Ce cessez-le-feu temporaire a été décrété par les talibans en début de semaine et accepté dans la foulée par le gouvernement de Kaboul. Il pourrait déboucher sur l'ouverture de négociations dès la semaine prochaine. Mais rien n'est joué, car les calendriers des belligérants sont tous très différents.

Soldats de l'armée afghane à l'entraînement dans la région de Hérat.
Soldats de l'armée afghane à l'entraînement dans la région de Hérat. © AFP / NASIM SEYAMAK NURPHOTO NURPHOTO VIA AFP

Les Afghans se sont réjouis mercredi de l'annonce d'un cessez-le-feu de trois jours, qui devrait entrer en vigueur ce vendredi. Sur le papier, ce cessez-le-feu est le troisième seulement, en 19 ans de guerre, accepté par les différentes parties. D'autres ont été demandés, sans jamais être totalement respectés. Une pause qui intervient le jour du début de la fête religieuse musulmane de l'Aïd el-Adha : ce temps fort est le symbole de la fin du hajj, période où les familles se retrouvent pour fêter le Sacrifice.

Particularité de ce cessez-le-feu, il pourrait déboucher, une fois les festivités terminées, sur une période de négociations entre le pouvoir afghan actuellement au pouvoir et les talibans. Les Américains n'étant plus autour de la table depuis la signature d'un accord le 29 février à Doha au Qatar avec les talibans. 

La paix n'est pas encore gagnée

Cela dit, la paix en Afghanistan est encore loin, même si elle est grandement souhaitée par la population. Il faut dire que les calendriers des différents protagonistes sont particulièrement éloignés les uns des autres. Si l'affaire ne tenait qu'aux Américains, la paix serait signée dans les 100 jours, c'est-à-dire avant la fin du mandat de Donald Trump. Le président a promis à ses électeurs de retirer ses troupes d'Afghanistan, et il entend tenir sa promesse alors qu'approche l'élection présidentielle. 

La présence américaine sur le sol afghan date de 2001, après les attentats du 11 septembre. Arrivés à la tête d'une coalition internationale, ils se sont enlisés dans ce conflit, l'un des plus longs de leur histoire, sans jamais venir à bout de la résistance des talibans. Depuis l'accord signé avec ces derniers au début de l'année, les États-Unis ont jusqu'en 2021 pour partir. Ils ont déjà réduit leurs effectifs pour passer de 12 000 à 8 600 soldats. Ils se sont également retirés totalement de cinq bases militaires.  

Ashraf Ghani, le président afhan le 9 mars 2020, au moment de son intronisation.
Ashraf Ghani, le président afhan le 9 mars 2020, au moment de son intronisation. © AFP / WAKIL KOHSAR / AFP

Si l'affaire ne tenait qu'au président afghan Ashraf Ghani, il faudrait beaucoup plus de temps pour aboutir. Depuis des mois, ce dernier freine en effet les débats et n'avance que sous la pression américaine. Il faut dire qu'il n'est pas d'accord avec les conditions négociés directement entre américains et talibans.

L'enjeu clé des prisonniers talibans

Selon cet accord, 5 000 prisonniers talibans auraient dû être libérés en échange d'un millier de membres des forces de la sécurité afghane. Ashraf Ghani craint à juste titre que les talibans libérés retournent immédiatement sur le terrain pour poursuivre la guerre. Or, ces libérations sont la clef qui ouvre la voie aux négociations à venir. Les talibans en ont fait un préalable sur lequel ils n'entendent pas revenir. 

Ashraf Ghani a bien libéré un certain nombre d'entre eux, mais il reste toujours une poignée de combattants dans les prisons qui bloque l'avancée vers la discussion. Pour l'actuel président, chaque jour qui passe et un jour de pouvoir gagné.

Si l'affaire ne tenait enfin qu'aux talibans, pas d'inquiétude : le temps qui passe joue en leur faveur. Ils pensent que la guerre est gagnée et savent qu'à l'arrivée, ce sont eux qui se retrouveront au centre du pouvoir de leur pays. Car la négociation à venir se fera entre Afghans uniquement, c'est à dire entre d'un coté, les talibans, et de l'autre, l'actuel pouvoir en place. Les talibans ont l'avantage et arrivent quoiqu'il en soit en position de force pour ces négociations. Après 19 ans de guerre, ils savent que l'avenir de l'Afghanistan ne pourra s'écrire qu'avec eux. 

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