Maisons démolies dans le bidonville de Vila Autodromo, à Rio de Janeiro, surplombées par les tours du parc olympique
Maisons démolies dans le bidonville de Vila Autodromo, à Rio de Janeiro, surplombées par les tours du parc olympique © Reuters / Ricardo Moraes

Rio de Janeiro accueille les Jeux olympiques d'été dans 100 jours, du 5 au 21 août. Mais les JO risquent d'être impactés par la crise qui secoue le Brésil. Une crise économique, accélérée par la crise politique avec le scandale de corruption qui éclabousse la présidente Dilma Rousseff. Avec ses 203 millions d'habitants, le Brésil est entré en récession en 2014. Des millions de personnes manifestent, les prix connaissent une hausse spectaculaire, le chomage a doublé en un an, le real a perdu la moitié de sa valeur face aux principales devises.

La crise économique aura-t-elle un impact sur les Jeux? C'est l'inquiétude du moment. Le PIB du Brésil a chuté de 3,8% en 2015 et 2016 s'annonce similaire, si ce n'est pire. Les stades et travaux d'infrastructures sont presque achevés. Mais le métro et le Velodromo ne sont pas terminés.

L'Etat de Rio dans la tourmente

Depuis janvier, l'Etat de Rio paye en retard ses fonctionnaires (policiers, enseignants et retraités de la fonction publique). Des manifestations ont rassemblé à travers le pays plus de trois millions de personnes. Rio paye la chute des prix du pétrole et la paralysie de l'industrie causée par le scandale de corruption autour du géant Petrobras et de ses sous-traitants, dont dépendent une grande partie de ses revenus. Bientôt, la plupart des 30 000 ouvriers employés aux travaux des JO n'auront plus d'emploi.

Les JO? Quels JO?

Les Brésiliens ne paraissent pas concernés par les Jeux olympiques. Seuls un peu plus de la moitié des billets ont déjà été vendus. Près du stade du Maracana qui recevra certaines épreuves des JO, l'un des quartiers les plus pauvres de Rio, les préoccupations quotidiennes sont très éloignées de la flamme olympique. Même pour les classes moyennes.

Des prix qui flambent et des salaires en berne

Antonio est en grève. Ce professeur de biologie dénonce un niveau de vie qui chute avec l'inflation. Alice Serrano l'a accompagné au supermarché. Antonio, gagne 2 000 reals par mois, soit environ 500 euros.

On est toujours payé avec du retard. Le salaire du mois de mars va être versé en deux fois. La première partie au début du mois d'avril, la deuxième devrait l'être en fin de mois, se désespère Antonio, un professeur

Antonio devant le tableau de sa classe
Antonio devant le tableau de sa classe © Radio France / Alice Serrano

Pour s'en sortir, ce père de famille enseigne dans un autre établissement 60 heures de cours par semaine. Mais il craint que l'Etat de Rio, au bord de la faillite, ne puisse bientôt plus payer les salaires. En un an le nombre de chômeurs a doublé au Brésil et l'inflation grimpe en flèche surtout dans l'alimentation. Pour s'en rendre compte, Antonio nous emmène au supermarché situé au coin de la rue, direction les rayons les plus impactés , comme les légumes ou le lait, dont le prix a triplé en six mois.

Au supermarché, le prix du lait a triple en 6 mois
Au supermarché, le prix du lait a triple en 6 mois © Radio France / Alice Serrano

Ce quadragénaire a dù changer ses habitudes, tout comme Thiago, l'un de ses élèves. Depuis six mois, la mère de cet adolescent multiplie les ménages pour nourrir son fils. Face à cette flambée des prix, Antonio ne sort pratiquement plus.

Le Brésil a investi 10 milliards d'euros dans les Jeux olympiques, mais Antonio est persuadé que les retombées n'iront pas dans les bonnes poches : le système de corruption qui implique la présidente Dilma Rousseff ne l'encourage pas à être optimiste.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.