Michel Catalano est l'imprimeur qui s'est retrouvé otage des terroristes du 7 janvier 2015. Après leur massacre à Charlie Hebdo, les frères Kouachi se sont cachés deux jours dans une forêt, puis le 9 janvier 2015, ils ont achevé leur cavale dans l'entreprise de Michel Catalano, toujours traumatisé, cinq ans après.

Michel Catalano, imprimeur à Dammartin-en-Goële. Il a été l'otage des frères Kouachi, deux jours après leur massacre à Charlie Hebdo.
Michel Catalano, imprimeur à Dammartin-en-Goële. Il a été l'otage des frères Kouachi, deux jours après leur massacre à Charlie Hebdo. © Radio France / Sophie Parmentier

Assis à son bureau, au premier étage de son imprimerie à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, Michel Catalano lève sans cesse les yeux vers l’écran de vidéosurveillance qu’il a accroché sur le mur, pile en face à lui. Il demande de l’excuser et prévient qu’il n’arrive plus tellement à regarder ses interlocuteurs, car son regard est désormais happé par les ombres et les bruits autour de lui. Il s’angoisse au moindre bruit. Michel Catalano est devenu un homme anxieux, perpétuellement aux aguets, et souvent assailli par cette “boule au ventre” qui le tord dès le réveil, depuis cinq ans, depuis qu’il a été l’otage des frères Kouachi, le 9 janvier 2015. Il se souvient, minute par minute, du cauchemar qu’il a vécu, et qui l’a transformé à jamais. “Depuis, je suis devenu un autre homme”, souffle l’imprimeur de 53 ans, les yeux noisette embués de larmes, sa femme à ses côtés pour le soutenir dans son récit éprouvant.

“Ca a commencé cette journée de façon presque agréable, puisque le midi, on devait fêter mon anniversaire”

Ce vendredi 9 janvier 2015, Michel Catalano était arrivé tôt dans son imprimerie, comme chaque matin. Ce matin-là, vers 8 heures 30, il est encore seul avec le plus jeune de ses employés, Lilian, qu’il a accueilli en stage quelques années plus tôt. Lilian a l’âge du fils de Michel Catalano, le jeune homme et son patron s’entendent bien, ils papotent autour d’un café. “On discutait de ce qu’on allait programmer dans la journée, car c’était une journée chargée en travail”, se remémore Michel Catalano, “et ça a commencé de façon presque agréable cette journée, puisque le midi, on devait fêter mon anniversaire”. C'est la tradition dans son entreprise, trinquer et partager un déjeuner à la bonne franquette à l’occasion des anniversaires de chacun. La vraie date anniversaire de Michel Catalano, c’est le 7 janvier. Mais le 7 janvier 2015, il n’avait vraiment pas eu le coeur à faire la fête, trop choqué par l’attaque terroriste perpétrée par les frères Kouachi contre le journal Charlie Hebdo. Ce 9 janvier 2015, alors que les terroristes sont en cavale depuis deux jours, recherchés par des milliers de policiers et de gendarmes, Michel Catalano réfléchit donc à l’organisation optimale de sa journée de boulot, “et puis, ça sonne à la porte”, raconte l’imprimeur. Comme c’est l’heure à laquelle il a rendez-vous avec Didier, un représentant qu’il connaît bien, il se dit que c’est Didier qui arrive, et sans même vérifier, Michel Catalano appuie sur le bouton-pressoir qui ouvre la porte du rez-de-chaussée. “On entend le cliquetis de la porte, cette porte s’ouvre, mais personne ne monte l’escalier”

“Je me penche, et là, je vois une personne avec une kalachnikov et un lance-roquette. Je dis à Lilian, ils sont chez nous, coupe ton portable et cache-toi”

