Sollicitées pour produire masques et blouses, des centaines de couturières dénoncent ce bénévolat qui se mue peu à peu en travail gratuit. Elles réclament une rémunération pour leur "effort de guerre".

Un collectif, "Bas les masques", rassemble déjà 900 couturières, professionnelles et amatrices.
Un collectif, "Bas les masques", rassemble déjà 900 couturières, professionnelles et amatrices. © AFP / Hans Lucas / Masha Mosconi

Depuis plusieurs semaines maintenant, elles sont au boulot, tissus en main et machine à coudre à pleine puissance. Sollicitées pour produire des masques "grands publics" qui vont désormais être distribués aux populations ainsi que des blouses de protection, des centaines de couturières réclament d'être payées pour leur participation à l'effort de guerre. Elle dénoncent cette activité au départ bénévole et qui devient petit à petit une sorte de travail gratuit.  

C'est le cas de Christie, pour qui, comme de nombreux intermittents du spectacle, la vie s’est arrêtée le 16 mars. Costumière à Paris, elle travaillait sur un long métrage, interrompu avec le confinement. Sensible à la détresse des soignants et des entreprises confrontées à la pénurie, elle décide de confectionner des masques.

Depuis, elle a cousu bénévolement 600 masques pour des soignants et 200 masques pour des entreprises et des particuliers. Dix à douze heures par jour devant sa machine à coudre. Au-delà de la satisfaction de se rendre utile, Christie n’a rien perçu, elle a même utilisé une partie de son stock de tissu. Pour vivre, elle se contente des minimas sociaux.

"Pendant chaque guerre, les femmes ont apporté un soutien logistique, dans les usines, pour lequel elles étaient rémunérées. Tout travail mérite salaire. Dès lors que le bénévolat est organisé à grande échelle, sans être rémunéré, cela s’appelle du travail dissimulé", insiste-t-elle. 

Sollicitations sans compensation

D’autant que la mobilisation spontanée de ces petites mains donne lieu à de nombreuses sollicitations. Médecins généralistes, infirmières, hôpitaux, Ehpad font appel à elles pour obtenir des masques et des blouses. 

Jackie, elle aussi costumière, a été contactée directement par des mairies qui proposent de mettre à disposition leurs locaux et du tissu de récupération, mais sans aucune compensation financière. Tout-juste les couturières peuvent-elle obtenir des "kit à coudre" (tissu et élastiques) et un dédommagement à hauteur de 40 à 80 centimes par masque, sur facture. Bien insuffisant pour éponger les charges. 

"À un moment donné, face aux sollicitations grandissantes, on s’est dit que l’on devait être payées pour notre travail", estime Jackie. "On s’est fait insulter sur les réseaux sociaux. Beaucoup considèrent que l’on profite de la situation et que c’est un devoir d’aider gratuitement la population."

D’où l’idée du collectif "Bas les masques", qui rassemble déjà 900 couturières, professionnelles et amatrices. À travers une pétition, elles demandent à ce que soient "réquisitionnés" les ateliers de confection "des opéras, des théâtres et des grands groupes de fabrication textile" afin d’embaucher des couturières en CDD et de faire travailler du même coup certains intermittents du spectacle.

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