Abou Mohamed al-Adnani a été tué dans un raid aérien en Syrie. Porte-parole du groupe terroriste, il est l'un des inspirateurs des attentats perpétrés en France.

Des soldats du groupe Etat Islamique, ici en Syrie, à Raqqa (illustration)
Des soldats du groupe Etat Islamique, ici en Syrie, à Raqqa (illustration) © Maxppp / Zuma Press

L’organisation terroriste Etat Islamique a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi la mort de l’un de ses hauts représentants : Abou Mohammed al-Adnani, qui exerçait la fonction de porte-parole du groupe.

Un responsable militaire américain a précisé qu’il est mort dans un raid aérien mené par les forces de la coalition internationale antidjihadiste sur la province d’Alep, en Syrie, sans préciser quand le porte-parole de l’organisation a été tué.

Une voix mortifère

C’est en partie à lui que l’on doit certains des attentats qui ont été commis ces derniers mois en France et en Europe. La voix d’Abou Mohammed al-Adnani est bien connue des jeunes qui ont basculé dans le fanatisme. Ses nombreux enregistrements audio, relayés partout dans le monde par les réseaux sociaux, sont autant d’appels à tuer des Américains, des Russes et surtout des Français "par tous les moyens".

"Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d'une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le".

Des appels à la haine et au meurtre qui ont été entendus et rappellent le mode opératoire de l’attentat de Nice ou du meurtre de deux policiers en juin dernier à Magnanville (Yvelines)

Le chef de l’organisation des attentats ?

Pour les services de renseignements occidentaux, le rôle d’Abou Mohammed al-Adnani allait bien au-delà du statut de porte-parole. Plusieurs djihadistes en rupture avec le groupe terroriste, interpellés à leur retour de Syrie, le décrivent comme l’un des responsables d’une organisation appelée EMNI, qui serait à la fois le service de sécurité intérieure du groupe Etat Islamique qui traque les espions infiltrés, et le service secret extérieur qui envoie des terroristes en Europe.

Extrait d'un PV d'audition d'un djihadiste en rupture avec l'organisation EI
Extrait d'un PV d'audition d'un djihadiste en rupture avec l'organisation EI © Capture d'écran

Plusieurs procès-verbaux d’audiences que nous avons pu nous procurer décrivent le fonctionnement de cette obscure organisation, dont le but est de traiter des "dossiers" d’attentats. Les deux kamikazes qui se sont fait exploser à l’aéroport de Bruxelles, le 22 mars dernier, faisaient partie de cette organisation selon l’un des procès-verbaux, et "avaient reçu l’ordre d’attaquer par deux Tunisiens, et Adnani le porte-parole".

Extrait n°2 d'un PV d'audition
Extrait n°2 d'un PV d'audition © Radio France / Capture d'écran

"Chaque espion touche 50.000 euros par l’EMNI pour faire une attaque en Europe (…) Ce sont les deux Tunisiens qui décident d’envoyer ou pas, de retenir le dossier ou pas. Ils regardent si tu n’es pas cramé dans ton pays, si tu es de confiance".

Un leader pas irremplaçable ?

Le 3 août dernier, le New-York Times s’est appuyé sur l’interview d’un autre djihadiste, de nationalité allemande, pour décrire cette organisation de la terreur. Selon lui, de nombreux terroristes ont déjà été envoyés en Europe.

La mort d’al-Adnani, si important que fut son rôle, ne marque pas la fin de la menace terroriste. Invité ce mercredi sur Franceinfo, Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme, a expliqué : "l’ADN même d’un mouvement djihadiste consiste à dire que les chefs sont remplaçables, puisque leur espérance de vie est très réduite".

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