Dans le collimateur du président Trump, TikTok pourrait toutefois continuer à exister aux États-Unis, après avoir été rachetée. Twitter s'est engagé sur cette voie, après l'offre de Microsoft comme potentiel acquéreur de la branche américaine du réseau social chinois.

Après Microsoft, Twitter semble intéresser par un rachat des activités américaines de TikTok.
Après Microsoft, Twitter semble intéresser par un rachat des activités américaines de TikTok. © AFP

C’est la dernière offre en date. Twitter a, selon le Wall Street Journal, entamé des discussions préliminaires pour un éventuel regroupement avec TikTok, une application de vidéos courtes dans le collimateur du président américain (au même titre que WeChat). Donald Trump accuse en effet le réseau social d'espionnage, au profit de la Chine, et menace de l'interdire aux États-Unis. Jeudi, Trump a d'ailleurs signé un décret bloquant, d'ici 45 jours, toute transaction "des personnes sous juridiction américaine" avec ByteDance, la maison-mère de TikTok, évoquant ainsi une "urgence nationale" au sujet de l'application de courtes vidéos.

Mais le président américain s'est aussi dit ouvert au rachat de TikTok par un groupe américain avant le 15 septembre. Microsoft avait alors manifesté son intérêt pour l'acquisition des activités américaines, canadiennes, australiennes et néo-zélandaises de TikTok. C'est désormais au tour de Twitter d'enchérir. Mais pourquoi les deux entreprises s'intéressent-elles à ce réseau prisé par les 15-24 ans ?

Un intérêt stratégique...

Avec un milliard d'utilisateurs (plus que Twitter et Snapshat), dont 65 à 80 millions d'Américains, le rachat des activités américaines de TikTok représente clairement un intérêt stratégique pour Microsoft, qui se verrait ainsi propulsé à la tête du réseau le plus populaire du moment. Comme le note l'Express, le groupe poursuit d'ailleurs ces temps-ci "une politique de diversification tous azimuts", l'éloignant ainsi de son activité historique du logiciel. L'acquisition de TikTok serait ainsi, pour l'entreprise fondée par Bill Gates, une entrée fracassante dans le monde des réseaux sociaux, où Twitter et surtout Facebook règnent en maîtres, à coups de rachats de plus petits concurrents.

Pour Twitter, l'enjeu est différent. L'oiseau bleu recherche notamment à remplacer sa défunte plateforme de vidéos Vine, achetée en 2012 et fermée en 2016, et avance l'argument suivant par rapport à Microsoft : de plus petite taille et n'étant leader sur aucun des marchés de ByteDance, la firme est moins exposée à des procédures pour abus de position dominante.  

... et géopolitique

Dans un communiqué, Microsoft a promis de conserver aux États-Unis les données des utilisateurs américains. C'est là qu'entre en jeu la question géopolitique, quand Donald Trump ne cesse de pointer du doigt la mauvaise sécurité du réseau et sa perméabilité avec les autorités chinoises. "Microsoft garantirait que toutes les données privées des utilisateurs américains de TikTok soient transférées et restent aux États-Unis. Dans la mesure où de telles données sont actuellement stockées ou sauvegardées en dehors des États-Unis, Microsoft veillera à ce que ces données soient supprimées des serveurs en-dehors du pays après leur transfert."

Un détail qui n'en est pas un : l'impact sur les utilisateurs. L'acheteur de l'activité américaine pourrait-il décider de développer des fonctionnalités réservées ? De ne pas suivre les modifications dans le reste du monde ? Ou s'en tiendrait-il simplement à héberger le réseau et s'assurer que les données ne soient pas traitées en Chine ? Dans se cas, projète franceinfo, les utilisateurs américains, européens et asiatiques pourraient continuer à échanger. Mais dans le cas d'une application spécialement développée par les USA et les autres pays concernés par le rachat, la situation serait plus délicate. 

Risque économique ?

Comme l’analysent les Échos, c'est avant tout d'un point de vue financier que Microsoft réaliserait une très belle opération. La valorisation totale de TikTok pourrait atteindre 50 milliards de dollars, mais Microsoft pourrait obtenir un bien meilleur prix, la vente étant contrainte et portant uniquement sur la partie américaine, note le journal. De toute façon, le groupe en a encore sous le pied, avec 136 milliards de dollars de cash à son actif quand Twitter aurait dans tous les cas besoin de partenaires financiers.

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