Au premier étage, Michel Catalano se dit “tiens, c’est curieux”. Alors, “doucement”, il s’approche de la grande baie vitrée qui lui permet de voir ce qu’il se passe sur son parking. “Je vois quelqu’un qui se penche, et je m’aperçois que cette personne a une kalachnikov et un lance-roquette”. Sur le moment, il se dit que “ça doit être les gendarmes, mais j’ai compris très vite que c’était pas les gendarmes”. Michel Catalano s’éloigne de la baie vitrée, marche “assez calmement mais d’un pas décidé” vers Lilian, et lui dit : “écoute, ils sont chez nous. Et là, il m’a regardé, et je crois qu’il a vu dans mes yeux comme moi j’ai vu dans les siens, la peur de la mort”. À ce moment précis, Michel Catalano réussit à garder son sang-froid et ordonne à son employé : “cache-toi et coupe ton portable”. Et il entend quelqu’un qui monte l’escalier “avec un bruit symptomatique, qui me hante encore aujourd’hui. Et je me dirige vers eux”. Les frères Kouachi surgissent en haut de l’escalier métallique de l’imprimerie, tout de noir vêtus, leurs kalachnikov et lance-roquette en bandoulière, et ils lancent à l’imprimeur : “vous nous reconnaissez ?” Michel Catalano, qui voit depuis deux jours leurs visages inquiétants sur toutes les télés, acquiesce. Face à eux, il est persuadé qu’il va mourir la seconde d’après. Mais les frères Kouachi lui disent qu’ils ne “tuent pas les civils”. Pourtant, deux jours plus tôt, ils ont abattu froidement douze personnes, dont dix civils. Ils demandent aussitôt à l'imprimeur où est son bureau, pour téléphoner aux gendarmes. 

L'imprimerie de Michel Catalano, où les frères Kouachi ont achevé leur cavale, le 9 janvier 2015. Elle a été reconstruite en 2016. .
L'imprimerie de Michel Catalano, où les frères Kouachi ont achevé leur cavale, le 9 janvier 2015. Elle a été reconstruite en 2016. . © Radio France / Sophie Parmentier

Michel Catalano est interloqué, puisque c’est précisément ce qu’il voulait faire juste avant que les terroristes ne gravissent l’escalier, mais il n’avait pas eu le temps. Les terroristes insistent, lui répètent que c’est les gendarmes qu’ils veulent affronter. Alors Michel Catalano décroche son téléphone et dit aux gendarmes : “les terroristes sont chez moi, je suis leur otage”. Les kalachnikov des Kouachi sont pointées sur lui. “Quand j’ai raccroché le téléphone, un des frères m’a fait un signe de la tête en me disant que j’avais répondu correctement à ce qu’il me demandait de faire”. Un des deux terroristes propose alors à Michel Catalano de boire dans sa bouteille : “il m’a dit, tenez, vous voulez boire quelque chose ? Moi je lui ai dit non, parce que je ne voulais pas boire ce qu’il me proposait, et surtout, je voulais qu’on s’éloigne de mon bureau, ne sachant pas où Lilian était dissimulé”

Une patrouille de gendarmerie ne tarde pas à arriver sur le parking de l’imprimerie, au beau milieu d’une zone industrielle. Michel Catalano voit les terroristes devenir “très excités”, et descendre l’escalier pour sortir affronter les gendarmes. L’imprimeur en profite pour se réfugier dans son bureau où il avait “une cabine de douche qui ne ressemblait pas à une cabine de douche”. Il entend les tirs qui claquent à l’extérieur. Se demande où son employé Lilian s’est caché. Puis, “j’ai réentendu ce fameux bruit dans l’escalier, un pas encore plus lourd, et lent, donc j’ai compris très vite que ce n'était malheureusement pas les gendarmes qui remontaient”. De retour au premier étage, les terroristes hèlent l’imprimeur : “Monsieur, vous êtes où ?” Michel Catalano songe à rester tapi dans sa cachette, mais il se dit que si les terroristes le cherchent, ils risquent de trouver Lilian. Or protéger Lilian est sa priorité. Alors, Michel Catalano sort de sa cabine de douche, et s’entend répondre aux terroristes ces mots qui lui semblent aujourd’hui surréalistes : “je leur dis, ne vous inquiétez pas, je suis là”. 

