Les refuges qui accueillent les randonneurs, la nuit ou le temps d’une pause, sont un symbole de la montagne. Même isolés, ils n’échappent pas aux règles sanitaires imposées en raison du Covid-19.

Le refuge d'Anterne compte deux bâtiments qu'il faut réaménager pour respecter les distances physiques
Le refuge d'Anterne compte deux bâtiments qu'il faut réaménager pour respecter les distances physiques © Radio France / Jérôme Val

C’est une transhumance par les airs. Le refuge d’Anterne, situé dans la réserve naturelle de Sixt (Haute-Savoie) à 1 800 mètres d’altitude, n’est accessible que par un petit chemin rocailleux. Pour le ravitailler, les ânes ne sont plus utilisés. L’hélicoptère est aujourd’hui indispensable. À travers l’épaisse couche nuageuse, le gardien du refuge scrute le ciel. Bruno Pezet part s’installer là-haut jusqu’à la mi-septembre. Mais la première étape, c’est le transfert des vivres et du matériel. "Il y a 2 400 kilos minimum de marchandises. Il y a pas mal de vivres, un peu de boissons et beaucoup de matériel. On amène du bois pour faire les travaux, notamment tout ce qui est lié au Covid."

L’hélicoptère arrive à la faveur d’une percée du soleil à travers le plafond nuageux. Cinq minutes d’ascension et le refuge d’Anterne se dévoile. Bruno Pezet en est depuis 16 ans le gardien mais à chaque fois, il s’émerveille du spectacle. "On est arrivé, c’est cool. Super soleil en plus !"

Plexiglas et planches de bois

Le refuge qu’on appelle aussi Alfred Wills (du nom d’un magistrat anglais du XIXe siècle passionné de montagne et qui a contribué au développement touristique de la région) compte deux bâtiments, dont une ancienne fruitière où l’on fabriquait du fromage. Ils sont plantés sur un plateau cerné de falaises imposantes de calcaire et de montagnes où la neige reste accrochée. Cette année, en plus des vivres, il a fallu aussi acheminer des planches de bois et du plexiglas pour appliquer les règles sanitaires.

Le refuge, c’est le symbole de la collectivité : tout le monde dort et mange dans la même pièce. Mais avec le virus, Bruno Pezet a imaginé un nouvel aménagement. "Ici par exemple, on avait sept unités pour dormir, il n’y en aura plus que trois", détaille-t-il en entrant dans l’un des dortoirs. "J’ai six lits pour les gens qui vont dormir à ma droite. Six lits aussi pour les gens qui vont dormir à ma gauche. Mais quand je dis six lits, ça veut dire une seule famille. Je ne peux pas mettre deux personnes, puis deux autres et deux autres."

Pas plus de 33 randonneurs pour 55 couchages

Le refuge possède 55 couchages. Cet été, il ne pourra accueillir que 33 personnes en même temps pour respecter les normes : 40% de capacité en moins. Il a fallu aussi supprimer les couettes et les couvertures, explique le gardien. 

"Les gens doivent prendre en charge leur propre sac de couchage. Ça rajoute un volume et un poids dans le sac. À quatre, avec les enfants, ce n’est pas forcément évident." 

Même configuration dans le réfectoire où des parois de bois seront installées pour séparer les tables et réduire au maximum les contacts. Malgré ces contraintes, le refuge ne va pas désemplir cet été. "Ça veut dire qu’il y a quand même une forte motivation des gens et que notre produit continue à plaire", se félicite Bruno Pezet. "On a un super taux de remplissage prévu pour juillet et août. Ça a permis d’embaucher la plupart des saisonniers et des salariés. Ce sont des gens fidèles qui ont un métier difficile. C’est bien cette année de pouvoir leur assurer du travail."

Les travaux de réaménagement doivent durer deux jours
Les travaux de réaménagement doivent durer deux jours © Radio France / Jérôme Val

Mais avec un tel protocole, les échanges entre randonneurs risquent-ils de perdre en intensité ? Le gardien veut croire que son refuge restera convivial. "Si une famille n’arrive pas à discuter avec une autre famille parce qu’il y a les parois de distanciation, on perd peut-être quelque chose. Mais surtout ce qu’il ne faut pas, c’est que les gens à l’intérieur du groupe se sentent mal."

Ces travaux vont durer deux jours. Mais même des planches de bois et la distanciation n’empêcheront pas de profiter d’un paysage féerique : les rhododendrons en fleurs, le ruissellement apaisant des cascades et en fond sonore, le bêlement des troupeaux. Le berger, en voisin du refuge, vous racontera peut-être comment et pourquoi lui et son frère vivent tous les étés depuis 46 ans dans ces montagnes. 

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