C'est aujourd'hui qu' Ada Colau, soutenue par Podemos et le PSOE devient maire de Barcelone. À Madrid, Manuela Carmena devient la première élue de gauche à diriger la capitale espagnole après 24 années d'administration de la ville par la droite.

Quatre des cinq principales villes d'Espagne, dont Madrid et Barcelone, se sont officiellement dotées samedi de maires soutenus par des plateformes de la gauche radicale appuyées par le parti anti-austérité Podemos. À Madrid, Manuela Carmena, a été élue samedi par le conseil municipal, devenant la première élue de gauche à diriger la capitale espagnole après 24 années d'administration de la ville par le Parti populaire (PP). À Barcelone, c'est Ada Colau, une militante engagée dans la lutte contre les expulsions immobilières, qui succède au nationaliste catalan Xavier Trias. Valence et Saragosse sont également dirigés désormais par des maires proches ou issus du mouvement des Indignés de 2011.

Ces changements de majorité font suite aux élections municipales et régionales du 24 mai dernier, qui ont tourné au vote sanction contre le Parti populaire de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement au pouvoir depuis 2011, et fait voler en éclats le bipartisme qui organisait la vie politique depuis la fin du franquisme. En nombre de voix, la droite espagnole est certes arrivée en tête mais, payant le prix de quatre années de politique d'austérité et de scandales de corruption à répétition, elle a réalisé son pire score depuis 1991, en recul de plus de dix points par rapport aux précédentes élections locales, il y a quatre ans. Au terme des tractations politiques menées depuis et qui ont permis l'émergence de nouvelles coalitions, sur les dix principales villes d'Espagne, la droite n'en dirige plus que deux: Malaga et Murcie, toutes deux en Andalousie.

Les premières mesures prises par les nouvelles majorités municipales de même que la stabilité des coalitions mises en place vont être suivies de près alors que l'Espagne s'apprête à entrer en campagne pour les élections législatives prévues cet automne.

Ada Colau, une militante anti-expulsion à la tête de la capitale catalane

Olivier Poujade a assisté à la cérémonie d'investiture d'Ada Colau

Ada Colau, l'une des figures de proue du mouvement des "indignés" en Espagne.
Ada Colau, l'une des figures de proue du mouvement des "indignés" en Espagne. © EFE/Newscom/MaxPPP

C'est grâce à un accord passé avec l'opposition socialiste, qu' Ada Colau devient maire de Barcelone. Avec sa candidature "Barcelona en Comù" , c'est elle qui a inspiré l'alliance madrilène. Elle a remporté la mairie avec 25% des suffrages. En 2009, elle fonde un mouvement national de solidarité avec les particuliers menacés d'être délogés, la "PAH". Cette association a empêché plus de 1 600 expulsions immobilières.

► ► ► WEBREPORTAGE | Dans l'Espagne en crise

Devant une commission du Parlement, En février 2013, elle livre un discours poignant. Alors que le président de l’Association espagnole des banques nie le problème du logement, elle le qualifie de criminel.

Pour les élections qu'elles remportent le 24 mai, Ada Colau a réussi à mobiliser les jeunes et les abstentionnistes. Sous l'effet de sa candidature, la participation a augmenté de huit points. Une fois à la tête de la mairie de Barcelone, elle s'est dit prête à remettre en cause la construction de plusieurs hôtels de luxe dans des zones touristiques du centre-ville et s'est déclarée favorable au maintien des petits commerces.

Manuela Carmena, une ancienne magistrate et opposante communiste à Franco prend Madrid

Manuela Carmena
Manuela Carmena © Luca Piergiovanni/EFE/Newscom/MaxPPP / Luca Piergiovanni/EFE/Newscom/MaxPPP

Manuela Carmena, soutenue par le parti anti-austérité Podemos, a été officiellement choisie vendredi par la gauche pour occuper le fauteuil de maire de Madrid, devenant la première élue de gauche à diriger la capitale espagnole après 24 années d'administration de la ville par le Parti populaire. Manuela Carmena, 71 ans, ancienne magistrate et opposante communiste à Franco, qui a fait campagne sur la suspension de la privatisation des services publics et l'arrêt des expulsions de locataires, a passé un accord de coalition avec l'opposition socialiste après deux semaines de négociations. Arrivée deuxième du scrutin, elle est assurée grâce à cette alliance avec le PSOE de disposer de la majorité absolue de 29 sièges au conseil municipal.

À la retraite depuis 2010, Manuela Carmena avait ouvert un magasin de vêtements pour enfants fabriqués par d'anciens détenus. Elle avait été sollicitée par Pablo Iglesias, le chef de file de Podemos, pour mener la campagne dans la capitale espagnole. Après un premier refus, elle avait finalement accepté de prendre en mars la tête du mouvement Ahora Madrid ("Maintenant Madrid") soutenu par des militants et personnalités du mouvement des "indignés" né en 2011.

Manuela Carmena est une victime du Franquisme : en 1977, elle échappe à un assassinat alors que des phalangistes et des militants d’extrême droite fascistes tuent cinq de ses compagnons avocats. Sous Franco, elle continue de lutter contre le régime. En 2012, elle écrit un livre sur la régénération démocratique de l’Espagne, "Pourquoi les choses peuvent être différentes."

Le reportage de Matthieu de Taillac parmi les supporters de Manuela Carmena

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.