Près de deux mois après la tuerie du Mandalay Bay, dans laquelle 58 personnes ont trouvé la mort et 546 ont été blessées, la ville du Nevada reprend ses habitudes. Ce week-end, c’est reparti pour le « Great Las Vegas Gun Show » et son gros millier d’exposants.

Aux États-Unis, des milliers d'armes sont échangées dans les quelque 4 000 "gun shows" annuels.
Aux États-Unis, des milliers d'armes sont échangées dans les quelque 4 000 "gun shows" annuels. © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Au programme du "Great Las Vegas Gun Show", ce week-end, armes et munitions en masse, vendus par des professionnels comme par des particuliers, en s’affranchissant souvent des contraintes légales qui s’imposent aux professionnels de la gâchette. L’ordinaire de la vie américaine, qui pose toutefois des questions de plus en plus pressantes.

Les foires à l’armement, des vide-greniers comme les autres ?

Aux États-Unis, où le deuxième amendement de la Constitution garantit que "le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé", les civils détiennent près de 50% du stock d’armes mondial, soit 300 millions de pièces. Pas étonnant, dès lors, que les pistolets et fusils constituent un véritable marché, avec du neuf et de l’occasion.

Les "gun shows" ont d’ailleurs un grand succès : en 2007, l’Inspection générale de la Justice a dénombré 2 000 à 5 200 événements, et l’on estime aujourd’hui le nombre moyen de foires à l’armement à 4 000 chaque année.

Pourquoi les "gun shows" ont-ils un si grand succès ?

Comme les vide-greniers que l’on connaît en Europe, ces réunions sont l’occasion, pour les particuliers, d’échanger plus ou moins librement leurs armes (certains États sont plus restrictifs que d’autres).

A la différence des professionnels, les vendeurs particuliers ne soumettent les acheteurs à aucun contrôle (et ils ne sont parfois pas tenus de le faire) : pas de délai entre la vente et la prise de possession de l’arme et pas de "background check", pas de vérification de fond sur l’historique et le profil de l’acheteur, et la possibilité d’acheter pour autrui.

Les transactions sont-elles légales ?

Entre 2004 et 2006, le Bureau des alcools, tabacs, armes à feu et explosifs (ATF), qui ne conduit pas de politique systématique en la matière, a visité près de 200 « gun shows » aux États-Unis, soit à peine 3% des événements de ce genre. Au total, 121 personnes ont été arrêtées et plus de 5 300 armes saisies. Parce que l’acheteur était fiché, parce que l’acheteur n’était pas le destinataire de l’arme, parce que le vendeur se faisait passer pour un particulier, parce que l’arme n’avait pas de « papiers »…

Quoique très ouvertes, les foires à l’armement, selon les États qui les accueillent, ont quand même des règles.

Les "gun shows" arment-ils les tueurs de masse ?

Les foires à l’armement, parce qu’elles permettent parfois aux vendeurs et aux acheteurs de s’affranchir des restrictions légales, sont régulièrement pointées du doigt (et défendues, en parallèle) L’ATF estime que les « gun shows » sont un « canal majeur de trafic illégal ». En 2000, déjà, l’institution évaluait à 26 000 le nombre d’armes à feu qui échappaient ainsi au commerce légal. Ce serait donc par ce canal que des armes dangereuses tomberaient entre les mains de personnalités douteuses, mal intentionnées ou tout simplement criminelles.

Des tueurs, sans doute ; des tueurs de masse, pas forcément. En effet, note le site Mother Jones, qui recense les massacres par armes à feu aux États-Unis, dans la grande majorité des cas, les "mass killers" pouvaient justifier la détention de chacune de leurs armes. 

PS. Aux États-Unis, en 2015, les morts par armes à feu étaient à 62% des suicides. Les homicides ne représentaient que 34% des 93 personnes tuées en moyenne chaque jour. https://everytownresearch\.org/

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