"Ratifiez-vous la nouvelle Constitution de la République" ? C'est la question posée le dimanche 24 février 2019 aux 8 900 000 Cubains. Le texte, soumis à référendum approuvé en juillet dernier par le Parlement, modifie l'actuelle constitution qui date de 1976. Quelles sont ces réformes constitutionnelles ?

Des cubains dans les rues de la Havane le 1er mai 2018
Des cubains dans les rues de la Havane le 1er mai 2018 © AFP / Yamil Lage

La date de ce référendum ne laisse rien au hasard. Elle correspond à l'anniversaire de la proclamation, en 1976, de l'actuelle constitution et au début de la guerre d'indépendance cubaine contre l'Espagne, en 1895. Les modifications ne sont pas révolutionnaires, elles s'apparentent davantage à une "ripolination" d'une constitution qui remonte à 43 ans, totalement indissociable de 60 ans de pouvoir des Castro, Fidel puis Raoul. Et donc, deux des changements clairs proposés sont : 

  • La limitation du  mandat présidentiel  à 2 fois 5 ans d'affilée, et pour être éligible le candidat doit avoir entre 35 et 60 ans 
  • La création d'un poste de Premier Ministre (aujourd'hui, Miguel Diaz-Canel, Président de la République est aussi Présidents des Conseils d'Etats et des ministres)

Un capitalisme socialiste ?

Bien que l'article 5 qui parlait de communisme ait été supprimé, le système social marxiste n'en est pas pour autant changé. "Le tout dans la révolution rien en dehors" de Fidel Castro est préservé. Ainsi les règles du parti unique et la mainmise de l'Etat sur l'île ne bougent pas, pas plus que le principe souverain de l’État socialiste qui garde les rênes de l'économie.
Néanmoins, le concept de société privée fait son apparition, tout comme la notion de marché et d'investissement étranger, conformément à la progressive ouverture engagée en 2008 et qui permet aujourd'hui à près de 600.000 cubains de ne pas travailler dans le public, soit 13% des salariés. L'exemple des taxis privés est parlant et montre jusqu'à quel point les possibilités d'entreprendre restent circonscrites. Les opérations commerciales et financières sont maintenues sous la tutelle du parti communiste cubain, maître du pouvoir. 

Fidel pour toujours...
Fidel pour toujours... © AFP / Rodrigo Arangua

A quand la liberté ?

Dans un pays soumis à l'unanimité nationale politique depuis plus d'un demi-siècle, cette nouvelle constitution n'échappe pas au principe. Toute campagne contre le "non" a été interdite et ses partisans arrêtés pour avoir défendu un avis contraire au régime et avoir déclaré "dire que ce n'est que dans le socialisme et le communisme que l'être humain atteint sa pleine dignité est une insulte à l'intelligence". Des intellectuels étaient en première ligne, exemple, cette poétesse inquiétée parce qu’elle avait  osé imprimer un "no" sur son tee shirt lors d'une lecture publique. 

L'article 349 qui réduit les espaces et les liberté d'expression et contre lequel des artistes pestent, est confirmé dans la nouvelle constitution. Idem pour l'interdiction de syndicat autre que la Confédération des travailleurs cubains, seul interlocuteur incontestable. Ce qui fait dire aux anticastristes et autres opposants, que le scrutin sur "cette revisite" de la constitution est une farce électorale destinée à donner un peu de gages aux investisseurs internationaux pour aider Cuba à sortir d'une certaine léthargie, situation que les autorités imputent à l'embargo américain imposé à l'île depuis 1982 . 

Raoul Castro le 2 janvier 2017
Raoul Castro le 2 janvier 2017 © AFP / Adalberto Roque

Des droits pour les LGBT ?

L'homosexualité, longtemps considéré comme une conséquences néfaste du capitalisme, et donc interdite, le régime castriste l'a sévèrement réprimé, emprisonnant les gays ou les envoyant dans des camps de "rééducation. Mais, sur cette question comme pour l'essentiel des autres, la réalité des faits s' impose. La Gay Pride Cubaine de mai 2015 a célébré son premier mariage homosexuel symbolique. Ce qui a permis de relancer le débat du "mariage pour tous" . Mais là non plus le gouvernement vraisemblablement sous pressions des églises, n'a pas retenu la demande de la communauté LGBT de définir le mariage comme l'union entre deux personnes, sans en spécifier le sexe. Le texte confirme "le mariage comme une institution sociale et juridique" sans y inclure le mariage homosexuel. Il confie la tache au Code de la famille, à lui de décider  ou non d'introduire  d'ici deux ans, le mariage homosexuel  qui sera soumis au vote populaire

Mariela Castro, la fille de Raoul Castro, lors de la gay pride à la Havane le 12 mai 2018
Mariela Castro, la fille de Raoul Castro, lors de la gay pride à la Havane le 12 mai 2018 © AFP / Yamil Lage

Un grand débat à Cuba ?

Le texte soumis au vote et validé par les députés est loin de celui qui était arrivé sur le bureau des parlementaires à l'issue de la consultation lancée auprès des Cubains. Pendant trois mois, du 13 août au 15 novembre,  la population a débattu dans les entreprises, dans les écoles et les universités, dans les  quartiers de ce projet de nouvelle constitution. Fait exceptionnel, pour la 1ere fois depuis 1959, 1,4 millions de cubains émigrés ou exilés ont pu participer au débat. Près de 800 suggestions, initiatives, corrections, changements, ajouts ou abrogations d'articles ont été collectés. Ce que ne manquent pas de relever  les autorités de la >Havane, pour qui " cette constitution est une expression authentique du caractère démocratique et participatif de notre peuple, car elle est née de lui et recueille ses sentiments." Toutefois, la commission chargée de la rédaction du nouveau texte a modifié 60% des souhaits formulés par les cubains, selon certains détracteurs du pouvoir. 

Miguel Diaz-Canel, le nouveau président cubain le 14 décembre 2018
Miguel Diaz-Canel, le nouveau président cubain le 14 décembre 2018 © AFP / Yamil Lage

En 1976 , c'est avec un score de 97,7 % de oui que la Constitution était passée. Cette année, sans surprise, le "oui" devrait toujours l'emporter mais avec moins de suffrages. Les Cubains vivant à l'étranger à l'exception des diplomates et membres des missions cubaines à l'étranger ne sont pas autorisés à voter. Résultats dimanche soir .  

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