Des dizaines de milliers de manifestants ont paralysé le cœur de Hong Kong mercredi, provoquant le report de l'examen d'un projet de loi controversé visant à autoriser les extraditions vers la Chine. Des heurts violents ont éclaté avec les forces de l'ordre qui ont usé de gaz lacrymogènes.

Un manifestant avec casque et masque à gaz face aux forces de l'ordre dans les rues de Hong Kong, le 12 juin 2019.
Un manifestant avec casque et masque à gaz face aux forces de l'ordre dans les rues de Hong Kong, le 12 juin 2019. © Getty / Getty Images AsiaPac

L'ex-colonie britannique est le théâtre, depuis plusieurs jours, de manifestations d'ampleur (dont celle de dimanche, du jamais vu depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997), réunissant selon les organisateurs un million de personnes, toutes opposées à un texte de loi sur les extraditions, qui faciliterait le transfert de suspects en Chine afin qu'ils y soient jugés. Ce mercredi, les protestataires vêtus de noir, pour la plupart des jeunes gens et des étudiants, encerclaient les bâtiments du gouvernement dans le centre de l'île de Hong Kong, afin d'exiger le retrait du projet soutenu par Pékin. Alors que la foule enflait, le président de cette assemblée dominée par les députés pro-Pékin a annoncé que les débats étaient reportés à une "date ultérieure".

Manifestation d'ampleur dans les rues de Hong Kong contre un projet de réforme de la justice, le 12 juin 2019
Manifestation d'ampleur dans les rues de Hong Kong contre un projet de réforme de la justice, le 12 juin 2019 © Getty / Anthony Kwan

Un projet controversé... et reporté

La circulation était paralysée tandis que la Bourse reculait de plus de 1,5%. Les rangées de policiers anti-émeutes ont déployées pour l'occasion, et des heurts violents sont survenus à la fin d'une marche qui avait pourtant démarré dans le calme. La police a fait usage de gaz lacrymogène, de gaz au poivre et de matraques pour repousser la foule, composée pour la plupart de jeunes gens et d'étudiants.

Violences entre manifestants et forces de l'ordre dans les rues de Hong Kong, le 12 juin 2019.
Violences entre manifestants et forces de l'ordre dans les rues de Hong Kong, le 12 juin 2019. © AFP / Anthony WALLACE

Les affrontements ont éclaté aux abords du Conseil législatif (LegCo, Parlement) après 15h00 (9h00, heure de Paris), à l'expiration du délai que les protestataires avaient donné au gouvernement pour qu'il renonce à son texte. Les forces de l'ordre se sont rapidement alors retrouvées en nette minorité face à des protestataires toujours plus nombreux.

Un manifestant maîtrisé par les forces de l'ordre, lors des manifestations d'ampleur provoquées dans les rues de Hong Kong par un projet de loi sur l'extradition.
Un manifestant maîtrisé par les forces de l'ordre, lors des manifestations d'ampleur provoquées dans les rues de Hong Kong par un projet de loi sur l'extradition. © Getty / Anthony Kwan

Canon à eau et gaz au poivre

Comme en écho à l'immense mouvement pro-démocratie de l'automne 2014, qui avait paralysé des quartiers entiers de la mégapole pendant plus de deux mois, les manifestants ont alors envahi des voies principales de circulation du centre-ville, bloquées à l'aide de barrières métalliques. Certains protestataires arrachaient des pavés sur les trottoirs. Des policiers gardant le LegCo ont fait usage de gaz au poivre et de canons à eau, brandissant également des pancartes pour avertir les manifestants qu'ils étaient prêts à utiliser la force.

Les forces de l'ordre ont utilisé des canons à eau dans les rues de Hong Kong, lors des manifestations contre un texte de loi (12 juin 2019.
Les forces de l'ordre ont utilisé des canons à eau dans les rues de Hong Kong, lors des manifestations contre un texte de loi (12 juin 2019. © AFP / Anthony WALLACE

Le texte a suscité les critiques de pays occidentaux ainsi qu'une levée de boucliers de Hongkongais qui redoutent une justice chinoise opaque et politisée, et pensent que cette réforme nuira à l'image internationale et l'attractivité du territoire semi-autonome. Mais cette mobilisation spectaculaire dans une ville de sept millions d'habitants n'a pas fait bouger la cheffe du gouvernement local Carrie Lam, qui a rejeté toute éventualité de retirer le projet de loi.

Manifestants et policiers face à face dans les rues proche du Parlement à Hong Kong, le 12 juin 2019.
Manifestants et policiers face à face dans les rues proche du Parlement à Hong Kong, le 12 juin 2019. © Getty / Billy H.C. Kwok

Mobilisation générale

Au terme de l'accord de 1984 entre Londres et Pékin qui a présidé à son retour dans le giron chinois, Hong Kong jouit d'une semi-autonomie et de libertés n'existant pas en Chine continentale et ce, en théorie, jusqu'en 2047. La ville est cependant depuis une dizaine d'années le théâtre d'une forte agitation politique en raison de l'inquiétude générée par l'ingérence grandissante de Pékin dans ses affaires intérieures.

Plus d'une centaine d'entreprises et de commerces avaient annoncé leur fermeture en signe de solidarité avec les opposants au texte. Les principaux syndicats étudiants ont appelé au boycottage des cours. Des enseignants, infirmières et travailleurs sociaux ont également fait part de leur volonté de cesser le travail dans ce territoire où les grèves sont rares.  Des supporteurs de football hongkongais ont même hué l'hymne national chinois lors d'un match à domicile contre Taïwan mardi soir.

Des images de violences

Les heurts entre manifestants et policiers ont fait plusieurs blessés, et sur Twitter certains publient des photos et vidéos de violences policières.

"Combler un vide juridique"

Le projet de loi contesté par les manifestants doit, selon les autorités, combler un vide juridique et faire que la ville ne soit plus un asile pour certains criminels. Elles assurent que des garde-fous existent en matière de droits humains et qu'il ne visera pas les opposants politiques. Mais après des années de tensions, nombre de Hongkongais ne croient plus aux promesses de leur exécutif et se méfient des intentions du gouvernement chinois.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.