Enedis avaient déjà été incendiés, après que celles de la métropole et du CCAS grenoblois aient déjà été visées.  

30 septembre 2019, la mairie de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Dans la nuit du 29 au 30 septembre, la salle du conseil municipal de Grenoble est entièrement détruite. Malgré l’alerte, donnée vers 3h15 du matin par les agents incendie de l’hôtel de ville, les pompiers n’ont pas pu sauver cette partie du bâtiment des années 1960 qui s’est retrouvée très endommagée. L’incendie était maîtrisé quatre heures plus tard. “La salle du conseil devra être entièrement reconstruite”, confiait un élu à France Bleu

Où en est l’enquête - Selon les experts de la police scientifique, l’incendie est d’origine criminelle. Un prélèvement effectué révèle “la présence de supercarburant”, explique le procureur Éric Vaillant. Comme de l’essence, par exemple. 

A-t-il été revendiqué - Des blogs de la mouvance anarchiste et libertaire se sont réjouis de cet incendie, sans pour autant le revendiquer, laissant largement entendre que l’incendie était “beau comme une mairie qui brûle”. 

12 février 2019, 50m2 de locaux détruits chez JCDecaux

Ce qu'il s'est passé - Le 12 février au matin, l'entreprise d'affichage publicitaire JCDecaux, installée à Fontaine et chargée d'entretenir les abribus de l'agglomération grenobloise, est la cible d'un incendie volontaire qui détruit 50 m2 de locaux, d'après France Bleu

Où en est l'enquête - Des traces d'effraction orientent rapidement les enquêteurs vers la piste criminelle.

A-t-il été revendiqué - Le 13 février, les auteurs d'un texte publié sur Indymedia se réjouissent des faits : "JC Decaux comme les autres, on aime les voir en flamme. (...) Soutien à tou·t·e·s les saboteureuses, les incendiaires, celleux qui luttent (en dehors ou enfermé·e·s)"

28 janvier 2019, la radio locale France Bleu Isère

Ce qu’il s’est passé - Le 28 janvier au matin, les auditeurs de France Bleu en Isère se réveillent sans leur radio. En cause, l’incendie des locaux survenu dans la nuit, autour de 2 heures du matin. Une partie des bureaux et le studio situé au rez-de-chaussée du bâtiment sont complètement détruits, les images très impressionnantes. Le jour même, l’origine criminelle ne fait aucun doute. 

Où en est l’enquête - Depuis fin janvier, l’enquête n’a pas beaucoup avancé. Les prélèvements réalisés par la police scientifique ont confirmé le caractère criminel de l’incendie. Deux départs de feu avaient été constatés à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée avait été fracturée. 

A-t-il été revendiqué - Deux jours après l’incendie, un blog anarcho-libertaire et anticapitaliste écrit, en ciblant la radio locale : “Beaucoup font couler l’encre à propos des médias pour les critiquer, peu font couler l’essence dans leur locaux pour les incendier. À cela on remédie”. “De tous les dompteurs de for intérieur qui existent, celui que je déteste le plus, le journaliste”, pouvait-on encore lire sur ce blog qui adressait enfin un “bravo aux individu·e·s  enfin, qui, par monts et par vaux, perpétuent l'attaque et veulent tout mettre à sac”.

17 janvier 2019, l’église Saint-Jacques

Ce qu’il s’est passé - Le 17 janvier, vers 2 heures du matin, les pompiers trouvent une église complètement embrasée, dans ce quartier résidentiel de Grenoble. Ils mettent plusieurs heures à éteindre le feu qui a complètement détruit ce bâtiment de bois, construit dans les années 1950. 

Où en est l’enquête -  Dans un premier temps, l’enquête a conclu à un incendie accidentel qui aurait été provoqué par un défaut électrique dans la charpente de l’édifice, construit dans les années 1950. Mardi, soit dix mois après les faits, le procureur de la République a ouvert une enquête pour incendie volontaire après la découverte de traces de carburant dans les prélèvements effectués sur place. Des faits désormais considérés comme “un attentat” par l’évêque de Grenoble - le diocèse était aussi propriétaire du bâtiment - qui dénonce dans un communiqué “une atteinte à la liberté de conscience, de culte et à la qualité du vivre ensemble”. 

