"Cette aide humanitaire est vitale" : c'est le cri d'alarme de Ziad Alissa, médecin et président de l'Union des organisations de secours et de soins médicaux, alors que l'ONU doit examiner cette semaine une résolution sur le renouvellement du couloir ouvert aux associations pour accéder à la région d'Idlib en Syrie.

Un camp de l'aide humanitaire en Syrie, à Harbanush dans la région d'Idlib.
Un camp de l'aide humanitaire en Syrie, à Harbanush dans la région d'Idlib. © AFP / Muhammed Abdullah / ANADOLU AGENCY

La situation est urgente, expliquent les ONG : en Syrie, le passage de l'aide transfrontalière humanitaire sera rediscuté cette semaine par le biais d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, bloquée en décembre par la Russie et la Chine. 

Une voie d'accès jugée indispensable par les associations dans l'organisation de l'aide aux réfugiés et déplacés, notamment dans la région d'Idlib au nord-ouest du pays, dominée par des djihadistes et soumise à des bombardements du pouvoir syrien et de l'allié russe. Rien qu'en décembre, quelque 284 000 personnes ont été déplacées par les bombardements et les combats notamment dans le sud de cette province proche de la frontière turque, selon l'ONU.

"Si l'aide ne rentre plus à partir de demain, nous sommes face à un risque de famine dans cette zone-là", alerte Ziad Alissa, médecin et président de l'Union des organisations de secours et de soins médicaux (UOSSM), seule association française médicale présente en Syrie.

FRANCE INTER : Que représente ce couloir humanitaire pour les ONG ? 

ZIAD ALISSA : "Cette aide humanitaire est vitale. Elle est très importante et primordiale pour le Nord de la Syrie. À travers ce trajet-là, on arrive à envoyer toute l'aide humanitaire, médicale et alimentaire. Mais il y a vraiment un risque majeur avec les nouvelles vagues de déplacés vers la frontière turque. Avec la pénurie de tout, il y a une véritable urgence. Si l'aide ne rentre plus à partir de demain, nous sommes face à un risque de famine dans ce secteur. Il y a aussi un risque qu'ils tentent de traverser la frontière pour aller en Turquie, trouver de quoi manger et un abri."

Pourquoi, selon vous, le renouvellement de ces couloirs pose-t-il problème ?  

"Malheureusement, le Conseil de sécurité sait que la Russie et la Chine risquent de s'opposer au renouvellement de ce couloir humanitaire, renouvelé quasi-automatiquement depuis le début du conflit syrien. Sauf qu'il est impossible d'acheminer l'aide depuis Damas, comme la Russie le veut absolument. On sait que l'on ne peut pas travailler sans ce couloir humanitaire. Sans, il y a un risque majeur. Si on arrête ce couloir, on punit toutes ces populations qui fuient cette zone de guerre."

La Russie se sert-elle de son veto dans une stratégie de guerre qui vise à étouffer toutes les populations de cette zone autour d'Idlib ? 

"Malheureusement, c'est notre sentiment. Nous avons tiré la sonnette d'alarme plusieurs fois et ce veto a été utilisé comme arme de guerre. Pendant cette guerre-là, les droits humanitaires et de l'Homme ainsi que la convention de Genève n'ont pas été respectés. Il y a eu des bombardements d’hôpitaux, des bombardements qui visaient des marchés, des écoles, qui n’épargnent pas les civils. Au final, il n'y a pas de différence entre bombarder un village et interdire l'aide humanitaire d'y entrer. Nos agents qui travaillent sur place craignent l'arrêt de cette aide."

Gardez-vous espoir pour trouver une solution ? 

"Nous avons été reçus par le président de la République Emmanuel Macron, avec plusieurs ONG [le 8 janvier, NDLR], et notre espoir est qu'avec les autres pays membres permanents du conseil de sécurité, qu'ils arrivent à faire passer le renouvellement du passage transfrontalier de laide humanitaire. L'espoir reste d'arrêter la guerre, les bombardements, de viser des civils, et de trouver d'autres solutions diplomatiques ou politiques."

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