Après des années dans l'ombre, Ahmad Massoud, fils unique du commandant Massoud, légendaire chef de guerre afghan anti-taliban, appelle les Afghans à se rassembler derrière lui au sein d'une nouvelle formation politique pour contrer l'accord de paix sur le point d'être conclu entre les États-Unis et les Talibans.

Ahmad Massoud en 2016, lors des commémorations autour du 15e anniversaire de la mort de son père.
Ahmad Massoud en 2016, lors des commémorations autour du 15e anniversaire de la mort de son père. © AFP / Shah Marai

Il y a cette même barbe fine et taillée. Il y a ce même pakol, le traditionnel couvre-chef afghan, et cette voix, au timbre presque identique. Une ressemblance troublante, qu'Ahmad, le fils du commandant Massoud a clairement choisi de cultiver, sortant de l'ombre où il était resté depuis l'assassinat de son père en 2001, deux jours avant les attentats du World Trade Center.

Il appelle désormais les Afghans à se rassembler derrière lui, dans un nouveau front anti talibans.

Le risque de légitimation des groupes terroristes

Un changement de position lié à l'imminence de la conclusion des pourparlers de paix, menés au Qatar depuis des années entre les États-Unis et les talibans, discussions auxquelles l'État afghan n'a jamais été invité à participer. Un processus qui porte les germes "d'un nouveau chaos", explique-t-il dans une interview à l'AFP, assurant qu'une grande majorité des Afghans, qui se sent exclue de ce processus, craint de voir le pays basculer de nouveau dans la  guerre civile.

"La pire crainte, c'est que cela ne les légitime. Cela va donner de l'espoir aux  groupes terroristes du monde entier en leur disant, allez-y, continuez à vous battre, et nous, plutôt que de vous détruire, on va vous reconnaître comme interlocuteurs, on va vous donner le pouvoir. Et ça, ça va leur permettre de mettre en œuvre leur idéologie extrémiste. Il faut résister ! On ne doit pas se résigner."

Âgé de 30 ans, Ahmad Massoud, qui a étudié en Grande-Bretagne au sein de l'académie militaire de Sandhurst, cherche à capitaliser sur l'image de son père, chef de guerre légendaire qui dirigeait la Ligue du nord, une alliance de moudjahidines ayant combattu les soviétiques dans les années 1980. Cette coalition de groupes armés est pourtant fragilisée par la guerre intestine qui s'en est suivie, mais qu'il avait réussi à remobiliser face aux talibans après leur prise de pouvoir en 1996.

Création d'une nouvelle formation politique

Ahmad Massoud veut aujourd'hui incarner un nouveau front contre les talibans en lançant cette formation politique, sans pour autant exclure de basculer dans la lutte armée : "Des centaines de milliers de jeunes sont prêts à prendre les armes", assure-t-il.

Un émissaire américain était cette semaine à Kaboul où il a exposé les grandes lignes du projet d'accord entre les États-Unis et le mouvement taliban. Il doit permettre notamment un retrait significatif des troupes américaines du territoire afghan, en échange de garanties des Talibans qu'ils empêcheront le pays d'abriter des groupes extrémistes comme Al-Qaïda.

14 000 soldats américains sont actuellement stationnés en Afghanistan. Lors de la campagne qui avait mené à son élection, Donald Trump avait promis de les ramener au pays. 

En échange de ce retrait, les insurgés s'engageraient à une "réduction de la violence" dans certaines zones - mais pas à un cessez-le-feu -, à garantir que les territoires qu'ils contrôlent ne puissent plus servir de base arrière à des organisations "terroristes" et à engager pour la première fois des négociations de paix directes avec le gouvernement de Kaboul.

Ce dernier point est soumis au bon vouloir des talibans d'honorer cet engagement. Or ils ne cessent de faire monter la violence pour faire pression avant cet accord. Ils ont revendiqué une attaque meurtrière dans la capitale afghane lundi, contre un vaste complexe abritant des agences d'aide et des organisations internationales, tuant au moins 16 civils et blessant 119 personnes.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.