Un terroriste blessé au cou demande à l'imprimeur de lui faire un pansement : "il a le doigt sur la gâchette, comme en transe, dans une situation d'énervement extrême"

Un des frères Kouachi, Chérif, est blessé. Un gendarme l'a touché au cou. Face à Michel Catalano, le  terroriste blessé a “le doigt sur la gâchette, les yeux noirs, il est vraiment comme en transe, dans une situation d’énervement extrême”. Saïd Kouachi demande à l’imprimeur s’il peut soigner son frère. Michel Catalano n’a pas vraiment d’autre choix. Il va dans l’armoire à pharmacie, rapporte la trousse de secours, et commence à faire un premier pansement. D’abord avec “un petit pansement, mais qui ne tenait pas”. Chérif Kouachi exige que l'imprimeur recommence. Au deuxième pansement, le terroriste se plaint qu’il “est trop serré”. Au troisième pansement, Michel Catalano demande aux frères Kouachi s’ils acceptent de le libérer. Saïd Kouachi hoche la tête, Chérif Kouachi n'est pas d'accord mais “ne se sent pas très bien”, raconte Michel Catalano. L'imprimeur en profite pour sortir, libre. À la porte, il hésite à dire aux terroristes que Lilian est à l’intérieur. Mais il craint leur réaction violente. Alors Michel Catalano sort, après être resté durant quatre-vingt-dix minutes, l'otage des frères Kouachi.

Sur le parking, Michel Catalano entend aussitôt les sommations des gendarmes. Il lève les bras au ciel et crie : “je suis un otage, ne tirez pas !” L'un des militaires le reconnaît, et l’imprimeur rejoint les forces de l’ordre, qui lui prêtent un téléphone pour rassurer son épouse. Michel Catalano explique aux gendarmes du GIGN que son employé, Lilian, est caché à l’intérieur, il ne sait pas où. L’imprimeur se morfond. Il a peur que Lilian ne s'en sorte pas. “Depuis la première minute, aussi incroyable que ça puisse paraître, je n’ai pas eu si peur pour moi. De toute façon, j’étais persuadé que j’allais mourir. Je suis resté conditionné par le fait qu’il fallait absolument que Lilian sorte vivant de cette histoire. C’était mon objectif extrême”. Michel Catalano explique que pendant cette heure et demie durant laquelle il a fait face aux terroristes, il était “presque dédoublé” et avait l’impression que son “coeur battait à 60 pulsations par minute”. Il s’est efforcé de toujours garder son calme, “pour sauver Lilian”. Michel Catalano ne pense pas avoir fait pour autant “un acte héroïque” en disant à Lilian de se cacher pendant que lui allait à la rencontre des terroristes. Il explique : “dans une PME comme la mienne, les employés ne sont pas que des collaborateurs. Lilian est entré il avait dix-huit ans, ça faisait sept ans qu’il travaillait avec moi, le sauver c’était assumer mon rôle de chef d’entreprise, mon rôle d'être humain”. 

"J'étais persuadé que j'allais mourir. Je suis resté conditionné par le fait qu'il fallait que Lilian sorte vivant de cette histoire. C'était mon objectif extrême"

Alors que Michel Catalano est libre, en cette fin de matinée du 9 janvier 2015, commence pour lui la deuxième épreuve angoissante de la journée : l’attente que Lilian soit libéré à son tour. “Ca a été une angoisse, jusqu’à l’assaut final”. Michel Catalano aide les gendarmes à préparer l’assaut pour délivrer Lilian. Les gendarmes parviennent à entrer en contact avec le jeune employé, plié en huit sous un évier. Lilian et le GIGN échangent par téléphone, le plus discrètement possible. “Il a réussi à appliquer tout ce qu’on lui disait”, admire le général Hubert Bonneau, qui était alors le patron du GIGN. 

