Le hashtag lancé samedi sur Twitter comptait lundi soir plus de 80 000 mentions. Madeline Da Silva, membre du collectif #NousToutes, revient sur la genèse de ce mot-clé et sur le mouvement massif de libération de la parole qu'il a généré autour de la question de l'inceste. "C'est un mouvement historique", juge-t-elle.

Membre du collectif #NousToutes, Madeline Da Silva est formatrice consultante contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que maire adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis)
Membre du collectif #NousToutes, Madeline Da Silva est formatrice consultante contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que maire adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis) © Maxppp / IP3 PRESS

Une vague de douloureux témoignages s'est répandue sur Twitter. Sous le hashtag #MeTooInceste, qui regroupait lundi soir plus de 80 000 messages, des victimes racontent les viols, agressions sexuelles, subies pendant l'enfance à l'intérieur du cercle familial. Les premiers tweets ont été publiés samedi par des membres du collectif féministe #NousToutes, à l'initiative notamment de Caroline de Haas et de Madeline Da Silva, militante des droits de la femme et de l'enfant, et par ailleurs adjointe au maire des Lilas (Seine-Saint-Denis).

FRANCE INTER : Comment est née l'idée de ce hashtag, #MeTooInceste ?

MADELINE DA SILVA : "Suite à la parution du livre de Camille Kouchner, 'La Familia grande' [dans lequel le constitutionnaliste Olivier Duhamel est accusé d'avoir violé son beau-fils, alors adolescent, ndlr], on a voulu, au sein de #NousToutes, lancer une campagne au sujet de l'inceste et des violences sexuelles commises sur des mineurs. Quand on a consulté nos membres, en lançant diverses propositions, ce qui est ressorti de façon massive, c'est le souhait de témoigner, ensemble, un même jour, à la même heure, avec un même hashtag. 

Il a donc été décidé de publier simultanément samedi, à midi pile, une centaine de témoignages. Mais ce n'est jamais facile de raconter. On a reçu un certains nombre de questions au préalable : qu'est-ce qu'on dit ? Est-ce que ça doit être court ou long ? Une de nos militantes, Marie Chevenance, a donc posté un premier tweet le 14 janvier, qui a fait office de repère. En revanche, la question de savoir s'il fallait nommer ou non les auteurs des violences sexuelles n'a jamais été abordée.

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Très honnêtement, ne serait-ce que 150 ou 180 tweets #MeTooInceste, cela aurait déjà été colossal. Mais finalement, je ne suis pas étonnée par l'ampleur prise par le phénomène." 

"Cela montre que ce que nous avions mesuré était juste : le besoin d'être entendu est aujourd'hui considérable."

Selon vous, que montrent ces centaines, ces milliers d'histoires ?

"Elles laissent transparaître ce que l'on sait depuis des années. Que les violences sexuelles commises sur des mineurs sont commises à 96% par des hommes, et qu'elles ne sont pas le fait d'un inconnu le soir dans la rue, mais d'un père, d'un frère, d'un oncle, un cousin, etc.

On voit aussi, à travers ces messages, que les victimes d'inceste parlent, mais ne sont pas entendues : certaines ont posé des mots très clairs sur ce qui leur est arrivé mais la réaction de leur entourage a été inadaptée, de même que celle des professionnels à qui elles se sont confiées. 

Enfin, il ressort que les symptômes manifestés enfant et qui auraient dû donner l'alerte n'ont pas été détectés. Car en France, trop peu de gens sont formés à les décrypter.

"On estime aujourd'hui que deux à trois élèves par classe sont victimes d'inceste. Combien passent entre les mailles du filet parce qu'on n'a pas su les voir ?"

Avec ces témoignages, on voit bien qu'on pourrait sauver des milliers d'enfants si l'on formait les professionnels qui passent du temps avec eux à détecter les signaux, accueillir la parole, orienter et signaler."

Cette déferlante de témoignages signe-t-elle, selon vous, la fin de l'omerta autour de l'inceste ?

"Il y aura un avant et un après. On ne reviendra pas en arrière, c'est un mouvement historique. Je ne dis pas que cela déclenchera des politiques publiques, mais au moins, on ne pourra plus faire comme si l'inceste n'existait pas. Cela va devenir un sujet politique. 

"Un pays qui ne protège pas ses enfants est un pays qui ne va pas bien. Or aujourd'hui en France, la protection de l'enfance est extrêmement défaillante."

Quand vous témoignez comme cela a été fait, recevoir des messages de soutien ça aide beaucoup. Ce qui compte, désormais, c'est ce qui va être fait de tout ça. Le gouvernement n'a pas le droit à l'erreur." 

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