Partout en France, dans les petites, moyennes et grandes villes ou à la SNCF, les entreprises de transports se préparent à l’après-confinement. Elles tentent d’assurer la "nécessaire" sécurité des voyageurs pour permettre à ceux qui n’ont "pas d’autre choix" que d’emprunter les métros, bus et trams en toute sérénité.

Quels aménagements faire dans le métro parisien à partir du 11 mai ?
Quels aménagements faire dans le métro parisien à partir du 11 mai ? © AFP / Hans Lucas / Raphael Kessler

Tout ne repartira pas comme avant, du jour au lendemain. Et rien ne dit que le 11 mai, même si c'est la date avancée par le chef de l'État pour le début du déconfinement, tous les Français retourneront au travail comme si de rien n'était. D'abord, une partie des salariés, selon leur profession, seront toujours bloqués par les restrictions gouvernementales. D'autres continueront de télétravailler. Néanmoins, que faire pour ceux qui devront se déplacer à nouveau quotidiennement ? 

Si l'exécutif semble vouloir inciter le plus de monde possible à la pratique du vélo pour respecter les mesures barrière et ne pas surcharger les transports en commun, ces derniers seront quand même de nouveau empruntés par ceux qui ne peuvent faire autrement. Ainsi, les opérateurs se doivent d'apporter des gages pour rassurer les usagers... et éviter qu'ils ne se réfugient dans leur voiture

Réflexion en cours au ministère

Au ministère des Transports, la réflexion sur l'accompagnement du déconfinement est au coeur de l'agenda du secrétaire d'État Jean-Baptiste Djebbari. Procédures de nettoyage et de désinfection, port du masque, organisation au travail, distribution de gel, etc. : "Le ministre travaille quotidiennement sur ces hypothèses, en lien avec les opérateurs. Elles sont toutes étudiées", précise son entourage à France Inter.  

Toutefois, pas de feuille de route détaillée pour le moment. "Des réponses seront apportées dans le calendrier fixé par le président de la République" : comprenez que tout cela sera un peu plus précis d'ici deux semaines, fin avril-début mai.  

La crainte du "goulet d'étranglement"

Néanmoins, avis et craintes sur le sujet ne cessent d'être exprimés depuis l'intervention d'Emmanuel Macron. 

Si, depuis le début des mesures de confinement, la fréquentation des réseaux a été réduite à la portion congrue – de cinq millions habituellement à désormais 500 000 voyageurs quotidiens en Île-de-France par exemple – "est-ce qu’on imagine aujourd’hui remettre 5 millions de personnes dans les métros/RER" le 11 mai, interrogeait mercredi sur France Inter la présidente de la région francilienne, Valérie Pécresse, alertant sur un possible "goulet d'étranglement très important".  

"Il y a tout un travail de réflexion à faire pour que ça puisse fonctionner. Dans les régions très urbaines, ça ne peut être que progressif", estime-t-elle. 

Si la RATP n'a pas souhaité répondre à nos questions pour l'instant, le port du masque obligatoire est "évidemment souhaitable", a estimé le vice-président de la région aux Transports Stéphane Beaudet sur BFMTV ; une position partagée par le patron de la SNCF qui selon lui permettrait de lever à bord des trains l'obligation des règles de distanciation qui "paraissent très, très compliquées à aborder"

"Accroître l'offre sans attendre que la demande se manifeste"

Pour ce qui est des trains TGV et TER, lors d'une audition au Sénat, Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, a précisé que la compagnie de chemins de fer ne pourrait pas fournir les masques mais mettrait du gel hydroalcoolique à disposition des voyageurs dans les gares, à la sortie des quais et dans les toilettes des TGV. Autre promesse : la désinfection systématique et régulière des rames.

Face à l'éventualité d'une hausse brutale de la fréquentation, il est aussi important "d’accroître l'offre sans attendre que la demande se manifeste", estime le président de la Fnaut, association d'usagers des transports. Bruno Gazeau poursuit : "Il faut accroître l'offre, la fréquence et la cadence ; augmenter les capacités avec des trains longs, préférer les bus articulés." 

"Il ne faut surtout ne pas attendre que les trains soient remplis et complets."   