Le GIGN se prépare à délivrer l'otage, mais vers 13 heures, une autre prise d’otages démarre, porte de Vincennes à Paris, dans un supermarché cacher. Le terroriste, Amedy Coulibaly, se dit en lien avec les frères Kouachi. Il tue quatre hommes dans l’Hyper Cacher et retient vingt-six personnes en otage. Le GIGN ne peut plus intervenir aussi vite que prévu à Dammartin-en-Goële, il faut désormais attendre que le RAID et la BRI soient en mesure de libérer les otages à Paris. Alors, l’attente s’éternise pour Michel Catalano face à son imprimerie, il retient son souffle pour son employé coincé à l’intérieur. Un peu après 16 h 30, les tireurs d’élite entrevoient les frères Kouachi entrouvrir une porte. À 16 h 54, les terroristes “sortent en action de combat, on voit dans leurs déplacements qu’ils cherchent à tuer des gendarmes”, assure le général Bonneau. À 16 h 56, les Kouachi sont morts, sous les balles du GIGN. Michel Catalano a eu “l’impression que l’assaut a duré des heures, pour moi ça a été interminable”. Un moment particulièrement “éprouvant”, parce qu’il a eu peur que son employé ne meure dans l’assaut. Alors, “au moment où j’ai vu venir Lilian vers moi vivant, pour moi, ça a été un soulagement extrême”.

Michel Catalano, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële, reconstruite après l'assaut du GIGN contre les frères Kouachi, auteurs de l'attentat à Charlie Hebdo.
Michel Catalano, dans son imprimerie de Dammartin-en-Goële, reconstruite après l'assaut du GIGN contre les frères Kouachi, auteurs de l'attentat à Charlie Hebdo. © Radio France / Sophie Parmentier

Et en même temps que le soulagement, il y a une douleur, extrême elle aussi, de voir son imprimerie dévastée, éventrée par les tirs des gendarmes d’élite, et par les explosifs qu’ils ont utilisés. L’image est dure pour Michel Catalano, car cette entreprise, qu’il a construite quatorze ans plus tôt avec sa femme, Véronique, c’était l’accomplissement d’un rêve, “on a décidé avec mon épouse d’avoir l’entreprise presque plutôt que d’avoir un troisième enfant”, sourit-il. Il était si fier d’en être devenu le chef, lui, le fils d’immigrés italiens, un père ouvrier, une mère femme de ménage devenue agent hospitalier, mais qui n’a jamais pu passer le concours d’infirmière, parce qu’elle ne savait ni lire ni écrire. Michel Catalano, “autodidacte”, raconte qu’il aurait pu “mal tourner” à l’adolescence, sur les terrains vagues qui entouraient sa petite maison de bois, avec les toilettes au fond du jardin, face à la cité des HLM que sa mère aurait rêvé d’habiter. Il a fait "quelques bêtises", d’ailleurs, à l’adolescence. Puis à 20 ans, il est devenu chauffeur-livreur dans une imprimerie, a gravi tous les échelons jusqu’à la direction commerciale. Mais son patron ferme alors boutique. C’est à ce moment-là, en 2001, que Michel Catalano décide de monter sa propre entreprise, avec son épouse.

Au soir de ce 9 janvier 2015, leur imprimerie est donc à terre. Michel Catalano aussi, même s’il est vivant. Les jours d’après sont cauchemardesques. “Les premiers jours, tout était une épreuve pour moi. Dans les premières semaines, je me demande même s’il fallait que je continue à vivre”, confie-t-il. Il revoit alors “toutes les images, un film qui vient en boucle, et on a l’impression qu’on va devenir fou, parce que je ne savais plus si ce que je vivais était réel ou si j’étais en train de le rêver”. Dans sa tête, il est sans cesse assailli par les visages des terroristes, terroristes dont il ne prononce  jamais le nom cinq ans après. Il les appelle seulement “ils” ou quelquefois “les frères”. Pendant des mois, après la prise d’otages, Michel Catalano raconte que “partout où vous allez, par exemple au cinéma, la première chose que vous regardez, c’est de se dire par où on rentre, par où on sort”. Pendant des mois, il n’a d’ailleurs plus eu envie de sortir de chez lui. Aujourd’hui, il tente de revivre normalement, mais il est encore souvent assailli par “des flashs”. Quand il va au restaurant, il s’assied désormais systématiquement face à la porte et ne déguste plus aucun repas tranquillement. La nuit, les cauchemars n’ont toujours pas cessé, cinq ans après. Souvent, la nuit, il se relève, “malheureux, je m’isole des fois, pour aller pleurer”. Mais depuis cinq ans, Michel Catalano se bat pour se reconstruire.

