Le procès de Derek Chauvin, le policier impliqué dans la mort de George Floyd devait s'ouvrir à Minneapolis. Le lieu du drame est devenu un sanctuaire, où l'on vient dénoncer les tabous de l'Amérique, la violence policière, les inégalités raciales, où la police n'ose plus venir tant la colère est intense.

A Minneapolis, le quartier où George Floyd a été tué est devenu un sanctuaire, où la population se recueille.
A Minneapolis, le quartier où George Floyd a été tué est devenu un sanctuaire, où la population se recueille. © Radio France / Claude Guibal

A l'entrée de la rue, un bloc de béton barre le passage. On avance à pied, de part et d'autres sur les façades, le visage peint de Martin Luther King, d'Angela Davis. Le temps semble s'être figé. Les magasins vidés. Parfois une voiture passe, les basses d'un rap poussé à fond résonnent et tapent contre les murs. 

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« On est là où George Floyd a été assassiné, à l'angle de la 38e et de Chicago.  On vient ici souvent, au moins deux fois par semaine, pour rendre hommage et pour ne pas oublier. » 

Sean fait tourner un joint entre ses doigts. 

Black Lives Matter

Au milieu du carrefour, il y a ce poing de métal levé vers le ciel, les fleurs, les nounours, et plus loin, contre l’épicerie, le portrait immense de George Floyd. Tahkeya Boykin, montre ses baskets. 

Takheya, 15 ans, a customisé ses chaussures. "Black Live Matter, ce n'est pas une mode".
Takheya, 15 ans, a customisé ses chaussures. "Black Live Matter, ce n'est pas une mode". © Radio France / Helène Langlois

Sur le tissu blanc, des mots se détachent : « Je ne peux plus respirer- les derniers mots de George Floyd- et Black Lives Matter. Parce que les vies noires compteront toujours. Ce n’est pas une simple mode, il va falloir que les gens le comprennent. J’ai 15 ans. Où que j'aille, je me fais arrêter, et je me demande si un jour je me ferai pas tuer juste à cause de la couleur de ma peau. » 

A ses côtés, sa mère Lisa Kaste. « Ma fille est métisse, moitié noire. Depuis qu'elle est petite, on lui dit ne fait pas telle ou telle chose, parle bien d'une certaine façon car on va te juger ou accuser de quelque chose". 

Lisa, elle est amérindienne, une « native american ». Le racisme de la police, selon elle, est une réalité qu’elle vérifie au quotidien. « Si je mets un autocollant avec une plume sur ma voiture, cette plume qui signifie mon héritage, ma culture, je suis sûre de me faire contrôler ». 

George Floyd, devenu une icône

Le carrefour où Takheya et sa mère se tiennent a été rebaptisé du nom de George Floyd. Sur les murs, son portrait. A chaque coin de rue, une fresque, un slogan. 

A l'entrée du quartier, des artistes ont crée un cimetière symbolique, planté de dizaines de stèles de plastique, gravées des noms de morts tués par la police. Elles brillent, blanches, dans la neige salie. 

Aux Etats-Unis, plus de mille personnes sont tuées chaque année par la police. Parmi elle, les noirs sont proportionnellement majoritaires.
Aux Etats-Unis, plus de mille personnes sont tuées chaque année par la police. Parmi elle, les noirs sont proportionnellement majoritaires. © Radio France / Claude Guibal

Ron est né ici. Parfois dit-il, il travaille au Cup food, le petit supermarché où  on vend de la viande hallal, des cartes de bus, des cigarettes. 

Il était là le jour où George Floyd s'est fait tuer. 

L'impression depuis de vivre dans un grand sanctuaire, où l'Amérique vient pleurer sur ses démons, le racisme, la pauvreté, la violence. 

« Je n'ai pas la moindre confiance en la police", dit-il. Ils s’en foutent de ce que tu peux dire. Ils te stéréotypent, ils gagnent des primes en chopant des gens."

C’est comme un jeu pour eux. Plus ils arrêtent de gens, plus ils prennent du galon ». 

Aux Etats Unis, plus de 1000 personnes sont tuées chaque année par la police dans des interventions. 

Pour lutter contre les violences policières, de nombreuses réformes ont été réclamées : davantage de diversité, meilleure formation des policiers,  ateliers contre les préjugés raciaux. 

Une proposition de loi, s'attaquant à la large immunité dont jouissent les policiers, a été adoptée à la Chambre des représentants et doit désormais être discutée au Sénat.

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Elle prévoit, entre autres, d'interdire les prises d'étranglement, de limiter les transferts d'équipements militaires aux forces de l'ordre, ou la fin, pour les infractions liées aux stupéfiants, des mandats de perquisition permettant aux agents d'entrer sans frapper chez les suspects.

C'est dans ce cadre que Breonna Taylor, une jeune infirmière noire, a été abattue en mars dernier dans son appartement.

Le procès de Derek Chauvin doit durer jusqu’au mois d’avril. 

Ron le regardera à la télévision. Il n'en attend qu'une chose : « Traitez nous à égalité. Traitez-nous, juste comme vous. » 

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