Un homme se recueille devant le mémorial d'Hiroshima
Un homme se recueille devant le mémorial d'Hiroshima © Reuters / Toru Hanai

C'est le premier président américain en exercice à venir rendre hommage à la ville martyre, 71 ans après la tragédie de la bombe atomique américaine qui a tué 140 000 personnes le 6 août 1945. Au Japon, le traumatisme et la mémoire du drame sont encore à vif, en particulier chez les survivants.

Le geste est éminemment symbolique. En venant se recueillir en personne à Hiroshima, Barack Obama veut montrer, tout comme le Premier ministre Shinzo Abe, que Tokyo et Washington partagent la même émotion. Sur place, la visite est aussi source de polémique , certains accusant les deux pays d'avoir la mémoire courte, d'autres soulignant une position assez paradoxale des Américains, qui soutiennent à la fois la prolifération tout en poursuivant une politique de dissuasion nucléaire.

Pour Kazumi Mizumoto, professeur d'histoire à l'université d'Hiroshima, ce déplacement est aussi un geste courageux

C'est d'autant plus historique qu'à Prague en 2009, il a tenu un discours célèbre sur un monde sans arme nucléaire et avait même évoqué son pays comme le premier à avoir largué la bombe atomique. Effectivement, il vient avec un retard important. Mais cela dit, aux États-Unis il y a une justification du larguage de la bombe atomique. Venir à Hiroshima dans ce contexte est très courageux, monsieur Obama est conscient de la responsabilité des États-Unis.

"Une lumière éblouissante et une énorme douleur"

Torikoshi Fujio avait 14 ans quand le B29 de l'armée américaine a largué Little Boy. Il est ce qu'on appelle un Hibakusha , l'un des 200 000 irradiés survivants encore en vie. À 85 ans, il a une leucémie et il tient à montrer son torse couvert de cicatrices, près du point d'impact de la bombe.

J'habitais à deux kilomètres de l'épicentre de l'explosion. Le matin, quand la bombe atomique a été larguée, j'étais devant ma maison. J'ai vu une lumière éblouissante. Je portais une chemise blanche, tout le reste de mon corps qui était exposé a brûlé. J'ai senti une énorme douleur et je me suis évanoui.

Six mois après la bombe, Torikoshi a eu une leucémie, la première d'une longue série. Il n'a jamais pu avoir d'enfant. Selon lui, ce qui l'a sauvé c'est une berceuse japonaise que lui chantait sa mère . Il dit que c'est ce qui l'a réveillé et tient à nous la faire entendre.

Inlassablement et malgré la maladie, Torikushi fait encore aujourd'hui la tournée des écoles au Japon pour témoigner.

Emiko Okada, elle aussi, veut témoigner et elle a fait le tour du monde pour ça. À 79 ans, elle intervient publiquement un peu partout, pour que personne n'oublie la tragédie.

L'incendie a duré trois jours et trois nuits, les vêtements brûlaient sur les corps. On ne distinguait plus les hommes des femmes. Il y avait des gens dont les entrailles sortaient, les visages étaient calcinés. Des enfants mouraient brûlés vifs sous nos yeux. Aujourd'hui, quand je vois un beau coucher de soleil sur Hiroshima, la lumière me rappelle avec douleur ce moment-là.

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