Commémoration à Selma, à l'occasion de la sortie du film sur le sujet
Commémoration à Selma, à l'occasion de la sortie du film sur le sujet © Radio France / Tami Chappell

Cinquante ans après une vaste manifestation violemment réprimée par la police à Selma, Alabama, les États-Unis se souviennent de ce moment historique de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains. Il a été le déclencheur d'une série de progrès.

Cinquante ans après ce "Bloody Sunday", la cicatrice due à un coup de matraque est toujours bien visible au-dessus de l'oeil droit de Lynda Lowery, qui faisait partie des 600 manifestants pacifiques pris à partie par la police sur le pont Edmund Pettus de Selma, dans l'Alabama, le 7 mars 1965.

La fierté d'avoir joué un rôle actif dans cet épisode historique de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains est tout aussi intacte. L'événement, qui a soulevé une vague d'indignation, a été le catalyseur du Voting Rights Act, la loi qui a tiré un trait sur les atteintes au droit de vote de la population noire.

Notre correspondant Frédéric Carbonne a rencontré un autre marcheur de l'époque. John Lewis siège désormais au Congrès des États-Unis : il se souvient de ce qu'il a vécu à 25 ans

Le major a ordonné à sa troupe d'avancer. On a vu ces hommes mettre leurs masques à gaz. Ils se sont jetés sur nous , ils nous ont battus avec leurs matraques. Leurs chevaux nous ont piétinés, nous avons reçu des gaz lacryogènes. J'ai pensé que j'allais mourir , que j'allais être tué sur ce pont. Que ce serait la dernière manifestation non-violente de mon existence.

La vie du "congressman" John Lewis est résumé dans un roman graphique, Wake up America (Rue de Sèvres).

Wake up America
Wake up America © Radio France

Samedi, Barack Obama viendra en personne célébrer le cinquantième anniversaire de cette marche, mais, au-delà de la fierté, les célébrations laisseront probablement un goût amer à Lynda, qui était âgée de 14 ans au moment des faits.

Pour elle comme pour d'autres marcheurs du 7 mars 1965, cette victoire obtenue de haute lutte n'a pas porté tous ses fruits, comme l'a montré l'affaire Michael Brown, un jeune noir tué le 9 août dernier par un policier blanc à Ferguson, dans le Missouri, dont la mort a donné lieu à des émeutes.

"Je disparaîtrai avant que les choses ne deviennent ce qu'elles devraient être"

"Vous marchiez avec les mains en l'air, mais vous auriez dû les mettre dans l'urne ou sur le bulletin de vote", dit-elle, évoquant le slogan "Hands up ! Don't Shoot !" (Mains en l'air ! Ne tirez pas !) des manifestants de Ferguson, dont la population est aux deux tiers noire.

Sa mère lui ayant interdit de sortir ce jour-là, c'est de chez lui que Ricky Brown, un paysagiste de 59 ans rentré l'an dernier à Selma après 30 ans passés dans le Michigan, a assisté aux événements de 1965. De sa fenêtre, il tirait sur les policiers et leurs chevaux avec sa carabine à plomb, tandis qu'ils chargeaient les manifestants.

Un demi-siècle plus tard, il regrette lui aussi que les tensions raciales persistent.

[Les Blancs] ne parlent pas si je ne leur adresse pas la parole. Quand je le fais, ils ont l'air surpris ou irrités. Je disparaîtrai avant que les choses ne deviennent ce qu'elles devraient être, avant que nous puissions tous être considérés de la même façon.

L'élection de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, témoigne du chemin parcouru, reconnaît toutefois Ricky. Mais le chemin qui reste à parcourir lui semble tout aussi important.

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