Après un mois de contestation exemplaire, les Algériens se réveillent, pour la première fois en 20 ans, sans Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays. Mais, la joie passée, les citoyens n'entendent pas baisser la garde et veulent désormais obtenir le départ de tout le "système" au pouvoir.

Scène de liesse dans les rues d'Alger après l'annonce de la démission du président Bouteflika, le 2 avril 2019
Scène de liesse dans les rues d'Alger après l'annonce de la démission du président Bouteflika, le 2 avril 2019 © AFP / RYAD KRAMDI

Le chef de l'Etat algérien de 82 ans aura tenté de s'accrocher au pouvoir face à un mouvement populaire inédit. Mais il a démissionné mardi soir, quelques heures après avoir été défié par l'armée.  Abdelaziz Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013 mais qui en février entendait encore briguer un cinquième mandat, a remis sa lettre de démission au Conseil constitutionnel, selon des images diffusées par la télévision nationale.   

On y voit l'ex-président, qui semble fatigué, vêtu d'une gandoura (tunique nord-africaine) beige et assis dans un fauteuil roulant, remettant cette lettre, placée dans une chemise aux armes de la présidence, au président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, visiblement peu à l'aise.  

Cette décision "est destinée à contribuer à l'apaisement des coeurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l'Algérie vers l'avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement", explique le chef de l'Etat dans sa lettre de démission, publiée par l'agence officielle APS. Le président du Conseil de la Nation (chambre haute), Abdelkader Bensalah, 77 ans, pur produit du régime, est chargé par la Constitution d'assurer l'intérim durant une période maximale de 90 jours, au cours de laquelle une présidentielle doit être organisée.   

Liesse dans la rue

À Alger, un concert de klaxons a accueilli la nouvelle et des Algérois, munis du désormais indispensable drapeau algérien, se sont rassemblés sur le parvis de la Grande poste, bâtiment emblématique du centre de la capitale, avant de défiler joyeusement dans les rues alentour.  

Depuis plus d'un mois, des millions de manifestants à travers l'Algérie réclamaient dans le calme le départ d'Abdelaziz Bouteflika, mais aussi celui de son entourage et plus largement du "système" au pouvoir.                      

Confrontée à ces manifestations massives chaque vendredi depuis le 22 février, la présidence s'était résolue lundi à annoncer dans un communiqué que le président démissionnerait avant l'expiration de son mandat, le 28 avril, après avoir pris des "mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l'Etat durant la période de transition".                      

Semaine après semaine, le président Bouteflika, qui n'apparaît quasiment plus en public depuis son AVC en 2013, a tenté de s'accrocher au pouvoir, multipliant les propositions assimilées par la rue à des manoeuvres, sans jamais réussir à calmer la contestation, dont le pacifisme constant au fil des semaines a été salué à travers le monde.  Massivement lâché jusque dans son camp, il s'était retrouvé ces derniers jours très isolé après que le général Gaïd Salah, indéfectible allié jusque-là, eut affirmé que son départ du pouvoir était la solution à la crise, position à laquelle se sont ralliés rapidement l'essentiel des piliers du régime.

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