Les bombardements sur Alep en Syrie provoquent une crise humanitaire sans précédent. Face à l'inaction de la communauté internationale, les pays du Golfe envisagent d'intervenir.

Alep laissée à l'abandon par la communauté internationale
Alep laissée à l'abandon par la communauté internationale © Reuters / Abdalrhman Ismail

L'armée syrienne est entrée dans la vieille ville d'Alep mardi, jusque là détenue par les forces rebelles. C'est la première fois que l'armée syrienne annonce avoir avancé dans le centre ville. Les bombardements de l'armée syrienne et russe provoquent une dramatique crise humanitaire et une pénurie de nourriture et de médicaments. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, les bombardements ont tué plus de 150 personnes, essentiellement des civils, depuis jeudi dernier et le début de l'offensive du régime pour reconquérir la totalité d'Alep.

L'armée syrienne a pris des quartiers Est d'Alep, jusque là tenus par les rebelles
L'armée syrienne a pris des quartiers Est d'Alep, jusque là tenus par les rebelles © Reuters / Ammar Abdullah

Les Nations Unies impuissantes

La coalition syrienne en exil dénonce un crime commis par le régime de Damas et son allié russe à Alep, et fustige le "silence de la communauté internationale" qu'elle appelle à agir pour "faire cesser les massacres".

"Le régime syrien et ses alliés russes commettent des atrocités en Syrie", a dénoncé à Istanbul, le vice-président de la Coalition nationale syrienne Muwaffaq Nirabiya, évoquant "un crime à Alep".

Ils ont "ciblé des convois humanitaires, tué des civils, utilisé des armes chimiques - armes qui sont interdites par les conventions internationales -, largué des barils contre la population, rasé des bâtiments entiers, commis des massacres", a égrené le Premier ministre du gouvernement syrien par intérim, Dr. Jawad Abu Hatab. "Nous ne pouvons plus supporter ce silence de la communauté internationale", a-t-il ajouté, l'appelant "à faire cesser les massacres".

Syrie : Alep, ville dévastée
Syrie : Alep, ville dévastée © AFP / AFP

"Les effroyables attaques sur Alep sont moralement totalement inacceptables et une violation flagrante du droit international, a estimé de son coté le chef de l'OTAN.

L'ONU n'a jamais été capable de mettre un terme à une guerre. Donc il faut s'en prendre aux grandes puissances individuellement, et leur reprocher leur incapacité à entraver l'embrasement en Syrie, Rony Brauman, médecin huimanitaire, co-fondateur de Médecins sans frontières.

Le chef de l'OTAN exhorte la Russie à faire des "efforts crédibles" pour restaurer la trêve. Les ministres des Affaires étrangères français et britannique ont également accusé la Russie, estimant qu'elle pourrait, avec l'Iran qui soutient aussi Damas, se retrouver coupable de complicité de crime de guerre.

La Russie persiste

Mais Moscou défend sa position, et juge qu'il est quasi "impossible" actuellement de mettre fin à la guerre.

Des centaines de groupes sont en train d'être armés, le territoire de ce pays est bombardé de manière aveugle et ramener la paix est une tâche pratiquement impossible aujourd'hui pour cette raison, a déclaré Vitali Tchourkine, l'ambassadeur de Russie aux Nations unies.

Plus de 250 000 civils sont pris au piège dans la partie orientale. Selon des habitants, les frappes aériennes qui visent l'Est d'Alep depuis l'annonce de l'offensive jeudi sont plus intenses que jamais. Des dizaines de personnes ont trouvé la mort au cours des derniers jours. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 45 personnes, dont dix enfants, ont péri samedi dans l'est d'Alep. L'armée syrienne, elle, assure ne viser que les insurgés. Plus de 300 000 personnes sont mortes depuis le début du conflit en Syrie en 2011, guerre qui a engendré la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale

Les pays arabes vont-ils armer les rebelles?

Devant l'inaction des Etats-Unis, les Etats du Golfe ou la Turquie pourraient bien fournir des missiles sol-air portables à la rébellion syrienne, via de riches particuliers. L'Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, les pays du golfe pourraient sortir le joker de la dernière chance: les Manpad, ces missiles anti aériens tirés a l'épaule, faciles à financer, acheminer, à utiliser et redoutables pour les avions et les hélicoptères. Ils s'appellaient Stinger il y a 30 ans en Afghanistan et ils avaient permis aux Moujahedines de chasser l'occupant russe. Ne pas laisser l'opposition se faire écraser dans la deuxième ville de Syrie c'est maintenant l'objectif des alliés arabes de Waschington. Alep est la mère de toute les batailles. Privé d'Alep Bachar el Assad est un demi président et l'opposition une insurrection périphérique. La ville est stratégique pour tout le monde, Bachar y joue sa survie, Moscou son influence au Moyen Orient, et pour les Arabes sunnites c'est le seul moyen de stopper la consolidation du croissant chiite qui va de Bagdad au Hezbollah libanais et qui représente pour Téhéran une continuité territoriale quasi existentielle.

Mais Washington ne souhaite pas l'arrivée de nouvelles armes sur le champs de bataille, car cela pourrait aggraver le conflit.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.