En apparence, la présidente du Rassemblement national n'a pas obtenu grand-chose. Le résultat du scrutin n'a pas fait bouger l'exécutif, et rien n'a changé au Parlement européen. Pourtant, Marine Le Pen a bien rempli son objectif : s'imposer comme principale opposante, avant le match de la prochaine présidentielle.

Avec la victoire du RN aux européennes, Marine Le Pen a renforcé son statut de première opposante.
Avec la victoire du RN aux européennes, Marine Le Pen a renforcé son statut de première opposante. © AFP / Aris Oikonomou

De salle des fêtes en salle des fêtes, pendant sa longue campagne, Marine Le Pen promettait "le grand soir". "Si la liste Macron est battue, ce ne sera pas seulement une satisfaction dans une soirée électorale (…) mais ce résultat l’obligera à entendre. Et parce que l’avertissement sera démocratique et sans ambiguïté, il l’obligera à changer de politique", assurait-elle à Hénin-Beaumont, le 24 mai dernier.

Marine Le Pen avait vite perçu que le vote anti-Macron serait le moteur de cette campagne, notamment vis-à-vis des "gilets jaunes". Au soir de sa victoire, elle réclamait - sans trop y croire - la dissolution de l’Assemblée nationale. "Ce serait le minimum", estimait-elle. 

Macron n’a pas bougé

Au lendemain des européennes, Emmanuel Macron n’a concédé au RN qu’une seule chose : l’organisation chaque année d’un débat sur l’immigration au Parlement. Pour le reste, le Premier ministre, Edouard Philippe, a été conforté par le score catastrophique de la droite. Et il a présenté trois semaines plus tard, comme prévu, la réforme de l’assurance chômage, qui précède celle des retraites. 

L’exécutif a même eu l’air d’accélérer la cadence au sujet des accords de libre-échange. Le traité qui lie l’UE et le Canada, le CETA, devrait être ratifié cette semaine par l’Assemblée. Quant au traité commercial entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), il vient de faire l’objet d’un accord de principe.

Rien n’a changé à Strasbourg

Si officiellement Marine Le Pen ne promettait plus la sortie de la France de l’Union européenne, c’est parce qu’elle était persuadée qu’avec ses alliés, ils pourraient ensemble, de l’intérieur, construire "l’Europe des nations". En réalité, la présidente du RN savait bien que ce projet était quasiment hors de portée, puisque le Parlement européen n’a pas le droit d’initiative, et qu'il est impossible d’y détenir, seul, une majorité. 

Le RN espérait tout de même quelques postes à responsabilité au sein de l’institution, notamment les présidences des commissions agriculture et affaires juridiques. Finalement, les élus de droite (PPE), les socialistes et les libéraux se sont entendus pour leur bloquer la route. Ils n’ont donc aucun levier à Bruxelles et Strasbourg.

Avant le Brexit, pour l’instant, le RN et ses alliés forment le cinquième groupe du Parlement, avec 73 élus (sur 751). Ils n’arriveront au mieux qu’à ralentir certains projets, sans jamais pouvoir les bloquer. Et, au final, cet hémicycle leur servira surtout de tribune et d’observatoire, comme nous vous l’avions révélé la semaine dernière.

Malgré tout, une victoire

Sur le papier, Marine Le Pen semble donc ne rien avoir gagné. Aucune inflexion en France. Aucun poste à Strasbourg. Son socle électoral ne s’est pas élargi, il s’est simplement consolidé. Mais il faut regarder un peu plus loin. Cette victoire a offert à Marine Le Pen le rebond qu’elle attendait depuis son échec de 2017. Elle paraît déjà installer le match de la prochaine présidentielle. 

La députée du Pas-de-Calais a renforcé son statut de première opposante, alors que Laurent Wauquiez a jeté l’éponge, et que Jean-Luc Mélenchon est très affaibli. Elle a profité de cette élection pour abandonner l'idée d'un Frexit, et construire un discours européen plus apaisant. "C’était l’un de nos points faibles en 2017", avoue l'un de ses conseillers. 

La présidente du RN a donc obtenu ce qu’elle était venue chercher dans cette élection : une démonstration de force, une revanche personnelle et un renforcement du clivage "nationaux contre mondialistes". Restent trois cailloux dans sa chaussure : sa nièce, Marion Maréchal, qui l’agace de plus en plus, le feuilleton judiciaire qui continue, et les habituelles difficultés financières. 

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