L'Italie est leader mondial de l'agritourisme avec 24 000 structures touristiques. Elles ont déjà perdu 1 milliard d'euros et les visiteurs ne reviennent qu'au compte-gouttes. La Toscane est la région qui propose le plus grand nombre de séjours de ce type. Reportage dans un site du Chianti, au sud de Florence.

La Gigliola est une exploitation agricole de 300 hectares dont 70 hectares de vignes et 40 d'oliviers à 20 kilomètres au sud de Florence dans le Chianti
La Gigliola est une exploitation agricole de 300 hectares dont 70 hectares de vignes et 40 d'oliviers à 20 kilomètres au sud de Florence dans le Chianti © Radio France / Bruce de Galzain

Dans la famille Martinelli, c'est le fils Paolo qui nous conduit dans son vigneto, la vigne qu'il préfère, le cépage que son grand père a planté : le Canaiolo de Gigliola. De la vieille vigne qui se serait éteinte si Paolo n'avait pas poursuivi le travail de son aïeul. Paolo s'occupe des 70 hectares de vignes de l'exploitation familiale dans le Chianti.

Paolo Martinelli dans ses vignes de Canaiolo, un vieux cépage planté par son grand-père
Paolo Martinelli dans ses vignes de Canaiolo, un vieux cépage planté par son grand-père © Radio France / Bruce de Galzain

La production de La Gigliola est avant tout destinée à l'exportation, notamment aux États-Unis. Seulement 20 % du Chianti que produit Paolo et son employé Daniele est vendu en Italie. Mais avec la crise, la donne a changé. Daniele va expédier la palette qu'il prépare dans son propre pays car "il y a eu pas mal d'annulations de commandes des États-Unis avec la pandémie, se désole-t-il. Ce vin devait aller à Boston, il restera sur le marché italien."

C'est le vin qui va sûrement sauver cette saison.

Dans la cave où il fait vieillir son vin, en barriques d'abord puis en bouteilles, Paolo nous explique comment il envisage l'avenir. Il vendait très peu en Italie car les intermédiaires coûtent cher, mais à cause – ou grâce – à la crise, Paolo s'est mis à démarcher son propre pays : "Je n'ai jamais été confiné car j'étais tout le temps sur la route pour trouver de nouveaux clients, raconte-t-il. Sincèrement, j'ai bien vu que les Italiens se retroussent les manches et j'ai de nouveaux collaborateurs que je paye uniquement en fonction de ce qu'ils vendent. Ça les motive et pour moi, c'est un nouveau départ, un bon tremplin."

Paolo Martinelli dans la cave où il fait vieillir son vin
Paolo Martinelli dans la cave où il fait vieillir son vin © Radio France / Bruce de Galzain

Aucun client étranger pour l'agritourisme

La famille Martinelli compte donc sur les ventes de vin pour sauver sa saison, car l'agritourisme est vide. C'est Anna, la mère de Paolo qui tient l'agritourisme. D'habitude, les locations de la villa Milani – une bâtisse centenaire – des autres maisons et des quelques chambres représentent la moitié du résultat annuel de l'exploitation familiale. Mais depuis le mois de mars, toutes les réservations ont été annulées et l'été s'annonce très dur selon Anna, car "en haute saison, la villa Milan a toujours été louée depuis vingt ans à des Français, des Allemands en majorité, des Américains et quelques Anglais... Et là, on n’a personne !" Anna espère que le tourisme de proximité se développera davantage mais n'y croit guère car "les Italiens ont encore peur en ce moment..." 

Les touristes italiens viendront peut-être le week-end mais c'est tout, et tu ne gagnes pas grand-chose...

Alors, dans la famille Martinelli, on réfléchit à l'avenir. Et pour cela, la fille Arena a quelques idées. Pendant le confinement, la famille a mangé cinq cochons, il n'en reste plus qu'un. Et c'est sans doute en en élevant d'autres que l'exploitation pourra s'en sortir, selon Arena. 

Le seul cochon de la famille Martinelli resté en vie... les cinq autres ont été mangés pendant le confinement !
Le seul cochon de la famille Martinelli resté en vie... les cinq autres ont été mangés pendant le confinement ! © Radio France / Bruce de Galzain

Elle pense en effet que l'avenir passe par la diversification, et plus seulement l'agritourisme, le vin et l'huile d'olive : "Ce serait bien de pouvoir offrir plus de variété. Des salades, des légumes mais aussi des fruits et même de la viande naturelle élevée sur nos terres", explique Arena qui ajoute : "Ce serait bon pour la santé et bon pour l'économie de notre territoire."

L'avenir passe par la qualité

La famille Martinelli produirait alors des produits de qualité, sans doute en petite quantité, mais pourrait compter sur certains de ses clients comme Claudio Paoli, qui achète déjà son vin et son huile d'olive à la famille Martinelli pour le petit restaurant qu'il tient dans le cœur de Florence, entre le Duomo et la Galerie des Offices.

Claudio Paoli dans son petit restaurant à Florence entre le Duomo et la Galerie des Offices.
Claudio Paoli dans son petit restaurant à Florence entre le Duomo et la Galerie des Offices. © Radio France / Bruce de Galzain

Claudio fait déjà le tour des producteurs locaux chaque matin avant d'ouvrir son restaurant : "On a trouvé beaucoup de petits producteurs dans la région à qui l'on achète la viande, le fromage ; on achète le vin de Paolo et son huile d'olive parce qu'il a une petite production de qualité sur une colline et c'est ce que l'on recherche."

Comme Paolo, Anna et Arena, Claudio n'aurait pas pu rouvrir s'il avait dû payer des employés ; il travaille lui aussi en famille avec sa femme, son frère et ses deux cousins.

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