Emmanuel Macron a annoncé avoir "engagé les démarches" pour faire retirer la décoration à Harvey Weinstein, accusé de multiples agressions sexuelles. Une décision très symbolique.

Harvey Weinstein sur le tapis rouge du festival de Cannes en 2013
Harvey Weinstein sur le tapis rouge du festival de Cannes en 2013 © Reuters / Eric Gaillard

En 2012, le magnat d'Hollywood était fait chevalier de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, notamment pour avoir distribué aux États-Unis le film "The Artist", ce qui lui avait ouvert les portes vers plusieurs récompenses prestigieuses, dont cinq oscars. Cinq ans plus tard, en plein scandale Weinstein, le président Emmanuel Macron souhaite lui retirer.

Il en a d'ailleurs le pouvoir, dans ce cas précis. En principe, l'exclusion définitive de l'ordre de la Légion d'honneur (le plus haut degré de sanction) ne peut se faire qu'à l'issue d'une procédure disciplinaire, qui permet à l'intéressé de se défendre. Mais dans le cas d'un décoré étranger, le retrait de la décoration peut être décidée par simple décret, soit par le président de la République, soit par le Premier ministre.

Une sanction assez rare

Le retrait de la Légion d'honneur implique un acte grave de manquement à l'honneur : une définition très vague mais qui a pourtant assez peu été utilisée. L'un des cas les plus marquants, c'est celui de Maurice Papon, exclu de l'ordre de la Légion d'honneur après sa condamnation pour complicité de crimes contre l'humanité. Il a d'ailleurs été condamné pour avoir continué à arborer la décoration publiquement, et a même été enterré avec.

Car l'exclusion est censée être automatique pour toute condamnation à plus d'un an de prison ferme ou devant les assises. Jacques Chirac, par exemple, condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis en correctionnelle, ne rentre pas dans ces critères et est donc toujours grand-croix de la Légion d'honneur.

On peut citer en revanche les exclusions du cycliste Lance Armstrong, promu en 2005 et exclu en 2014 après les révélations sur son dopage ou le styliste John Galliano, qui s'est vu retirer sa décoration en 2011 après des propos antisémites.

Une sanction pour l'image

Le retrait de la Légion d'honneur n'a que peu de conséquences pour l'intéressé, pour la simple raison que la décoration elle-même apporte peu d'avantages, elle est surtout accompagnée de devoirs. Concrètement, être décoré de la Légion d'honneur donne le droit de porter l'insigne et de mentionner son grade dans les actes d'état civil. La Légion d'honneur est également accompagnée, pour certains militaires et anciens combattants, d'un traitement annuel (de 6,10 euros à 36,59 euros selon le grade).

Dans le cas d'Harvey Weinstein, on est donc dans le cas d'un retrait symbolique : peu de conséquences réelles mais une volonté pour Emmanuel Macron d'afficher une prise de distance de la France avec les agissements du producteur, sans attendre une éventuelle condamnation judiciaire.

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