À travers le Collège européen du renseignement, inauguré par Emmanuel Macron en mars 2019, les services secrets britanniques tentent tant bien que mal de rester dans le jeu européen. Malgré le Brexit, les pays du Vieux continent partagent des enjeux, notamment sur la lutte anti-terroriste.

Si le sujet du renseignement n'a jamais fait partie des négociations autour du Brexit, la sortie de l'UE aura forcément des incidences stratégiques majeures.
Si le sujet du renseignement n'a jamais fait partie des négociations autour du Brexit, la sortie de l'UE aura forcément des incidences stratégiques majeures. © AFP / Andrew Milligan

Ils sont 23. Mercredi, à Zagreb (Croatie), 23 pays européens, dont la Grande-Bretagne, signent leur lettre d'engagement pour entériner la création du Collège européen du renseignement, un cercle de réflexion inédit pour l'ensemble des services secrets (intérieurs et extérieurs), militaires et civils de l'Europe.

En un an, cette organisation est d'ailleurs devenue le lieu privilégié de la réflexion stratégique pour les patrons des services de renseignement du vieux continent, avec deux grandes réunions à son actif, à Paris en mars 2019 et à Berlin à l'automne 2019. Et les Britanniques, bien que "sortants" de l'UE, tentent de conserver leur rang au sein de ce collège.

Enjeux communs

Les chefs des principaux services de renseignement en Europe n'avaient jusqu'alors quasiment aucune culture commune, confiait ces derniers jours, l'un des responsables de la cellule de coordination du renseignement de l'Élysée. 

D'ailleurs, le président de la République avait lancé dans un discours sur l'Europe, au début de son mandat, l'idée d'une "Académie européenne du renseignement" pour évoquer les grands enjeux stratégiques de la surveillance que partagent les pays européens, face aux menaces terroristes notamment. Depuis, Emmanuel Macron a donc lancé ce Collège, avec en ligne de mire, par exemple, le retour des djihadistes ou la sortie de prison de ceux déjà condamnés pour des affaires en lien avec des entreprises terroristes. 

Des thématiques jugées plus consensuelles que l'intelligence économique, où les mêmes chefs de services sont là en concurrence, voire en confrontation. Et où les pays amis sont parfois les pires des adversaires : "Il faut mettre entre parenthèse la paranoïa habituelle et une sorte de schizophrénie professionnelle obligatoire", explique un ancien patron de l'un des services de renseignement français du premier cercle à France Inter. 

Mais sur l'évolution des cadres légaux d'utilisation de techniques de renseignement et sur la lutte antiterroriste, il y a clairement un très grand besoin de réflexion commune et "on l'a bien vu depuis un an", poursuit cette même source. 

Les Britanniques soucieux de conserver des liens avec les espions européens

Mais ces derniers temps, ce qui a surpris certains responsables de services secrets de pays membres de l'Union Européenne, c'est de voir à quel point, ces derniers mois, les services britanniques du MI5 (renseignement intérieur) et du MI6 (renseignement extérieur) n'ont jamais été aussi proches de leurs homologues européens. 

Les Anglais sont désormais comme les Suisses ou les Norvégiens, non-membres de l'UE. Et les maître-espions de la reine se montreraient "très soucieux" de rester embarqués au sein de la communauté du renseignement européen, au point d'organiser la prochaine grande réunion en Grande-Bretagne, au printemps. 

Si le sujet du renseignement n'a jamais fait partie des négociations autour du Brexit (car c'est un domaine régalien et la chasse gardée de chaque état), la sortie de l'UE aura forcément des incidences stratégiques majeures à moyen terme autour de la protection des grands projets industriels communs, nous assurait récemment un haut responsable du renseignent intérieur français. Se pose aussi la question de l'accès aux fichiers de l'Union européenne en matière de terrorisme notamment, au sujet duquel pour l'instant rien est réglé. 

En tout cas, ceci explique sans doute en grande partie le jeu de séduction, au moins en apparence, entre Londres et leurs homologues. Le Collège européen du renseignement "arrive à point nommé", confiait en début de semaine le responsable de la cellule de coordination des services français à l'Elysée. 

Toutefois, ce genre d'initiative pourrait bien contrarier Boris Johnson et expliquer en partie les tensions de ces derniers jours entre les services secrets de sa majesté et le pouvoir politique à Londres, révélées en France par le Figaro. Face à nous, leurs homologues des services français se sont d'ailleurs bien gardés de faire le moindre commentaire. 

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