“Au départ, on avait plutôt envie de partir à l’autre bout du monde, mais assez vite, on a compris ma femme et moi, que j’avais besoin de redémarrer là où j’étais”

Et à la différence d’autres survivants, qui ont fui loin des lieux de l’attentat, lui, a choisi de se reconstruire sur les lieux de son entreprise dévastée, en commençant par la reconstruire elle-même. “Au départ, on avait plutôt envie de partir à l’autre bout du monde, mais assez vite, on a compris ma femme et moi, que j’avais besoin de redémarrer là où j’étais”. C’était “important psychologiquement de reconstruire”, dit-il. Important aussi, pour “les milliers de lettres que j’avais reçues du monde entier, tous les témoignages de solidarité”. L’entreprise a été rebâtie en 2016, embellie, transformée. L’escalier métallique que les terroristes avaient gravi a été remplacé par un autre. Sur les murs, il y a partout des papillons, qui évoquent “la métamorphose”, et de jolies citations pleines d’espoir, choisies par le fils et la fille de Michel Catalano. Parmi ces citations : “on trouve toujours une solution quand on a l'envie et le courage“. L’imprimeur parle de “thérapie familiale”, dit que le jour de l'inauguration lui a “donné une force supplémentaire”, et a gommé “une cicatrice”. Michel Catalano résume : “c’est ma propre reconstruction”. Même s’il lui a fallu repartir de zéro dans son entreprise, refaire des emprunts colossaux, et qu’il n’a pas encore pu “combler le déficit”. Mais Michel Catalano se sent revivre.

Michel Catalano a imprimé des citations symboliques sur les murs de son entreprise, "c'est ma propre reconstruction".
Michel Catalano a imprimé des citations symboliques sur les murs de son entreprise, "c'est ma propre reconstruction". © Radio France / Sophie Parmentier

Il tente aussi de réparer son traumatisme en témoignant, dans les écoles ou les prisons, avec l’Association Française des Victimes du Terrorisme, dont il fait partie. Il veut que ce qu’il a vécu “serve”. Dans deux jours, Michel Catalano viendra au procès des attentats de janvier 2015, avec une grande angoisse au plus profond de lui. Mais il tient à dire aux quatorze accusés que cinq ans après, il est “toujours obligé de se battre pour survivre”. D’avance, Michel Catalano sait que ce procès ne lui apportera pas toutes les réponses qu’il attend, “mais ce sera déjà une réponse en soi, et ça fait complètement partie du processus de reconstruction”. Il voit ce procès comme une étape, douloureuse et nécessaire. Après, il essayera de tourner la page, de se remettre à certaines de ses passions d’avant, le hockey-sur-gazon, les sports automobile, l’avion, le paramoteur. 

Michel Catalano rêve de ne plus faire de cauchemars, de savourer le temps, d’être à nouveau heureux dans son entreprise et de profiter de sa famille, de ses petits-enfants. Lilian, son employé, fait plus que jamais partie de la famille dans le coeur de Michel Catalano. Lilian qui a quitté l’entreprise de Dammartin-en-Goële, “parce que c’était trop dur pour lui”. Qu'importe, Lilian L. et Michel Catalano se sont vus souvent depuis cinq ans. Ils n’ont reparlé qu’une seule fois du 9 janvier 2015. "On n'a plus besoin de se parler pour se comprendre". L’un et l’autre pensent qu’ils se sont mutuellement sauvé la vie. Sans la présence de Lilian à ses côtés quand les frères Kouachi ont déboulé avec leurs kalachnikov et lance-roquette, Michel Catalano est persuadé qu’il n’aurait “peut-être pas eu la même force”. Attaché aux symboles, Michel Catalano a fait changer son bureau de place dans son imprimerie reconstruite. "Mon bureau est désormais à l’emplacement précis où il y avait l'évier sous lequel Lilian s'est caché", nous explique Michel Catalano, l’œil toujours rivé à son écran de vidéosurveillance, comme si les ombres des terroristes y étaient incrustées.

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