Le préfet du département de Mayotte a annoncé que des coupures d'eau nocturnes débutent ce lundi, toutes les nuits, à raison d'une nuit par semaine pour chaque territoire de l'île. A Mayotte, les ressources en eau sont insuffisantes pour couvrir les besoins de la population, croissants.

Un habitant de Karidjavendza, à Mayotte, remplit un seau d'eau pendant le confinement, en avril 2020
Un habitant de Karidjavendza, à Mayotte, remplit un seau d'eau pendant le confinement, en avril 2020 © AFP / Faid Souhaili

Le préfet de Mayotte a décidé de restreindre la distribution d'eau courante. A partir de cette semaine, l'eau sera coupée "une nuit par semaine, de 16h à 6h", a annoncé Jean François Colombet, le préfet. Chaque territoire de l'île verra l'eau du robinet coupée un jour différent de la semaine. L'objectif est d'économiser la ressource qui vient à manquer, en attendant la saison des pluies, qui débute habituellement fin décembre et permet de remplir les retenues d'eau qui alimentent Mayotte. 

Cette année, le déficit d'eau est particulièrement criant. Mayotte connaît en effet une croissance démographique forte, avec, selon le préfet, "1 000 à 1 400 abonnés supplémentaires" au réseau d'eau potable et une consommation "qui augmente de 260 000 à 320 000 m3" chaque année.

L'eau, insuffisante, face à la croissance démographique

"La ressource est insuffisante pour faire face à des besoins sans cesse croissants" abonde Dominique Voynet, directrice de l'Agence régionale de santé (ARS) de l'île. Selon elle, "le Covid n’a pas arrangé les choses puisqu’on a constaté une augmentation de pratiquement 10% de la consommation en eau, durant les mois de confinement, car on a demandé aux gens de se laver plus souvent les mains, d’améliorer l’hygiène et le ménage". De plus, les restrictions de voyages ont empêché les Mahorais de quitter l'île pour l'été, engendrant une consommation forte en juillet et août.

Mais le problème de pénurie d'eau est structurel. En 2016 et 2017, Mayotte a connu une grave crise de l'eau, après une sécheresse importante et une saison des pluies retardée. "Si on décide aujourd’hui de couper l’eau une nuit par semaine, c’est pour anticiper et éviter des mesures aussi violentes que ce qu’ont supporté les Mahorais lors de la crise de 2016, notamment dans le sud de l’île avec à l’époque des coupures un jour sur trois" justifie Dominique Voynet. L'idée est d'anticiper les mesures restrictives et de jouer sur la pédagogie auprès des populations pour "se donner du répit jusqu'à la saison des pluies" explique la directrice de l'ARS, qui pourrait à nouveau être retardée et moins longue, comme le prévoit Météo France.

Des investissements insuffisants

Mais pour l'association "Les assoiffés de Mayotte", créée au moment de la crise de 2016, la mesure est insuffisante. "Le préfet prévoit des tours d’eau qui n’apaisent pas la population mais qui vont créer un conflit" dénonce Soibahadine Chanfi, son vice-président. Selon lui, la mesure risque de "pousser les gens à stocker de l’eau bien avant et le fait qu’on stocke de l’eau ne permet pas de faire des économies".

L'association dénonce aussi l'absence d'investissements suffisants, pourtant promis en 2017. Le plan "urgence eau" prévoyait en effet 25 millions d'euros de dépenses pour l'interconnexion des deux retenues collinaires de l'île (au nord et au centre), la réhabilitation des forages, une deuxième usine de désalinisation, et une troisième retenue.

La troisième retenue n'existe toujours pas, et Soibahadine Chanfi s'insurge : "Ce qui a été fait ne va pas résoudre notre problème puisque la rehausse du déversoir et l’interconnexion ne vont rien produire pour les semaines à venir". Par ailleurs, il voit les forages d'un mauvais oeil. "Le niveau de la nappe phréatique diminue de jour en jour" dénonce-t-il. Certains travaux, notamment le rehaussement de la retenue d'eau de Combani, pour augmenter sa capacité, ont été retardés en raison du confinement.

Vers une crise de l'eau génératrice de tensions sociales ?

Une campagne de sensibilisation aux usages de l'eau est également en cours auprès de la population. Pour Soibahadine Chanfi, le retard est important et les équipements manquent, notamment pour la récupération des eaux de pluie "pour les usages non potables". Pour lui, "sans maîtrise de la démographie, on ne pourra pas gérer : des gens arrivent qu’on n’arrive pas à comptabiliser et cela crée des surconsommations". 

"Ce qui nous menace, c’est que les Mahorais soient les réfugiés climatiques de demain"

"La crise de l’eau est susceptible d’amplifier la tension sociale" reconnaît Dominique Voynet, alors même que la rentrée scolaire à Mayotte s'est faite sur fond de grève des transports, dans une île où un tiers des habitants n'a pas accès à l'eau courante. Mais pour elle, la mesure de coupures d'eau mise en place dès ce mois de septembre, vise justement à mieux "anticiper et éviter des affrontements civils entre communautés, entre villages, et convaincre les Mahorais qu’on n’est pas passifs, mais acteurs du développement".

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