A-t-il été revendiqué -  Le 22 janvier, un groupe relevant de la mouvance anarchiste avait pourtant revendiqué l’acte. “Nous avons débridé nos rages en incendiant l’église Saint-Jacques”, écrivait ce groupe qui se faisait appeler “les courts-circuits”, d’après France Bleu

8 octobre 2018, un entrepôt Eiffage

Ce qu’il s’est passé - Un violent incendie ravage un entrepôt de 2000 m² de l’entreprise de travaux publics Eiffage à Saint-Martin-d’Hères, près de Grenoble. 

Où en est l’enquête - Aucune arrestation n’a été menée à ce jour mais l’origine volontaire ne fait aucun doute. Cinq mises à feu ont été recensées par les enquêteurs. 

A-t-il été revendiqué - Le lendemain, des activistes libertaires revendiquent l’incendie justifiant leur acte par le fait que l’entreprise fournit “la structure matérielle nécessaire à l’industrie de la punition” comme des centres de rétention et de détention. 

21 novembre 2017, la Casemate de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Dans la nuit du 21 au 22 novembre 2017, le Centre de culture scientifique et technique (CCSTI) de Grenoble, la Casemate, qui abritait un Fab Lab, est incendié. Tout le premier étage du bâtiment ainsi que de nombreux machines, outils et matériaux sont retrouvés complètement inutilisables.  

Où en est l’enquête - Aujourd’hui, personne n’a été arrêté dans cette affaire. Le caractère criminel de l’incendie ne fait pourtant aucun doute car, sur place, trois départs de feu avaient été relevés ainsi qu’une forte odeur d’essence. 

A-t-il été revendiqué - Quelques jours après l’incendie, un long texte est publié sur le site Indymedia. Les faits y sont justifiés comme un moyen de détruire “une institution notoirement néfaste par sa diffusion de la culture numérique”.  

26 octobre 2017, la gendarmerie de Meylan

Ce qu’il s’est passé - Vers 3h35 du matin, le 26 octobre 2017, plusieurs véhicules personnels de la gendarmerie de Meylan, commune limitrophe de Grenoble, sont incendiés. Les voitures étaient situées sous les bâtiments où sont logés les militaires et leurs familles. La façade est touchée, mais aucune victime n’est à déplorer. 

Où en est l’enquête - Les constatations sur place permettent de confirmer qu’il s’agit d’un acte préparé : du grillage a été découpé et le portail donnant accès au parking était cadenassé pour ralentir les secours. Le 9 novembre, d’après France Bleu, huit gardes à vue sont menées puis levées, après perquisitions aux domiciles des suspects, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. 

A-t-il été revendiqué - Le 1er novembre 2017, un communiqué d’un groupe féministe explique que les voitures ont été incendiées “pour prendre une revanche contre la société”. 

21 septembre 2017, la gendarmerie de Grenoble

Ce qu’il s’est passé - Vers 3h30 du matin, dans la nuit du 20 au 21 septembre 2017, un parking-entrepôt couvert de la gendarmerie part en fumée, comme une trentaine de véhicules. Les pompiers mettent trois heures pour maîtriser les flammes. Des indices de second rang, stockés dans le cadre de l’enquête sur la mort de Maëlys, sont détruits dans l’incendie. Leur destruction n’aura toutefois aucune incidence sur le déroulement de la procédure. 

Où en est l’enquête - Aujourd’hui, personne n’a été arrêté dans cette affaire même si le caractère criminel était clairement établi. Un grillage a notamment été découpé pour pénétrer dans l’enceinte du site militaire. 

A-t-il été revendiqué - Dès le 21 septembre, l’acte est revendiqué explicitement dans un communiqué par un groupe qui se dit “solidaire”  avec les prévenus du procès de la voiture de police incendiée Quai de Valmy à Paris.

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