Dans l'Océan Indien, la marée noire qui frappe l'île Maurice menace la biodiversité et notamment deux zones humides : le parc marin de Blue Bay et le site de la pointe d'Esny, reconnus internationalement. Ils regorgent de coraux, poissons, oiseaux marins et comportent aussi des mangroves.

Au total, près de 1 000 tonnes de carburant ont été déversées en mer, à cause d'une fissure dans la coque du vraquier MV Wakashio, qui s'est échoué sur un récif le 25 juillet.
Au total, près de 1 000 tonnes de carburant ont été déversées en mer, à cause d'une fissure dans la coque du vraquier MV Wakashio, qui s'est échoué sur un récif le 25 juillet. © AFP / L'Express Maurice / Beekash Roopun

Le mot “catastrophe” n’est pas de trop. Tandis que les Mauriciens se battent pied à pied contre la marée noire, la fuite d’hydrocarbures au large des côtes de l’île, dans l’océan Indien, menace de vastes zones humides protégées. Il s’agit principalement de deux des trois sites Ramsar de Maurice (une convention qui recense les zones humides d'importance internationale) : le parc marin de Blue Bay et le site de la pointe d'Esny. Comme l’explique à France Inter Vincent Florens, professeur agrégé en écologie au département de biosciences et d’études océaniques de l’université de Maurice, ces deux secteurs regorgent de mangroves, coraux et poissons. 

Au total, près de 1 000 tonnes de carburant ont été déversées en mer, à cause d'une fissure dans la coque du vraquier MV Wakashio, qui s'est échoué sur un récif le 25 juillet. Le Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, a annoncé mercredi que les 2 800 tonnes de fioul qui restaient dans les réservoirs avaient été entièrement pompées, ce qui écarte définitivement la perspective d'une nouvelle fuite.

Espèces et écosystème menacés 

De faibles quantités de fioul ont déjà été observées dans le parc marin de Blue Bay, un site de 353 hectares qui abrite une quarantaine de variétés de corail, notamment le sphérique "brain coral" vieux de plus de cent ans. Les mangroves, herbiers marins et algues géantes “contribuent à l'équilibre général de l'environnement marin” et fournissent un habitat “pour environ 72 espèces de poissons et la tortue verte, espèce menacée”, indique la convention Ramsar sur son site internet.  

Les eaux saumâtres et peu profondes des 22 hectares du site de la Pointe d'Esny accueillent quant à elles une forêt de mangrove, des vasières, des plantes menacées et des papillons endémiques à l'île Maurice.  

“D’autres marées noires l'ont montré : elles ont un impact néfaste sur la biodiversité marine, en tuant des animaux, en s’insérant dans la chaîne alimentaire et en impactant durablement l'écosystème”, regrette Vincent Florens. “Il y a, à court terme, un danger pour les oiseaux marins dont l’hydrocarbure abime les plumes et leur capacité isolante, par exemple. Dans les mangroves, il est très difficile de nettoyer les résidus de fioul, à cause de l'enchevêtrement de racines.” Les conséquences sont d’autant plus graves lorsqu’elles servent de zones de reproduction. 

Quant aux récifs coralliens exposés, “il y a des dégâts physiques immédiats et évidents” provoqués par le navire échoué en pleine zone sensible et par le déversement d'hydrocarbures qui asphyxient les organismes, détaille Jacek Tronczynski, chercheur à l'unité de biogéochimie et d’écotoxicologie à l’Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Mais des dégâts sur le temps long sont aussi à craindre, avec la “contamination chronique des coraux”. Il est aussi impossible de les nettoyer directement : “Toutes les opérations mécaniques peuvent introduire de la perte des organismes. Ce sont plutôt les nettoyages des zones dans lesquelles l’accumulation du pétrole a eu lieu qui permet d’éviter au maximum cette exposition chronique.”

L’état mauricien en fait-il assez pour l’environnement ?

Le spécialiste mauricien de la biodiversité indique également que l’île a déjà beaucoup perdu d’espèces endémiques, ces dernières décennies, notamment chez les oiseaux marins. “Et les effectifs de celles qui existent encore sont très bas.” Par ailleurs, ajoute Vincent Florens, “nous avons des situation de surpêche dans les lagons, des pesticides agricoles, des fertilisants, plus les effets du changement climatique et le blanchiment des coraux. Avec une marée noire en plus, tout cela fait beaucoup et nous allons arriver à un moment où l'écosystème va s’effondrer.”

Cette marée noire révèle aussi le peu d’intérêt accordé à l'environnement à Maurice, selon Vincent Florens. Il estime que les négligences sont “nombreuses” et à “beaucoup de niveaux”. “Dans l'immédiat, c'est révoltant mais ça fait partie d'un tout beaucoup plus large.” Il rappelle que deux autres échouages, moins graves, ont eu lieu en 2011 et 2016. “On aurait du être beaucoup plus performants et réactifs cette fois-ci.” 

La compagnie japonaise “consciente de sa responsabilité”

Jeudi, la compagnie japonaise Nagashiki Shipping, propriétaire du navire à l'origine de la marée noire, a déclaré jeudi qu'elle était particulièrement consciente de sa responsabilité et qu'elle avait l'intention de prendre des mesures en vue d'une évaluation des indemnisations

Nagashiki Shipping a annoncé jeudi qu'il comptait déployer des barrières filtrantes supplémentaires, assurant qu'il comptait faire son maximum pour protéger l'environnement et éviter que la marée noire ne s'étende encore davantage, en coordination avec les autorités mauriciennes et japonaises. Le groupe a fait savoir qu'il comptait donner suite de manière sincère aux demandes d'indemnisation, en se fondant sur la législation en vigueur.