Ne pas trop réduire la fréquence de ses métros et bus, c'est le choix qu'a fait le Sytral, syndicat des transports lyonnais, qui a maintenu 50 % de l'offre pour à peine 10 % de la fréquentation habituelle depuis le début du confinement. Ainsi, le réseau TCL va très rapidement pouvoir retrouver 70 à 80 % de sa capacité, "dès le 11 mai", explique Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral. Avec l'enjeu de ne jamais voir le réseau se saturer. 

Rassurer les voyageurs

Sans attendre les décrets du gouvernement, plusieurs réseaux dont ceux que Lyon et Grenoble avaient déjà pris des mesures simples : condamnation des portes avant dans les bus, ouverture automatique de toutes les portes et nettoyage systématique des véhicules et du mobilier ; elles seront maintenues voire accentuées. "Il va falloir réguler des flux, on réfléchit aussi la question de protéger les chauffeurs avec du plexiglas et à celle des masques", poursuit Fouziya Bouzerda. Les masques, dont l'obligation officielle d'en porter un faciliterait la vie des entreprises de transports

Pour le réseau grenoblois, aucune piste n'est pour l'instant exclue "tant que l'on peut être prêt le 11 mai", confie à France Inter Yann Mongaburu, président du Syndicat mixte des mobilités, le Smmag. Tout est étudié : gel dans les véhicules, signalétique au sol, comptage et limitation du nombre de voyageurs par bus, neutralisation des sièges.      

"Il faut rassurer, on ne mégote pas avec la sécurité des voyageurs et il faut expliquer ce que l'on met en oeuvre. C'est une nécessité car certains n'auront pas d'autre choix que d'emprunter les transports en commun", souligne Fouziya Bouzerda. "Et il y en a, qui ont besoin des transports publics, sinon nous n'aurions pas cette petite fréquentation malgré le confinement", abonde Yann Mongaburu.   

Éviter les pics de fréquentation

Autre question qui apparaît donc désormais comme centrale, celle du lissage des heures de pointes (c'est-à-dire ne pas concentrer les débuts et fin de journée au même moment). De Lyon à Paris, de la SNCF à la RATP, tout le monde semble tomber d'accord sur le fait qu'il faut continuer à privilégier le télétravail au-delà du 11 mai et lisser (ou décaler, chacun choisira le terme) les horaires en collaboration avec les entreprises ou les établissements scolaires.   

"Il faut avoir à l'esprit que tous nos personnels ne sont pas au travail, pour maladie ou garde d'enfant, que la désinfection des véhicules neutralise une partie du parc", souligne Yann Mongaburu. Pour les transports grenoblois, qui tentent d'identifier précisément les usages, "permettre d'adapter les horaires de pics de fréquentation, c'est aussi pouvoir mobiliser des moyens humains et matériels là où sont vraiment les besoins." 

Pression économique et enjeu de confiance

Vendredi, le conseil d'administration d'Île-de-France Mobilités (IDFM) a pour sa part mandaté sa présidente Valérie Pécresse pour négocier avec l'Etat la compensation d'un milliard d'euros de pertes de recettes sur l'ensemble de la durée du confinement, a annoncé l'autorité régionale des transports. 

"L'épidémie et le confinement vont avoir des conséquences colossales sur l'économie des transports franciliens. (...) Les usagers ne pourront payer les conséquences du confinement, mis en place par le gouvernement", a-t-elle expliqué dans un communiqué.  

Pour la SNCF, Jean-Pierre Farandou espère quant à lui faire rouler 20 % des TGV fin mai, la moitié en juin et la totalité en juillet. Le rythme de reprise serait même plus rapide pour les TER, RER et Transiliens. Mais l'entreprise ferroviaire fait face à plusieurs obstacles : l'équation est aussi économique car les TGV – non subventionnés par les régions – ne sont rentables que si le taux de remplissage atteint 60 %. En Île-de-France, souligne aussi Jean-Pierre Farandou, "si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100% des trains on ne transporte que 20% de ce qu'on transporte d'habitude (...) Donc ça ne marche pas !" 

"C'est un enjeu parce que le modèle économique des mobilités publiques passe par la fréquentation", souligne Yann Mongaburu. Rassurer les voyageurs et ne pas perdre leur confiance, les entreprises de transports ne peuvent pas louper le coche : "C'est un vrai défi pour ces transports en commun qui sont d'ordinaire plébiscités dans nos métropoles", ajoute Fouziya Bouzerda, du Sytral. 

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