Chaque jour, nous vous présentons une figure de la lutte contre le Covid-19 dans le monde. Aujourd'hui, le gouverneur de New York qui, face à l'inertie des autorités fédérales, s'est engagé en faveur de ses 8,6 millions d'administrés.

Andrew Como lors de l'un de ses points presse quotidiens sur la situation sanitaire de New-York, en pleine crise épidémique de coronavirus (27 mars 2020)
Andrew Como lors de l'un de ses points presse quotidiens sur la situation sanitaire de New-York, en pleine crise épidémique de coronavirus (27 mars 2020) © AFP / Bryan R. Smith

L’État de New York concentre près de la moitié des cas de coronavirus recensés sur le territoire américain et la moitié des décès. Depuis le début de la crise, le gouverneur Andrew Cuomo est en première ligne, avec efficacité et panache. À tel point que certains lui prédisent un destin présidentiel. 

Fiche d'identité 

Andrew Cuomo, 63 ans, est gouverneur démocrate de New York depuis 2011. Avocat, il a notamment été marié avec l'une des filles de Robert F. Kennedy (frère de JFK), Kerry Kennedy. 

Il trouve des lits, des respirateurs

Face au virus, le gouverneur se démène pour trouver des lits d’hôpitaux, des respirateurs, du matériel de protection pour les soignants. 

Ce 6 avril, alors que New York atteint les 4 200 morts du Covid-19, Andrew Cuomo décide d'augmenter le montant de l'amende pour ceux qui ne respectent pas le "social distancing" , la distanciation sociale. L'amende passe de 500 à 1000 dollars. 

Il décide d'étendre la fermeture des écoles et commerces non essentiels jusqua'u 29 avril. 

Pete Souza, qui fut le photographe officiel de Reagan puis d’Obama, parle de lui comme du "président par intérim". Sur les réseaux sociaux, le mot-clé #cuomoforpresident (Cuomo président) a fleuri ces derniers jours. Comme si la récente popularité du gouverneur de New-York pouvait le mener tout droit jusqu’à la Maison-Blanche, à la faveur de cette épidémie et dans la perspective de la présidentielle du 3 novembre prochain. Lui se dit tout entier dédié à sa tâche du moment : préparer les New-Yorkais à une crise sanitaire et économique sans précédent, et il affirme ne pas penser à un quelconque destin national.

Il a dit

S'adressant aux militaires de la Garde Nationale, il dit dans un discours le 27 mars

New York vous remercie. Avec vous, nous allons botter le cul de ce virus !

Et Cuomo répète à l'envi son discours de combattant : 

Nous allons nous battre chaque jour pour sauver autant de vies que nous pouvons. C'est ça être Américain et c'est ça être New Yorkais. 

Des points de situation devenus points de repère

Il n’empêche. Les points de situation qu'Andrew Cuomo tient chaque matin à 11 heures sont désormais télévisés par toutes les chaînes d’informations en continu, y compris la conservatrice Fox News. Et pour les New-Yorkais et les Américains confinés, ces conférences de presse sont devenues comme une boussole, un repère, un rendez-vous. Avec son parler vrai, son ton juste, et quelques anecdotes personnelles pour faire comprendre la gravité de la situation, Cuomo, 62 ans, s’impose comme l’homme de la situation. Un peu comme l’avait été avant lui l’ancien maire de New-York Rudy Giuliani, au moment des attentats du 11 septembre 2001.

Il n’a pas toujours été populaire

Ancien ministre du logement de Bill Clinton, il est le 56ème gouverneur de l’état de New York depuis le 1er janvier 2011. Il a marché sur les traces de son père, Mario Cuomo, qui avait occupé le même poste dans les années 80 et 90. Le fils, Andrew, est connu pour son fort caractère d’italo-américain, élevé dans le quartier du Queens. Son côté cassant, autoritaire. Et son goût pour les manœuvres politiciennes.

Son atout ? Jouer le registre personnel

Andrew Cuomo sait jouer sur le registre personnel pour convaincre les New-Yorkais de rester chez eux, afin de ralentir la propagation du virus. Il a convié sa fille Michaela, 22 ans, à plusieurs points presse afin de faire passer le message :

Pas de fête de fin d’études cette année pour ma fille, a-t-il expliqué, nous ferons cela quand le virus aura disparu, je te le promets ! 

Il a embauché son autre fille Cara pour un dollar symbolique, afin qu’elle intègre son équipe dédiée à la lutte contre le coronavirus. Enfin, le décret que Cuomo a signé pour fixer les règles du confinement dans tout l’Etat de New York s’appelle Matilda, du prénom de sa mère, pour montrer que la disposition vise avant tout à protéger les plus fragiles.

Un "sketch" en direct sur CNN avec son frère

Régulièrement, Andrew Cuomo est aussi l’invité de son frère cadet Chris, présentateur des informations du soir sur CNN (ce dernier a révélé la semaine dernière qu’il était positif au coronavirus, et depuis il présente chaque soir sa tranche d’informations depuis le sous-sol de son domicile où il est confiné). Le dialogue entre les deux frères est parfois étonnant. Le journaliste interviewe le gouverneur. Tous les deux jouent au chat et à la souris, et se taquinent gentiment : "- Je sais que tu travailles beaucoup, mais n’oublie pas d’appeler maman ? - Je l’ai fait, figure-toi, juste avant de venir répondre à tes questions. Et elle m’a dit que j’étais son fils préféré ! ". Les New-Yorkais adorent.

Depuis le début de cette épidémie, Andrew Cuomo a en tout cas quasiment éclipsé son rival (pourtant un démocrate comme lui) le maire de New York Bill de Blasio. Ses conférences de presse sont largement aussi suivies que celles, également quotidiennes, que donne le président Trump. La célèbre éditorialiste du New York Times Maureen Dowd le décrit pourtant désormais comme le "psychiatre national" :  

Chaque jour, il nous parle de nos peurs, des gens qu’on perd ou qu’on risque de perdre ou de la folie qui risque de nous gagner

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