À l'heure du mouvement Black Lives Matter, les éditions Noir sur Blanc rééditent "Rassemblez-vous en mon nom" de Maya Angelou, figure emblématique du combat pour les droits civiques des Afro-américains. Poète et écrivaine, Maya Angelou reste une légende très populaire aux États-Unis. Portrait.

Maya Angelou
Maya Angelou © Getty / .

En France, on connaît davantage l'écrivaine et prix Nobel Toni Morrison que Maya Angelou. Les deux femmes sont pourtant contemporaines et se vouaient un grand respect mutuel. Maya Angelou est une figure emblématique de la vie artistique et politique américaine. Militante dans le sillage de Malcom X et Martin Luther King, elle est morte en 2014 après une longue vie de littérature et d’engagement.

"C'était une femme au caractère bien trempé, avec une immense capacité de résilience", explique Brigitte Bouchard, qui publie ses livres en France. L'éditrice québécoise s'est promis de publier tout le cycle des ouvrages biographiques d'Angelou. Elle a commencé par "Je sais pourquoi l'oiseau chante en cage" et propose en cette rentrée l'ouvrage "Rassemblez-vous en mon nom", qui sort ce mercredi 20 août.

Le retour en terre africaine

Angelou a d’abord travaillé comme cuisinière, danseuse et chanteuse en Californie et a élevé seule son fils Guy. À l’âge de 20 ans, elle s’installe à New-York. Elle y fréquente le mouvement de la Renaissance de Harlem pour le renouveau de la culture Afro-américaine, et fait la connaissance du Sud-Africain Vusumzi Make, militant anti apartheid aux cotés de Nelson Mandela. Maya Angelou voyage et suit, avec son fils, son compagnon Vusumzi Make en Égypte. C’est aux côtés de ce dernier qu’elle bâtit sa conscience politique. Elle raconte cela dans "Un billet d’avion pour l’Afrique", en 1962.

Après leur rupture, elle s’installe au Ghana et rencontre Malcom X. On est en 1959. Le leader de la cause noire parcourt l’Afrique après un pèlerinage à la Mecque, espérant que les Afro-américains soient “partie intégrante du panafricanisme mondial”. L’un comme l’autre épousent l’élan des Afro-américains pour un retour en terre africaine. Angelou écrit pour l’African Review et est employée à l’université. De retour aux États-Unis en 1964, elle collabore avec Malcolm X à la fondation de l’ "Organisation of African American Unity". Un projet interrompu en 1965 par l’assassinat du leader noir. Elle poursuivra donc la lutte pour les droits des Noirs américains dans le sillage de Martin Luther King et s'engage dans le Mouvement afro-américain des droits civiques. 

Toute sa vie, Maya Angelou ne cessera de défendre la place des Noirs dans la société américaine. La place des femmes, également. L'un de ses livres, titré en américain "A heart of a woman", a été traduit en français "Tant que je serai noire", car elle l'exprime ainsi au fil des pages : "Tant que je serai noire, le combat va continuer". Selon elle, "la haine  a causé beaucoup de problèmes dans le monde, mais n'en a pas encore résolu un".

Elle n'a cessé de participer à la vie publique et politique de son pays, a soutenu Bill Clinton quand il a accédé à la présidence, puis Barack Obama. Maya Angelou a lu son poème "On the Pulse of Morning" lors de l'Inauguration Day (jour d'investiture) de Bill Clinton, en 1993.

À 40 ans, elle rédige les romans de sa vie

Le rapport qu'elle entretient avec la littérature, elle l'exprime dans ses ouvrages. Car dès son jeune âge, et alors qu'elle refusait de parler, elle s'est réfugiée dans les livres. C'est sur les encouragements de James Baldwin qu’elle entame ses premiers récits. 

Après avoir écrit quelques drames ou comédies musicales, elle publie donc en 1969, à l'âge de 40 ans, "I Know Why the Caged Bird Sings". Publié en français sous le titre "Je sais pourquoi l'oiseau chante en cage", c'est le premier tome d'une série de sept romans dans lesquels elle utilise la littérature comme arme pour affronter le racisme, les attaques du Ku Klux Klan, qui contraint les gens "à se cacher dans les fientes de poulet" et toutes les humiliations de la vie quotidienne. On mesure aussi en lisant ces livres "sa force de caractère, et sa grande capacité de résilience", explique Brigitte Bouchard, son éditrice.

Maya Angelou, qui est née dans le Missouri, a été élevée par ses grands-parents dans l'Arkansas, à Stamps. Violée alors qu'elle était enfant, vers l'âge de 3 ans, elle a dénoncé son beau-père. En représailles, l'un de ses oncles tue son agresseur. L'enfant n'imaginait pas que sa parole put avoir de telles conséquences et resta donc mutique pendant quelques années. Plus tard, on la retrouve toute jeune fille et déjà mère à 17 ans, résolue à s'assumer comme telle. C'est ce qu'elle raconte dans "Rassemblez-vous en mon nom", qui reparaît en cette rentrée en France. 

Angelou évoque sa vie de toute jeune femme, dans l’obligation de gagner sa vie et d’être autonome. D'abord embauchée comme cuisinière, elle s’improvise ensuite mère maquerelle, puis devient danseuse et chanteuse de cabaret. Enfin elle en vient à devoir se prostituer par amour pour un homme qu’elle a pris pour un prince charmant, alors qu’il est proxénète. Pour être intégrée dans la société, il lui faut sans cesse réévaluer sa place, la distance aux autres, les espoirs possibles. Elle fait un récit enlevé de ses galères, sans pathos et avec humour. L'une des ses maximes était : "Essayez d'être un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu'un."

Femme aux multiples talents

Remise de la médaille de la liberté par Barak Obama à Maya Angelou
Remise de la médaille de la liberté par Barak Obama à Maya Angelou © Getty / Brooks Kraft

À la fin de sa vie, Maya Angelou avait entrepris de reconstituer l'épicerie de sa grand-mère, à Stamps, à la demande du Musée de la tolérance de San Francisco. Elle avait aussi accepté de faire analyser son ADN pour vérifier que sa grand-mère était la fille d'une esclave de 17 ans et de son maître.

Militante, poétesse, romancière, Maya Angelou a également été actrice, réalisatrice et enseignante. Ses livres se sont vendus par millions. On élève des monuments à son nom et elle est enseignée dans les écoles américaines. Deux ans seulement avant sa mort, elle était en tournée, montait sur scène pour chanter et dire ses textes. "Elle était incroyablement charismatique, extrêmement persuasive avec sa voix forte et pénétrante", explique Brigitte Bouchard. 

En 2010, Barack Obama lui a remis la Médaille présidentielle pour la liberté, l'une des plus hautes distinctions américaine. Il avait alors salué "une voix qui parle à des millions de gens". En 2013, Maya Angelou a reçu en tant que militante des droits civiques américains le National Book Award, pour "service exceptionnel rendu à la communauté littéraire américaine". Le succès de ses livres, et les nombreux prix remportés, en ont fait une voix incontournable de l’Amérique, toujours présente dans la vie des Américains. 

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